La bataille pour l'élection présidentielle d'avril et mai 2012 en France est lancée après la désignation dimanche du candidat socialiste François Hollande, qui a promis de «réenchanter le rêve français», mais dont la droite a aussitôt épinglé l'inexpérience et le flou.

Publié le 17 oct. 2011
Martine Nouaille AGENCE FRANCE-PRESSE

François Hollande, 57 ans, a été légitimé par une primaire inédite en France qui a mobilisé près de trois millions de sympathisants de gauche et lui a donné les 9 et 16 octobre une confortable avance sur ses concurrents, dont l'autre finaliste Martine Aubry (56,6% contre 43,4% au second tour).

Peaufinant sa stature de candidat rassembleur, et alors que Martine Aubry appelait l'ensemble des socialistes à se ranger derrière lui, M. Hollande a tendu la main aux écologistes et à l'extrême gauche, dont il aura besoin pour l'emporter au second tour de la présidentielle, ainsi qu'aux centristes qui cherchent encore leur stratégie.

«C'est le rêve français que je veux réenchanter, celui qui a permis à des générations durant toute la République de croire à l'égalité et au progrès», a-t-il déclaré, soulignant que ses seuls adversaires étaient «la droite et l'extrême droite».

Ce résultat «est la première étape d'un long cheminement» et «je n'ignore rien de la dureté des combats qui nous attendent», a-t-il néanmoins relevé.

M. Hollande devient le principal adversaire de Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages après quatre ans et demi de présidence, et que la mise en ordre de marche de la gauche va sans doute pousser à descendre dans l'arène électorale plus tôt qu'il ne le souhaitait.

Le président en exercice, probable candidat à sa succession, va s'exprimer à la télévision le 24 octobre sur la crise économique.

Mais ses partisans ont lancé sans attendre la contre-offensive en reprenant contre M. Hollande les critiques qu'il a suscitées dans une partie de son propre camp: inexpérimenté, indécis, habile à cultiver le flou, représentant d'une «gauche molle» contraint de s'allier avec la «gauche sectaire».

François Hollande donne «l'image de quelqu'un qui a beaucoup de mal à prendre des décisions difficiles», a lancé Jean-François Copé, le chef de l'UMP, le parti de M. Sarkozy.

Le candidat socialiste, député et président de l'assemblée départementale de Corrèze (centre), mais qui n'a jamais été ministre, est un «capitaine inexpérimenté» auquel il serait dangereux de confier «la barre du navire France dans la tempête mondiale économique et monétaire», a renchéri le numéro deux de l'UMP Marc-Philippe Daubresse.

Martine Aubry, 61 ans, qui fut numéro deux du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), a largement utilisé l'argument de son expérience pour tenter d'affaiblir son adversaire de la primaire, avec lequel elle partage la même conception d'une gauche réformiste, qui accepte les contraintes budgétaires et place la justice sociale en tête de ses priorités.

Les personnalités de la majorité de droite ont souligné qu'il sera difficile pour le candidat socialiste de tenir sur la durée en ne décevant ni les partisans de la démondialisation représentés par Arnaud Montebourg, ni les sociaux-libéraux de Manuel Valls, ou encore les adversaires de l'énergie nucléaire.

La droite n'a pas su afficher une position commune sur cette initiative de primaire qui a passionné les Français. Nicolas Sarkozy a laissé entendre qu'elle n'était pas conforme à l'esprit de la Constitution, mais plusieurs ténors de la majorité jugent que la droite devra y avoir recours en 2017.

Pour le scrutin de 2012, l'UMP continue à afficher son soutien à M. Sarkozy, son candidat «naturel», en dépit de l'inquiétude suscitée par sa faible popularité.

Mais après plusieurs semaines de campagne socialiste largement répercutée par les médias, la droite compte bien maintenant faire entendre sa voix. François Hollande, pour sa part, a promis qu'il observerait, après son investiture officielle lors d'une convention samedi, une «diète médiatique», mais «pas trop longtemps».