Le candidat socialiste François Hollande a déclaré vouloir «réenchanter le rêve français», mais derrière ce slogan il propose un mélange de mesures ambitieuses et de sagesse qui, selon lui, ne doit pas remettre en cause les engagements budgétaires européens du pays.

Publié le 17 oct. 2011
Hervé Rouach AGENCE FRANCE-PRESSE

En pleine crise de la zone euro, les électeurs de gauche ont élu dimanche un social-démocrate modéré pour affronter, au nom du Parti socialiste (PS), Nicolas Sarkozy à la présidentielle d'avril et mai prochains.

«Il faut donner une direction qui doit aller vers la maîtrise de notre endettement. Je ne serai pas le président qui accroîtra la dette comme Nicolas Sarkozy l'a fait dans un contexte de crise, il est vrai, mais en dégradant les comptes publics», déclarait-il mercredi dernier.

Comme sa principale concurrente, Martine Aubry, il s'est engagé à respecter la promesse faite par la France à ses partenaires de l'Union européenne: ramener le déficit public sous la barre des 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2013.

Mais il est même allé au-delà, en fixant l'objectif d'un retour à l'équilibre des finances publiques en 2017, à la fin du prochain mandat présidentiel.

Habituels pourfendeurs des politiques de rigueur et d'austérité, les socialistes se sont convertis à un discours longtemps tabou en France où aucun gouvernement, de gauche ou de droite, n'a présenté un budget à l'équilibre depuis 1975.

Mais plusieurs des mesures phares du candidat Hollande, en faveur de la jeunesse ou de l'éducation, sont déjà critiquées dans son propre camp, jugées inefficaces ou trop coûteuses. Des critiques déjà reprises par la droite au pouvoir.

«Ça ne marche pas», a ainsi répété Martine Aubry, à propos du «contrat de génération», dont François Hollande semble vouloir faire l'emblème de son éventuel futur mandat présidentiel. Il s'agit de dispenser de cotisations sociales les entreprises qui conserveraient dans leurs effectifs un travailleur âgé, un senior, et embaucheraient dans le même temps un jeune de moins de 25 ans.

Pour le candidat socialiste, le dispositif, qui doit favoriser «une solidarité entre nos générations» peut être financé par la suppression d'exonérations patronales qui sont actuellement accordées sans contrepartie.

Certains socialistes et la droite se sont aussi interrogés sur le projet de François Hollande d'embaucher 60.000 enseignants sur cinq ans pour rendre à l'Éducation nationale les effectifs qui étaient les siens à l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007.

Pour lui, ces deux propositions sont la base d'une véritable politique en faveur de la jeunesse, dont il veut faire la grande cause de son éventuel mandat présidentiel.

Pour gagner des marges de manoeuvre financières, il affirme qu'il lancera dès le premier jour une vaste réforme fiscale qui devrait se traduire par une hausse des impôts des plus riches et une taxation équivalente pour les revenus du travail et ceux du patrimoine.

«Il y aura nécessairement une montée des prélèvements obligatoires», concède-t-il. Il affirme que Nicolas Sarkozy a réduit de 40 milliards d'euros par an l'imposition des plus favorisés, sans recueillir les fruits escomptés en matière d'investissement et de croissance.

François Hollande a assuré qu'il préciserait les détails de ses propositions lors de la campagne présidentielle qui s'ouvre maintenant.

Il devra aussi s'exprimer sur des sujets qu'il n'a fait qu'effleurer ces dernières semaines, en particulier les questions de société: la politique d'immigration qu'il veut assouplir, le mariage homosexuel qu'il envisage d'autoriser, de même que l'adoption par des couples de même sexe.

Il est aussi attendu au tournant sur le nucléaire, thème crucial pour une partie de l'électorat de gauche. Martine Aubry voulait en sortir progressivement. Il veut en réduire la part, de 75% de l'électricité à 50% en 2025. Ses positions «manquent de sérieux et de clarté», a critiqué lundi Greenpeace.