Des représentants des communautés juive et musulmane des Pays-Bas ont appelé jeudi les députés néerlandais à ne pas imposer l'étourdissement des animaux avant les abattages rituels afin de limiter leurs souffrances.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous sommes contre toute forme d'étourdissement, car cela va à l'encontre de notre religion», a soutenu Yusuf Altuntas, président du CMO, l'organisation qui fait le lien entre la communauté musulmane et le gouvernement néerlandais, lors d'un débat en commission parlementaire à La Haye.

«Une des premières mesures prises lors de l'Occupation (...) a été d'interdire l'abattage casher», a de son côté lancé le grand rabbin Binyomin Jacobs.

La loi néerlandaise impose l'étourdissement des animaux avant l'abattage, mais prévoit une exception pour les abattages rituels halal et casher.

Le Parti pour les Animaux (PvdD), qui dispose de deux sièges sur 150 au parlement néerlandais, a soumis aux députés néerlandais un projet de modification de cette loi, qui prévoit de supprimer cette exception.

Selon les médias néerlandais, la proposition du PvdD pourrait obtenir le soutien de la majorité des députés. Une date pour un vote au parlement n'a pas encore été fixée.

«Les animaux souffrent plus, sont plus stressés lorsqu'ils ne sont pas étourdis», assure à l'AFP Esther Ouwehand, députée du PvdD.

«En faisant passer cette modification de la loi, nous espérons inspirer d'autres pays», a-t-elle ajouté, assurant que cette mesure a déjà été prise en Norvège et en Suède notamment.

Selon le Parti pour les animaux, «plus de deux millions d'animaux», principalement des moutons et des poulets, sont abattus chaque année aux Pays-Bas selon ces rituels.

Ce chiffre est «inexact», a déclaré à l'AFP Abdelfattah Ali-Salah, directeur de Halal Correct, la société qui délivre les certificats pour la viande halal aux Pays-Bas. Celle-ci affirme dans un communiqué que seuls 250.000 animaux sont abattus par an aux Pays-Bas sans avoir été préalablement étourdis.

Juifs et musulmans ont soutenu jeudi que les abattages rituels respectent le bien-être des animaux, notamment car les méthodes utilisées limitent les souffrances des animaux et que les personnes qui en sont chargées ont suivi des formations très strictes.

«S'il n'y a pas aux Pays-Bas de personne formée à l'abattage rituel, alors nous ne mangeons pas de viande», a affirmé le rabbin Binyomin Jacobs.

Les deux communautés soutiennent en outre que les étourdissements tels qu'ils sont prévus ne font que paralyser les animaux sans les rendre insensibles à la douleur.

Elles ont toutefois proposé aux députés certaines mesures pour améliorer le bien-être des animaux dans le cadre des abattages rituels, notamment un meilleur contrôle de l'abattage et une amélioration des conditions de transport des animaux.

En France, plusieurs associations, dont la Fondation Brigitte Bardot, avaient organisé en janvier une campagne d'affichage dénonçant les conditions dans lesquelles les animaux étaient tués dans le cadre de l'abattage rituel.