Le président de la Catalogne, le nationaliste Artur Mas, a convoqué mardi des élections régionales anticipées. «L'heure est venue d'exercer notre droit à l'autodétermination », a-t-il en catalan devant le Parlement régional, dans un discours-fleuve d'une heure et demie.

Mis à jour le 25 sept. 2012
AGENCE FRANCE-PRESSE

« Le Parlement qui sortira des urnes aura une responsabilité historique », a-t-il ajouté après avoir annoncé les élections pour le 25 novembre, deux ans avant la date prévue.

« Il faut bien écouter le peuple », a ajouté ce dirigeant, nationaliste modéré de droite, rappelant la manifestation monstre pour l'indépendance qui a envahi les rues de Barcelone le 11 septembre, jour de la Catalogne.

C'est fort de cette mobilisation qu'Artur Mas s'était présenté à Madrid la semaine dernière pour réclamer au chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, une plus grande autonomie budgétaire. Mais Madrid lui a opposé une fin de non-recevoir.

« Le pacte budgétaire n'a pas été vu hors de Catalogne comme une solution, mais comme un problème », a lancé Artur Mas mardi.

« Si la Catalogne était un État, nous serions parmi les 50 pays les plus exportateurs du monde », a-t-il affirmé, indiquant que la région était « la première économie exportatrice » d'Espagne.

Ancien moteur économique du pays, la Catalogne, peuplée de 7,5 millions d'habitants, est désormais la région la plus endettée du pays, avec une ardoise de presque 44 milliards d'euros (55,7 milliards de dollars), soit 22 % de son PIB.

Elle a dû se résoudre fin août à demander une aide financière de 5 milliards d'euros (6,3 milliards de dollars) à un fonds d'aide mis à disposition des 17 régions par l'État central.

Mais selon le gouvernement catalan, les problèmes financiers proviennent en grande partie du système de répartition des recettes fiscales entre les régions espagnoles. Les nationalistes réclament donc une plus grande autonomie qui leur permettrait notamment de lever l'impôt.

Chahuté sur les marchés, le gouvernement central a lancé une mise en garde mardi matin contre « l'énorme instabilité » que provoquent les tensions indépendantistes en Catalogne, à l'heure où l'Espagne est soumise à des pressions pour demander une aide globale pour son économie.

« Je crois que ce débat, en ce moment, génère une énorme instabilité », a lancé la porte-parole du gouvernement conservateur, Soraya Saenz de Santamaria.

« Évidemment, une crise institutionnelle est nuisible en Espagne, mais aussi en dehors, et c'est important actuellement », a-t-elle mis en garde.

Le parti populaire (PP) au pouvoir en Espagne avait soutenu la coalition nationaliste CiU au Parlement catalan, où elle ne dispose que d'une majorité relative.

Les nouvelles revendications d'Artur Mas, exprimées depuis la manifestation du 11 septembre, ont mené à la rupture de leurs relations parlementaires.

En plus de la crise politique, c'est l'image de régions rebelles qui risque de nuire à l'Espagne. L'effort des 17 régions autonomes, responsables des lourds budgets de la santé et de l'éducation, est crucial pour que le pays parvienne à ramener son déficit global de 8,9 % à 6,3 % cette année.

Pour les aider, le gouvernement a créé un fonds d'aide aux régions, qui sera doté de 18 milliards et devrait être activé cette semaine.

Après les demandes déjà exprimées de la Catalogne, de Valence et de Murcie, l'Andalousie a annoncé mardi qu'elle envisageait de demander une aide de 4,9 milliards d'euros (6,2 milliards de dollars), ce qui porterait le total des requêtes à près de 15 milliards d'euros (19 milliards de dollars).

Pendant que le modèle régional, pilier de la jeune démocratie espagnole, semble vaciller sous l'effet de la crise, le gouvernement de Mariano Rajoy est mis à l'épreuve aussi dans la rue : des milliers d'indignés ont manifesté mardi soir autour du Congrès des députés, à Madrid, pour défendre la « démocratie confisquée », selon eux, par les marchés financiers.