Pour ceux qui ont longtemps dû vivre sous la protection de gardes du corps comme pour les indépendantistes radicaux, la fin de la lutte armée de l'ETA ouvre un nouveau chapitre. Les premiers rêvent d'un quotidien libéré de la menace et les autres, d'avancées politiques.

Elodie CUZIN AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous leur avons ôté les bombes. À partir d'aujourd'hui nous devons leur ôter les votes grâce à la force de la démocratie», a lancé samedi à Saint-Sébastien le candidat socialiste aux législatives du 20 novembre, Alfredo Perez Rubalcaba, devant un auditoire de militants basques de son parti, pour beaucoup menacés directement pendant des années par l'ETA.

Ému aux larmes par le souvenir des disparus, l'ancien ministre de l'Intérieur fêtait ainsi l'annonce de la fin de la violence, tout en reconnaissant le poids électoral potentiel des partis indépendantistes radicaux basques qui ont officiellement commencé à se distancier du groupe armé il y a un an et demi, après 40 ans de lutte.

Comme pour illustrer ses propos, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé le même jour dans l'autre grande ville basque, Bilbao, pour réclamer l'indépendance et l'amnistie des prisonniers de l'ETA.

Un énorme cortège en guise de démonstration de force pour l'ancien bras politique du groupe armé à qui la fin de la violence semble avoir donné des ailes.

L'annonce de l'ETA aura «un effet dans les urnes», assure, confiant, Felix Markaida, 50 ans, qui accompagne tranquillement la marche.

Selon cet avocat au discours posé, la nouvelle coalition indépendantiste Amaiur, alliant les partis Aralar, Eusko Alkartasuna, Alternatiba et des candidats issus de l'ancienne Batasuna, illégale depuis 2003, obtiendra en effet «un bon résultat» aux législatives.

«Il faut aller réclamer nos droits là où ils sont débattus», poursuit-il.

«Si l'Espagne est une vraie démocratie, alors il faudra reconnaître à Euskal Herria (le Pays basque revendiqué par les indépendantistes radicaux et incluant trois provinces françaises et la Navarre) le droit de décider de son avenir à travers un référendum», conclut-il.

Après avoir frappé fort aux élections municipales de mai, les indépendantistes radicaux pourraient gagner jusqu'à quatre sièges au Congrès des députés, à Madrid, selon les sondages publiés avant l'annonce de l'ETA. Leur victoire pourrait donc être encore plus large.

Mais la revendication immédiate de la foule de manifestants concernait la situation des prisonniers.

«Leur rapprochement (dans les prisons basques) est important pour pouvoir normaliser la situation», explique Pilar Garcia de la Torre, 51 ans.

Le retour à la normale occupe aussi une large part des propos de Joseba Markaida, 57 ans, mais pas pour les mêmes raisons.

«Je me sens libéré», lance le porte-parole des socialistes de la petite municipalité de Berango, qui vit depuis dix ans protégé par ses deux gardes du corps comme des centaines d'élus basques.

«Les seuls pour qui la vie va changer, c'est nous: les menacés, les exilés, les rackettés, environ 5% de la population du Pays basque... Et les victimes à qui l'on va rendre une justice réparatrice», précise-t-il.

Depuis le salon cossu de son grand appartement de Getxo, Enrique Portocarrero, 56 ans, directeur général du Cercle des chefs d'entreprises basques, réunissant 70 dirigeants de grandes sociétés ayant vécu comme lui sous la menace, assure que «la chappe de plomb qui pesait sur le Pays basque a disparu».

«Je pense sincèrement que tout ceci est terminé», indique-t-il pudiquement faisant allusion aux «quatre ou cinq» voitures piégées qui ont explosé sous ses fenêtres depuis 2000 et aux menaces de mort, avant de conclure prudemment:

«Mais la crédibilité de l'ETA est inexistante. Il faudra donc s'en assurer avec le temps.»