Le Premier ministre russe Vladimir Poutine s'est posé lundi en homme providentiel pour la Russie à l'image d'un Roosevelt ou de Gaulle, défendant son retour annoncé au Kremlin et se vantant d'avoir «serré les boulons» dans un pays qui ne tient toujours selon lui qu'«à un fil».

Luc Perrot AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je me garderais bien de dire que la situation ne peut pas être pire. Il suffit de faire deux ou trois faux pas pour que tout s'écroule si vite qu'on n'ait même pas le temps de s'en apercevoir. Tout tient à un fil chez nous», a déclaré M. Poutine dans un entretien diffusé sur les grandes chaînes de télévision.

Il a invoqué la fin de période soviétique, avec ses pénuries, la chute de l'URSS, et les chaotiques années 1990, pour justifier sa politique de reprise en main du pays depuis son arrivée au pouvoir il y a bientôt douze ans.

«On en est pratiquement venu à la guerre civile. Tout le Caucase a été couvert de sang, on a employé l'aviation, l'artillerie lourde, les tanks. Et nous avons toujours là-bas de grands problèmes», a déclaré M. Poutine, qui avait déclenché la deuxième intervention armée en Tchétchénie à la fin 1999.

«Quand nous avons été confrontés à des menaces énormes, telles qu'elles pouvaient remettre en question l'existence même de notre Etat, alors, bien sûr, nous avons dû 'serrer les boulons', pour parler franchement», a-t-il ajouté, selon le texte de l'entretien publié par le gouvernement.

Réfutant les critiques suscitées par l'annonce de sa candidature à la présidentielle de mars, il a donné en exemple la longévité de dirigeants comme le général de Gaulle en France ou le président américain Franklin D. Roosevelt pour justifier la nécessité de stabilité politique dans de telles situations de crise.

«Quand un pays se trouve dans des conditions difficiles, ces éléments de stabilité, y compris dans le domaine politique, sont extrêmement importants», a souligné M. Poutine, homme fort du pays depuis près de douze ans et qui pourrait rester à la tête de la Russie pour deux nouveaux mandats présidentiels jusqu'en 2024.

«Nous avons nous aussi connu l'effondrement de notre pays: l'Union soviétique a éclaté. Et qu'est-ce que l'Union soviétique? C'est la Russie, sauf qu'elle s'appelait autrement», a-t-il dit.

M. Poutine a fait un parallèle avec la situation qui a amené à la chute de l'URSS, soulignant en substance que contrairement à lui les dirigeants soviétiques avaient été incapables de faire face à la situation.

«Je ne me souviens pas que les dirigeants soviétiques de l'après-guerre aient travaillé de manière aussi intensive que nous le faisons», a-t-il dit.

Il s'est cependant défendu de vouloir restaurer l'Union soviétique avec sa proposition de créer une union eurasiatique réunissant des pays de l'ex-URSS.

«La Russie n'y voit pas son intérêt aujourd'hui», a-t-il affirmé.

Mais réagissant aux accusations d'«impérialisme», il s'en est pris au Occidentaux.

«Occupez-vous de vos affaires, luttez contre l'inflation, contre la dette, contre l'obésité», a-t-il lancé, raillant par ailleurs, sans les nommer, l'ambition selon lui des Etats-Unis d'être «le gendarme du monde».

Interrogé sur l'épithète de faucon souvent associée à sa personne, M. Poutine a laconiquement répondu que ce rapace était un «bon oiseau» et ajouté que la Russie allait «continuer de conduire une politique étrangère équilibrée comme dans le passé».

Enfin, il a souligné que l'économie russe reposait encore trop sur les matières premières.

«C'est pourquoi la crise nous frappe de manière aussi forte et douloureuse. Nous allons nous efforcer d'ouvrir notre économie», a-t-il ajouté en évoquant l'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) qui se fait attendre.

Vladimir Poutine avait annoncé au congrès de son parti, Russie Unie, le 24 septembre, son intention de redevenir président après le scrutin de mars 2012, une élection qu'il est quasi assuré de remporter en l'absence de réelle opposition, laminée durant ses deux mandats au Kremlin (2000-2008).