Austérité et maîtrise des dépenses publiques: la droite espagnole, favorite des législatives du 20 novembre, a annoncé dimanche un programme dicté par les contraintes de la crise, qui s'attaque aussi à la loi sur l'avortement, emblématique des années de gouvernement socialiste.

Sylvie Groult AGENCE FRANCE-PRESSE

À trois semaines des élections, les sondages donnent la majorité absolue au Parti populaire, le principal parti d'opposition, face aux socialistes qui dirigent le pays depuis 2004, durement sanctionnés pour leur politique d'austérité face à la crise.

L'austérité, pourtant, sera bien au rendez-vous si la droite l'emporte, même si ses propositions restent floues.

«Nous mettrons en oeuvre un plan d'austérité qui engagera l'ensemble des administrations et éliminera les coûts superflus», affirme le texte rendu public par les médias, qui doit être approuvé lundi par la direction du parti.

Le PP annonce également plusieurs mesures destinées à aider les petites entreprises, comme «la modification du régime de TVA» et de l'impôt sur les sociétés, ainsi que des mesures d'aide au recrutement d'un premier salarié, comme des réductions de charges.

Définissant l'administration comme «le moteur du changement», le programme prévoit une réduction du nombre de hauts fonctionnaires ainsi que «la réduction du nombre d'organismes publics afin d'assurer une gestion plus transparente et plus efficace».

En ligne de mire, les 17 régions autonomes d'Espagne, dont les comptes publics sont source d'inquiétude pour les marchés, qui craignent que leur fort endettement ne compromette l'objectif du gouvernement de réduire son déficit à 6% du PIB en 2011.

Afin de «mettre de l'ordre dans les comptes publics», le PP confirme qu'il s'engage à faire adopter une loi organique de stabilité budgétaire dans la foulée de la «règle d'or», votée en septembre après un accord entre la droite et les socialistes, qui inscrit dans la Constitution le principe d'une limite du déficit public.

Arrivé au pouvoir en plein essor de l'économie espagnole, alors portée par le boom de la construction, le gouvernement socialiste a subi de plein fouet depuis 2008 la crise économique qui a suivi l'éclatement de la bulle immobilière.

Une croissance atone, un chômage record (21,52%) et des perspectives tout aussi sombres pour 2012 ont poussé le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, à avancer de quatre mois les élections prévues en mars.

Parallèlement, le PP et son chef Mariano Rajoy, battus deux fois par M. Zapatero en 2004 et 2008, gagnaient du terrain, surfant sur un mécontentement social grandissant.

Soucieux de rassurer la frange la plus conservatrice de son électorat, le PP annonce qu'il «modifiera», au nom du «droit à la vie» la loi sur l'avortement, la plus polémique votée sous le gouvernement socialiste.

Adoptée en 2010, cette loi s'était heurtée à l'hostilité d'une partie de la droite conservatrice et de l'Église catholique.

Selon un sondage publié dimanche par le quotidien El Pais, le Parti socialiste (PSOE) obtiendrait 30,3% des voix contre 45,3% au PP le 20 novembre.

Un autre sondage publié par El Mundo donne 31% aux socialistes contre 47,7% au PP, qui obtiendrait alors 191 députés pour une majorité absolue de 176 sièges.

L'annonce le 20 octobre par l'ETA qu'il renonçait à la lutte armée n'aura pas joué, selon ces sondages, à l'avantage des socialistes, menés par Alfredo Perez Rubalcaba, ancien ministre de l'Intérieur qui s'est illustré dans la lutte contre le groupe basque.

Le PP affirme dans son programme qu'il ne «négociera pas» avec l'ETA, alors que le groupe réclame un «dialogue» avec les gouvernements espagnol et français.

De nombreux observateurs estiment cependant que le futur gouvernement ne pourra pas faire l'économie de ce dialogue, l'ETA n'ayant ni annoncé sa dissolution, ni déposé les armes.