L'opposant russe Sergueï Oudaltsov a été placé en garde à vue à l'issue de son interrogatoire mercredi, ont indiqué ses proches, alors que le chef du Front de gauche est visé par une enquête pour « préparation de troubles massifs » à la suite des manifestations des derniers mois.

Publié le 17 oct. 2012
Laetitia Peron AGENCE FRANCE-PRESSE

L'annonce de l'interpellation du dirigeant du mouvement du Front de Gauche a été relayée par son mouvement sur Twitter, mais aussi par sa femme Anastasia sur les ondes de la radio Écho de Moscou.

Cependant, une source au sein des forces de l'ordre a de son côté affirmé à l'agence Ria Novosti que l'interrogatoire de l'opposant n'était toujours pas terminé et qu'il n'avait pas formellement été interpellé pour l'instant.

Le comité d'enquête a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête à l'encontre de M. Oudaltsov, une des figures de la contestation contre Vladimir Poutine, en se basant sur un documentaire d'une chaîne proche du pouvoir affirmant qu'il prévoit de renverser par la force le gouvernement.

L'enquête a été ouverte pour « préparation à l'organisation de troubles massifs », a précisé le porte-parole du comité d'enquête, Vladimir Markine, dans un communiqué.

Le domicile de M. Oudaltsov a ensuite fait l'objet d'une perquisition, puis il a été emmené par des hommes des forces spéciales lourdement armés au comité, pour y être interrogé.

« C'est de l'arbitraire et de la provocation », avait-il alors déclaré à l'agence Interfax.

L'enquête vise aussi « d'autres personnes » dont deux autres opposants, Konstantin Lebedev et Leonid Razvozjaev, qui selon le Front de Gauche, vont aussi être placés en garde à vue 48 heures.

Cette décision a été prise « après vérification des allégations de préparation à des troubles massifs à Moscou et dans d'autres régions faites dans le film Anatomie d'une protestation 2 », est-il expliqué.

« Offensive d'envergure contre l'opposition »

Filmé dans un style saccadé doublé d'une narration catastrophe, ce film affirme que M. Oudaltsov reçoit ordres et financements de l'ancien patron de la Banque de Moscou, réfugié à Londres, Andreï Borodine, et d'un député géorgien.

Suite d'un premier documentaire produit et distribué par la chaîne favorable au pouvoir NTV, coutumière des reportages-chocs hostiles à l'opposition, il affirme aussi que l'opposant prévoit de renverser le gouvernement et envisage de demander l'aide de militants tchétchènes pour organiser un attentat.

Le comité indique avoir effectué des recherches sur les images de la chaîne et qu'« aucun élément de montage n'a été trouvé ». Après sa diffusion début octobre, M. Oudaltsov avait immédiatement qualifié le film de « délire d'un fou ».

« Je n'ai jamais, jamais de ma vie, rencontré personne des services spéciaux géorgiens, israéliens ou américains », a-t-il déclaré sur la chaîne Pervy Kanal.

Selon l'opposition, cette enquête témoigne d'une nouvelle étape dans le durcissement du régime depuis le retour au Kremlin de M. Poutine en mai.

Des lois jugées répressives par l'opposition ont été adoptées ces derniers mois, comme celle qualifiant d'« agents de l'étranger » et plaçant sous contrôle étroit les ONG bénéficiant d'un financement étranger.

« Une offensive d'envergure a lieu contre l'opposition. C'est très dangereux pour le pays », a déclaré le chef de l'ONG pour les droits de l'homme, Lev Ponomarev, à Interfax, affirmant que les événements rappelaient « le début de la répression dans les années 1930 » sous Staline.

« C'est une vengeance politique », a estimé pour sa part Grigori Iavlinski, un des fondateurs du parti d'opposition libérale Iabloko. « La répression politique prive le pouvoir de légitimité. Le rend non pas démocratique, mais policier », a-t-il ajouté.