Mon rapport avec les vins d’Espagne en a longtemps été un d’amour et de haine. D’amour, parce qu’au même titre que l’Italie ou la France, le pays regorge de magnifiques terroirs et de cépages indigènes. De haine, parce que pendant des années, la viticulture était axée sur une production industrielle de vins bas de gamme, plutôt que sur la valorisation des terroirs.

Publié le 18 avril
Véronique Rivest
Véronique Rivest Sommelière, collaboratrice invitée

La dictature de Franco au XXsiècle n’a pas aidé. Les échanges avec le reste du monde ont été limités et quand le pays est finalement sorti de son isolement, les vins simples, fruités et peu chers du Nouveau-Monde faisaient fureur. L’Espagne s’est engouffrée dans cette voie. Ont suivi d’énormes volumes de vins certes techniquement corrects, mais sans âme.

À part celle de Rioja, quelle appellation espagnole connaissiez-vous il y a 30 ans ? Même l’appellation de Cava, très connue, n’a été créée qu’en 1986…

Mais depuis quelques années, nous assistons à tout un revirement. L’Espagne est aujourd’hui l’un des pays viticoles les plus dynamiques. D’anciens vignobles abandonnés, dans des terroirs fabuleux, de vieilles vignes et des cépages locaux sont récupérés et mis en valeur.

La région du Priorat est l’une des premières à avoir profité de ce mouvement à partir des années 1980. Des vignobles vertigineux et de très vieilles vignes de grenache et de carignan y sont de nouveau travaillés pour élaborer des vins de terroir. Dans les années 1990, c’est au tour de la région de Rias Baixas, en Galice, et son cépage albariño, d’être réhabilitée après des années de culture de vins bas de gamme.

Au cours des années 2000, une nouvelle génération de vignerons s’est aventurée encore plus à l’intérieur des terres de Galice pour redécouvrir des terroirs fabuleux, abandonnés parce que trop isolés et difficiles à travailler. Ils nous ont fait découvrir les régions de Ribeiro et de Ribeira Sacra, de Valdeorras et de Monterrei, tout comme celle de Bierzo, en Castille et Léon. On a pu goûter les cépages mencía en rouge et godello en blanc, parmi des dizaines d’autres. Beaucoup de ces très vieux vignobles sont encore complantés avec plusieurs variétés, certaines encore non identifiées.

Et que dire des îles Canaries ? Ces terroirs volcaniques et leurs cépages anciens produisent des vins singuliers et remarquables, que presque personne ne connaissait il y a 20 ans. Surveillez les arrivages de Tajinaste et Suertes del Marqués, dont les vins sont souvent vendus à la SAQ.

Plus récemment, on nous a fait découvrir la région de Sierra de Gredos et les vignobles autour de Madrid. Je ne les connaissais pas il y a cinq ans. De très vieilles vignes de grenache y donnent des vins tout en finesse, qui rappellent le pinot noir. Les vins de Bernabeleva sont parfaits pour s’y initier.

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Même les régions établies se révèlent pleines de surprises, tandis que le mouvement de revalorisation des vieux cépages et la volonté d’élaborer des vins de terroir gagnent tout le pays.

À Rioja, il n’y a plus qu’un seul style de vin. On voit de plus en plus apparaître le nom des villages sur les étiquettes, pour différencier les terroirs. Les longs élevages en barriques américaines ne sont plus l’unique façon de faire. Les vins de soif et les vins de garde se côtoient.

À Jumilla, au lieu de pousser les extractions et de boiser à outrance, de jeunes vignerons privilégient des vinifications douces pour mieux exprimer tout le caractère des très vieilles vignes.

Pareil pour le Cava : il existe encore une forte production industrielle, mais de nombreuses maisons produisent de superbes vins de terroir, à des prix très abordables.

Le tempranillo reste le cépage le plus cultivé dans ce pays qui compte plus de vignes que tout autre. Mais petit à petit, on fait de plus en plus de place à une panoplie de vieux cépages indigènes. Les jeunes vignerons ne cherchent plus à émuler ce qui se fait ailleurs, mais s’efforcent de récupérer leur propre patrimoine viticole. Exactement ce que fait le petit groupe de vignerons Envinate. Rien de mieux pour s’initier à leur travail que la cuvée Albahra, offerte ces jours-ci.

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Il y a à peine 10 ans, j’achetais très peu de vins espagnols. Depuis cinq ans, ce sont certains des vins que j’achète le plus. Et je suis certaine de ne pas être au bout de mes découvertes.

Trois suggestions

Albet i Noya Xarel-Lo El Fanio Penedès 2020

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Albet i Noya Xarel-Lo El Fanio Penedès 2020, 21,20 $ (12674221), 13 %, bio

Le xarel-lo est l’un des principaux cépages utilisés dans la production de cava. Considéré comme très qualitatif, il donne aussi d’excellents vins blancs. Parmi les vins blancs espagnols à la SAQ, il est au deuxième rang des cépages les plus populaires après le verdejo, devançant même l’abariño ! Et pas mal tous ceux offerts en ce moment sont de très bonne qualité ! Sûrement parmi les plus constantes, la cuvée El Fanio est de nouveau délicieuse en 2020. Elle fait preuve d’une grande finesse, avec des arômes de poire, d’agrumes, de fleurs de pommier. Des arômes qui se développent en bouche, avec une légère impression de coquillages. Un très joli grain à la texture et de légers amers en finale ajoutent du relief. Fin, délicat, légèrement salin, il accompagnera poissons et fruits de mer préparés en toute simplicité.

21,20 $ (12674221), 13 %, bio

Garde : de 2 à 3 ans

Altamente Jumilla 2020

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Altamente Jumilla 2020, 14,85 $ (13632365), 14 %, bio

Des vignobles à 900 m d’altitude, des vignes en gobelet, pour la plupart franc de pied, dans un environnement riche en biodiversité : pourquoi voudrait-on effacer toutes ces marques du terroir en noyant le vin dans des saveurs de bois neuf ? Altamente réussit un tour de force en nous proposant des vins bio, réels reflets d’un terroir, à de tout petits prix. Ce 100 % monastrell (mourvèdre), vinifié dans des cuves en béton avec les levures indigènes, est bourré de fruit, mûre et bleuet, avec des notes de réglisse et de goudron, typique du cépage. La bouche est aussi tout en fruit, avec très peu de tanins, des notes épicées et un caractère un brin sauvage. Il sera à son apogée servi légèrement rafraîchi, et à table, avec des viandes goûteuses ou des saucisses grillées.

14,85 $ (13632365), 14 %, bio

Garde : à boire

Olivier Rivière Rayos Uva Rioja 2020

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Olivier Rivière Rayos Uva Rioja 2020, 20,50 $ (13076071), 14 %

Le Rayos Uva 2019, année chaude et sèche, était tout en fruit, avec une texture pulpeuse. Plus pluvieuse, l’année 2020 donne un tout autre vin. La couleur est d’un mauve éclatant, et le nez, assez marqué par la réduction avec des notes de fumée et animales. Passez-le en carafe une heure ou deux pour l’aérer et laisser place à des arômes de prune, de confiture de fraise, de cuir et de feuilles de tabac. Très sec, avec un fruit mûr, il développe en bouche des notes de garrigue (thym, romarin) et de terre noire, avec beaucoup de fraîcheur, un certain grain à la texture et juste ce qu’il faut de tanins, légèrement fermes. Plus indiqué pour la table, il est à essayer avec un lapin ou un poulet au bacon et aux champignons.

20,50 $ (13076071), 14 %

Garde : de 2 à 3 ans