La tenue, samedi, devant l'ambassade américaine à Paris d'une manifestation visant à dénoncer le film L'innocence des musulmans soulève une polémique en France, où plusieurs ténors de la droite évoquent l'émergence d'une vague intégriste d'inspiration salafiste.

Mis à jour le 18 sept. 2012
Marc Thibodeau LA PRESSE

«Demain, ce n'est peut-être pas 250 personnes qui manifesteront, ce sera peut-être 100 000», a notamment déclaré hier sur un ton alarmiste la présidente du Front national, Marine Le Pen.

La droite traditionnelle est aussi montée au front en déplorant que les manifestants aient pu se réunir au coeur de Paris, à un jet de pierre de l'Élysée.

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a demandé au président français François Hollande et au gouvernement socialiste de faire preuve de la plus grande fermeté puisqu'on «voit bien que le problème est bien plus grand que cette manifestation». L'ancien premier ministre François Fillon a exigé qu'on lui explique pourquoi «le préfet de Paris avait toléré une manifestation de salafistes».

Selon les autorités, de 200 à 250 personnes ont participé à la manifestation, qui n'avait pas été préalablement approuvée comme le veut la loi. Environ 150 d'entre elles ont été soumises à des contrôles d'identité. Six policiers ont été blessés dans le processus.

Le gouvernement s'est dit «très choqué» par les attaques de la droite. «Franchement, quand on a vécu l'affaire Merah, on n'essaye pas d'exploiter un tel incident», a déclaré le ministre des Finances, Pierre Moscovici, en faisait référence au djihadiste Mohamed Merah. L'homme d'origine toulousaine avait lancé au printemps une vague d'attaques meurtrières avant d'être abattu dans son appartement.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est néanmoins inquiété dimanche du rôle joué par des «groupes de salafistes purs et durs» dans la manifestation, décrite comme «une attaque contre les valeurs de la République». Il a assuré avoir donné des instructions pour que «cela ne se reproduise pas».

Le Conseil français du culte musulman a prévenu qu'il fallait éviter «d'associer l'ensemble des musulmans de France à des évènements marginaux» comme ceux de samedi.

Samir Amghar, spécialiste de l'islam radical, a aussi tenu à mettre les choses en perspective dans une entrevue au quotidien Le Monde où il conteste le rôle attribué aux salafistes.

La plupart des participants à la manifestation, relève-t-il, étaient «des musulmans lambda qui se sont réunis par le biais de réseaux sociaux» pour dénoncer ce qu'ils estiment être une insulte à leur religion.

Les salafistes français, ajoute M. Amghar, sont en large majorité opposés à toute manifestation publique et ne comptent dans leurs rangs qu'un groupe «ultraminoritaire» de militants «djihadistes», dont les réseaux ont déjà été maîtrisés par les forces de l'ordre.