Le premier ministre britannique David Cameron a signé à contre-coeur lundi à Édimbourg un accord autorisant la tenue en 2014 d'un référendum historique sur l'indépendance écossaise, qui sonnerait le glas du Royaume-Uni sous sa forme actuelle, en cas de victoire du oui.

Mis à jour le 15 oct. 2012
Judith Evans AGENCE FRANCE-PRESSE

Après des mois de difficiles tractations, le chef du gouvernement central a retrouvé le dirigeant nationaliste écossais Alex Salmond à la résidence Saint-Andrews, siège du gouvernement local où les deux hommes ont paraphé « l'accord d'Édimbourg » avant d'échanger une poignée de main.

Aucune conférence de presse commune n'avait été programmée, signe des tensions persistantes entre les deux camps.

« Je crois farouchement que l'Écosse doit rester » britannique, a souligné M. Cameron, lors d'un entretien accordé en solo à quelques journalistes. Mais le Royaume-Uni « ne peut en aucune façon garder un pays en son sein contre la volonté de son peuple ».

Les Écossais « ont élu un parti qui voulait un référendum. Je crois qu'il faut (les) respecter », a-t-il poursuivi, tout en espérant « ardemment que le Royaume-Uni reste uni, car ensemble, nous sommes plus riches, plus forts, plus en sécurité ».

M. Cameron, qui bénéficie sur cette question d'un large consensus au sein de la classe politique britannique, a fait un appel du pied aux Écossais en laissant la porte ouverte à « plus d'autonomie » dans le cas où ils diraient « non » à l'indépendance.

Alex Salmond, qui a fait du référendum son cheval de bataille, a de son côté salué un « jour historique » pour l'Écosse, se déclarant confiant dans la victoire du « oui ».

« Le gouvernement écossais a une vision ambitieuse pour l'Écosse : un pays européen prospère, qui réussisse et qui soit le reflet des valeurs écossaises (...) Une Écosse avec une nouvelle place dans le monde », a fait valoir le chef du Parti national écossais (SNP).

L'Écosse, rattachée depuis 1707 à la couronne d'Angleterre, jouit depuis 1997 d'une autonomie accrue au sein du Royaume-Uni, qui comprend également l'Angleterre, le pays de Galles et l'Irlande du Nord. Mais Londres a accepté en janvier le principe d'un référendum, sous la pression d'Alex Salmond, sorti renforcé des élections régionales en 2011.

L'accord d'Édimbourg est le fruit d'un délicat compromis sur les modalités du scrutin.

Les nationalistes ont obtenu que le référendum se tienne seulement en 2014, alors que Londres voulait que la consultation ait lieu au plus vite.

À leur demande, l'âge minimal pour voter va être abaissé à 16 ans, les jeunes Écossais étant plus sensibles aux sirènes de l'indépendance.

En revanche, le référendum se limitera à une simple alternative - oui ou non à l'indépendance - alors que les nationalistes souhaitaient une question subsidiaire sur une autonomie élargie, pour éviter qu'une victoire éventuelle du « non » enterre leur quête d'indépendance.

Le nombre des « pro-indépendance » a reflué ces derniers mois, un tiers (28 %) seulement des 5,2 millions d'Écossais souhaitant désormais quitter le giron britannique.

Le Parlement écossais a actuellement des compétences en matière d'éducation, de santé, d'environnement et de justice. Affaires étrangères, énergie, fiscalité et défense restent du ressort de Londres, qui martèle que l'indépendance de l'Écosse lui fera perdre en influence et en poids économique.

Celle-ci soulève également de nombreuses questions, notamment celle de la propriété des importantes réserves pétrolières de la mer du Nord ou de son avenir au sein de l'UE.

« Devons-nous croire Alex Salmond quand il promet un futur radieux à une Écosse indépendante ou David Cameron? », s'interrogeait lundi le Scottish Sun, sous une image des deux dirigeants se disputant une image satellite de l'Écosse.