D'un sommet de Copenhague raté à la censure de sa taxe carbone, le président français Nicolas Sarkozy accumule les déconvenues au tournant de l'année et aborde sa seconde partie de mandat affaibli dans l'opinion.

Mis à jour le 31 déc. 2009
Anne-Laure MONDESERT AGENCE FRANCE-PRESSE

C'est dans ce climat morose que le chef de l'Etat, après quelques jours de repos au Maroc, devait adresser jeudi soir ses voeux aux Français, lors d'un exercice traditionnellement suivi par plus de 10 millions de téléspectateurs. Le message sera consacré à la situation économique et sociale, alors que le pays a renoué timidement cette année avec la croissance mais connaît une aggravation continue des déficits et du chômage, qui alimente le mécontentement des Français.

Le président français est au plus bas dans les sondages depuis son élection en mai 2007: selon l'institut Ifop, 62% des personnes interrogées désapprouvaient son action à la mi-décembre, à quelques mois des élections régionales de mars.

«Là, il a l'occasion de dire aux Français quelle est la cohérence» de sa politique, estime le politologue Stéphane Rozès. «Nicolas Sarkozy dit que pour réformer le pays, il faut bouger sur tous les fronts mais il ne dresse pas une feuille de route pour le pays et pour sa propre majorité qui est désorientée», souligne-t-il à l'AFP.

Le dirigeant français pourrait aussi profiter de sa tribune pour défendre sa taxe carbone, après le camouflet surprise infligé par le Conseil constitutionnel, organe garant de la conformité des lois avec la Constitution, qui a censuré mardi cette mesure.

Cette taxe carbone, dont Nicolas Sarkozy avait comparé l'importance à l'abolition de la peine de mort, était censée placer la France en pointe dans le combat contre les émissions de CO2 mais était critiquée jusque dans les rangs de la majorité de droite comme un impôt injuste.

Même s'il a fait savoir qu'un nouveau texte serait présenté dès le 20 janvier, le président français subit là un revers particulièrement malvenu, après le fiasco du sommet de Copenhague sur le climat dans lequel il s'était fortement investi.

«L'hyperprésident capable de casser toutes les baraques et de renverser toutes les tables en France comme sur la scène internationale, a vécu. Copenhague et maintenant le Conseil constitutionnel viennent de le démontrer», jugeait jeudi le quotidien de gauche Libération.

Cet échec intervient sur fond de mécontentement grandissant d'une partie des parlementaires de droite devant certaines réformes et méthodes de l'exécutif. Outre la taxe carbone, la grogne a visé la suppression de la taxe professionnelle, un impôt payé par les entreprises qui finance les communes, départements et régions.

Egalement sujet de malaise, le grand débat sur l'identité nationale, voulu par Nicolas Sarkozy et lancé fin octobre, qui s'est rapidement focalisé sur l'immigration et l'islam et donné lieu à divers dérapages.

Ces derniers mois déjà, plusieurs polémiques avaient terni l'image de l'exécutif: d'abord l'affaire des écrits du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand sur le tourisme sexuel puis celle de la candidature décriée et finalement abandonnée du fils cadet du président, Jean Sarkozy, à 23 ans, à la tête du plus grand quartier d'affaires de France.

Avec la nouvelle année, Nicolas Sarkozy aborde la seconde partie de son mandat, qui s'achèvera en mai 2012. Le président français laisse planer un vague suspense sur sa candidature à la prochaine présidentielle, mais il paraît incontournable pour y défendre les chances de la droite.