Silvio Berlusconi était pris en tenaille lundi entre les rappels à l'ordre de ses partenaires européens, qui envisagent de soutenir l'Italie sur les marchés, et son allié de la Ligue du Nord qui s'oppose à une réforme d'ampleur du système des retraites.

Mathieu Gorse AGENCE FRANCE-PRESSE

Le week-end bruxellois a été éprouvant pour le chef du gouvernement italien, rappelé à l'ordre par l'Europe et le couple franco-allemand qui ont exigé des engagements fermes en matière de réformes structurelles pour relancer une croissance atone et de réduction de la dette avant le sommet de mercredi.

«Les partenaires de l'Italie ont besoin de clarté. Il est important qu'ils soient convaincus», a insisté lundi le porte-parole de la Commission pour les Affaires économiques, Amadeu Altafaj.

Avant un conseil des ministres qui a commencé vers 13h15 (heure de Montréal) avec plus d'une heure de retard en raison des divisions de la majorité sur les retraites, M. Berlusconi s'est voulu rassurant en affirmant dans un communiqué que «personne n'a quoi que ce soit à craindre» de l'Italie, «troisième économie» de la zone euro.

«Nous honorons notre dette publique ponctuellement, nous avons un excédent primaire plus vertueux que celui de nos partenaires et nous atteindrons l'équilibre budgétaire en 2013», a soutenu M. Berlusconi qui a promis de «nouvelles décisions de grande importance» en matière de réformes économiques.

L'Europe exige de l'Italie des mesures et un calendrier précis pour éviter qu'une contagion de la crise de la dette au pays, qui souffre d'un manque de crédibilité sur les marchés, ne mette en péril l'ensemble de la zone euro.

Elle réfléchit en parallèle à l'option de soutenir l'Italie en rachetant, via son Fonds de secours, de la dette italienne sur le marché afin que le pays puisse se financer à des conditions raisonnables, ont indiqué à l'AFP deux sources diplomatiques.

Mis au pied du mur par ses partenaires européens, et en particulier par Paris et Berlin, M. Berlusconi a contre-attaqué en soulignant que «personne n'est en mesure de donner des leçons à ses partenaires» et que la crise concernait «en particulier» le système bancaire «franco-allemand» très exposé aux dettes des pays fragiles de l'UE.

Le Cavaliere a très mal pris l'échange de sourires amusés dimanche entre le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel lorsqu'ils ont été interrogés sur la manière dont s'était déroulée leur entrevue avec M. Berlusconi.

Afin d'apaiser les craintes de ses partenaires, le Cavaliere a promis en particulier d'agir sur les retraites, en laissant entendre qu'il pourrait relever l'âge de départ à 67 ans.

Mais son allié clé de la Ligue du Nord, qui s'est opposé ces derniers mois à toute intervention d'envergure sur ce front, campe sur ses positions.

«Notre position est très claire sur la réforme des retraites: nous avons déjà donné», a lancé le ministre de l'Intérieur, Roberto Maroni, l'un des dirigeants de ce parti populiste, qui s'est dit toutefois prêt à «écouter les requêtes» de M. Berlusconi.

La péninsule a déjà réformé en profondeur son système de retraites ces dernières années.

Ce système, qui est bénéficiaire, compte deux catégories de retraites: la «pension de vieillesse», dont l'âge est fixé à 65 ans pour les hommes et passera progressivement de 60 à 65 ans pour les femmes, et la «pension d'ancienneté», qui permet actuellement de partir à 60 ans à condition d'avoir cotisé au minimum 36 ans.

Dans la ligne de mire des marchés, l'Italie a adopté cet été des mesures d'austérité draconiennes censées permettre au pays de parvenir à l'équilibre budgétaire dès 2013, mais le gouvernement a depuis tergiversé sur la mise au point d'un plan de relance de la croissance, ce qui a renforcé les inquiétudes des marchés.