Benoît XVI a bousculé l'Église catholique allemande, la jugeant trop bien organisée et peu inspirée par «l'Esprit», samedi à Fribourg (sud-ouest), où il a été chaleureusement accueilli.

Jean-Louis de la Vaissière et Francis Curta AGENCE FRANCE-PRESSE

Au lendemain d'une rencontre avec cinq victimes allemandes d'actes de pédophilie et d'un hommage à Martin Luther à Erfurt (est), haut lieu de la Réforme, 25 000 fidèles et spectateurs ont accueilli le pape à Fribourg, ville catholique du pays de Bade, près de la Suisse et de l'Alsace.

Les forces de sécurité y étaient omniprésentes. Dans la matinée, un incident, absolument pas lié au pape selon le Vatican, était survenu à Erfurt (ex-RDA), avant une messe en plein air de Benoît XVI. Un homme a été interpellé après avoir tiré avec une arme à air comprimé sans faire de blessés, ni perturber les célébrations.

Une foule joyeuse a accueilli le souverain pontife quand il est passé dans les rues en papamobile. L'Australienne Josephine Whitelaw a prolongé d'un jour avec son mari son séjour à Fribourg pour voir le pape: «pas question de partir d'Allemagne sans l'avoir aperçu! Il est passé vraiment tout près de moi», a-t-elle dit, enthousiaste.

Pour le protestant allemand Mario Piel, 23 ans, étudiant en droit des affaires, «il était bon de voir un pape allemand! Une chance qui se présente tous les mille ans!»

Devant le puissant Comité central des catholiques (ZDK), le pape a lancé ses critiques les plus sévères contre l'Église allemande. «En Allemagne, l'Église est organisée de manière excellente. Mais derrière les structures, se trouve-t-il aussi la force spirituelle qui leur est relative, la force de la foi dans un Dieu vivant?», a-t-il demandé.

«Sincèrement, nous devons cependant dire qu'il y a un excédent de structures par rapport à l'Esprit», a-t-il ajouté devant des représentants laïcs engagés dans tous les secteurs de la société.

L'Église allemande, encore puissante par ses structures, son réseau d'aide sociale, ses organisations d'aide au développement, a été affaiblie par le scandale des prêtres pédophiles en 2010. Elle est divisée entre conservateurs et progressistes et a du mal à attirer de nouveaux fidèles dans une société sécularisée.

Le pape a encouragé les 15.000 jeunes réunis pour une veillée de prière à redonner de l'ardeur et de la conviction à leur Église: «le préjudice pour l'Église ne vient pas de ses adversaires, mais des chrétiens attiédis», qui ne portent pas un bon témoignage, a-t-il dit.

Le pape a aussi envoyé une pique à son pays, un modèle de «bien-être, d'ordre et d'efficacité», selon lui, mais marqué par la «pauvreté en ce qui concerne les relations humaines et (...) le domaine religieux».

Plus tôt, à Erfurt, il avait évoqué la situation difficile de l'Église dans l'est de l'Allemagne. Les dictatures nazie et communiste ont eu l'effet ravageur d'une «pluie acide» sur la foi chrétienne, selon Benoît XVI.

La journée a été marquée à Fribourg par une rencontre «cordiale et affectueuse» avec l'ancien chancelier et père de la Réunification Helmut Kohl, arrivé en chaise roulante, accompagné de sa femme, a indiqué le Vatican.

Benoît XVI a aussi rencontré les dignitaires des Églises orthodoxes dont il a salué les efforts pour se réconcilier entre eux.

Le pape avait rendu la veille un long hommage inattendu à Martin Luther, dans le cloître d'Erfurt où le futur réformateur s'est formé à la prêtrise au début du XVIe siècle. L'Église protestante y a vu un début de réhabilitation.

Cet hommage a été occulté dans la presse allemande par l'absence d'avancée concrète sur l'oecuménisme. «Le pape douche les espoirs d'un plus grand oecuménisme», titrait ainsi le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, samedi.