La mouvance autonome, qui compte en France comme en Italie, en Grèce ou en Allemagne des militants jeunes, hostiles aux institutions et adeptes d'actions spontanées et parfois violentes, est dans le viseur des forces de l'ordre à l'approche des sommets internationaux.

Pauline Froissart AGENCE FRANCE-PRESSE

Les responsables de la sécurité pour le sommet du G20 prévu les 3 et 4 novembre à Cannes craignent d'éventuelles actions violentes d'extrémistes italiens et allemands à l'occasion du sommet, pas forcément à Cannes même mais plutôt à Nice, a affirmé auprès de l'AFP une source proche du dossier.

Quelque 12 000 représentants des forces de l'ordre (policiers, gendarmes, personnels de sécurité civile, militaires) seront mobilisés pour assurer la sécurité et les secours.

En marge du sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle en 1999 et de celui de l'OTAN, dix ans plus tard à Strasbourg et Keh, en Allemagne, des «Black Blocs», vêtus de noir et masqués, avaient causé des incendies et des dégradations. Ces «Black Blocs» s'apparentent à une «coordination internationale mais ponctuelle» d'autonomes, explique un militant anonyme.

Le sommet du G8 organisé en mai à Deauville s'était quant à lui déroulé sans incident, dans une ville sous haute surveillance avec plus de 12 000 policiers, gendarmes et militaires déployés.

Pour la manifestation anti-G20 organisée le 1er novembre à Nice, en pleine crise de la dette dans l'Union européenne, les altermondialistes espèrent réunir entre 10 000 et 12 000 personnes, a déclaré à l'AFP Gildas Jossec, porte-parole du collectif anti-G20 qui regroupe une cinquantaine d'organisations.

Cette manifestation se veut «festive et responsable», assure-t-il.

«Il n'est pas question d'approcher ou d'entrer en force dans la zone rouge (zone réservée uniquement aux résidents, aux délégations, à la presse et aux forces de police et de sécurité) pour tenter d'empêcher la tenue du G20», dit-il.

Mais les militants pacifistes peuvent difficilement contrôler l'immixtion dans les manifestations d'éléments plus violents, comme à Rome, le 15 octobre, lors du défilé des Indignés. Des «casseurs», masqués par des foulards noirs, avaient envahi un hôtel de luxe, fracassé les vitrines de banques et mis le feu à une annexe du ministère de la Défense.

Les incidents avaient fait quelque 70 blessés.

En France, les autonomes seraient «autour d'un millier», selon Rémy Piperaud dans son mémoire de l'université Versailles-Saint-Quentin. Ils sont «plusieurs centaines», dit la police.

«Le refus du principe de représentation est l'un des rares éléments idéologiques fédérateurs» du mouvement «constitué essentiellement de squatteurs et d'étudiants», analyse M. Piperaud.

Pour le reste, «ils se retrouvent à l'occasion d'événements qui recouvrent un certain nombre de thématiques», indique-t-on de source policière: anti-carcérales, étudiantes (CPE), défense des sans-papiers, précarité.

«Ils s'identifient également par un certain nombre de modes opératoires», ajoute-t-on de même source: rassemblements-surprise, déploiement de bâches. Et parfois, l'action violente.

Prudents, les autonomes évitent en général toute action coordonnée mais ils communiquent toutefois par l'intermédiaire de sites d'information (Indymedia...) ou de socialisation sur internet.

Leur action se veut spontanée, hors cadre syndical ou politique.

«Ils ne veulent pas entériner l'illusion d'une amélioration possible du système», justifiait il y a quelques mois Oreste Scalzone, un des leaders de l'autonomie italienne des années 1970, aujourd'hui entre les deux pays: «ils veulent être invisibles».