Voilà un an que cette satanée pandémie réduit comme peau de chagrin nos déplacements, activités et contacts humains. Au cœur de cette tempête, les cafés se sont érigés en bastion où retrouver, l’espace de quelques instants, un semblant de normalité et de chaleur humaine. Voici trois histoires de clients et de leurs établissements favoris.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Le secret de la tasse en porcelaine

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Andreas Vecchi, copropriétaire du Caffettiera, en compagnie des amis et fidèles clients Mehdi Malla et Ezzedeen Soleiman

C’est au cœur de l’été 2020, alors que le virus nous donnait un peu de répit, que le Caffettiera Caffé Bar, café italien au design coloré inspiré des années 1990, a accueilli ses premiers clients au centre-ville. Parmi ceux-ci, il y avait Mehdi Malla, 29 ans, et Ezzedden Soleiman, 27 ans, deux amis d’enfance et des amoureux du café à l’italienne – particulièrement des espressos courts, leur boisson de prédilection. « On est passés devant et on a remarqué le design, les machines à café, alors on s’est dit : “Ça va être un bon espresso ici !” », se remémore Ezzedden Soleiman, qui travaille en finances.

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Andreas Vecchio, copropriétaire du Caffettiera, monte la garde dans le petit café italien du centre-ville qui, malgré la pandémie, continue de servir sa fidèle clientèle.

Au fil des semaines, le duo est retourné souvent voir Andreas Vecchio, le copropriétaire, et une véritable amitié s’est créée entre les trois. Ainsi, près de cinq fois par semaine, les deux complices font le trajet entre leur quartier, le West Island, et le centre-ville déserté, où le Caffettiera est resté ouvert, droit comme un chêne, havre caféiné pour les habitants du coin et les rares passants et travailleurs. « Le café est vraiment bon, mais c’est aussi Andreas qui le rend meilleur. Il donne un service comme s’il n’y avait pas de pandémie », remarque Mehdi Malla, qui est de son côté en import-export.

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La différence qui change tout pour les deux fidèles clients : pouvoir déguster leur espresso dans une tasse en porcelaine.

Un petit manège s’est installé entre les deux clients et le barista, qui désespère de servir de nouveau ses cafés bien tassés dans des tasses en porcelaine, comme il se doit. Car un court dans un verre en carton, ce n’est tout simplement pas la même chose, lance le barista. Ainsi, il verse les espressos dans des tasses, que les deux jeunes hommes amènent dans leur voiture, qu’ils dégustent tranquillement en discutant. « On crée notre petit café, dans la voiture, c’est une façon d’avoir une certaine normalité, un peu de plaisir malgré tout. La tasse, ça a tout changé ! », remarque M. Soleiman. Ensuite, ils reviennent porter les tasses, et M. Vecchio y va d’une nouvelle dose. Ils peuvent répéter l’opération trois, voire quatre fois. « On aime vraiment beaucoup le café ! », dit en rigolant M. Malla. Et au copropriétaire de conclure : « Ils me rendent vraiment heureux, ces deux-là ! »

2055, rue Stanley

> Consultez le site de la Caffettiera Caffé Bar

Acheter son café favori

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Gabriel Malenfant, ancien propriétaire du Pastel Rita, et Jocelyn Despres, nouveau propriétaire, partagent une grande complicité.

Si vous fréquentez la scène des restaurants montréalais, il y a fort à parier que le visage de Jocelyn Despres vous est familier. Le sympathique serveur a travaillé dans des endroits courus comme Le Réservoir, le (feu) Ma’tine et Le Mousso. Ces dernières années, il a aussi officié au café Paquebot. « J’ai eu 40 ans cette année et il était clair pour moi que je voulais arrêter de travailler de soir, passer au jour. C’est pour ça que j’ai voulu apprendre sur le café, me faire des contacts aussi », raconte-t-il. Le projet qu’il comptait réaliser à l’été 2020, soit déménager durant un an à Percé, dans sa Gaspésie natale, caressant l’idée d’y ouvrir éventuellement un café, a dû, sans surprise, être mis sur la glace.

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Café du Pastel Rita, dans le Mile End

Jocelyn Despres demeure dans le Mile End, tout près du Pastel Rita, café ouvert en 2018 dont le design n’est pas sans rappeler l’esthétique des films de Wes Anderson. Gabriel Malenfant, du groupe Radio Radio, et sa femme, Véronique Orban, artiste derrière la marque Bouquet, sont à l’origine de celui-ci. Un jour du printemps dernier, le serveur, qui s’ennuyait de son café de quartier préféré, fermé depuis mars, a écrit à Gabriel sur Instragram pour prendre des nouvelles. « Et là, Gabriel m’a répondu quelque chose comme : “Le veux-tu ?” », se remémore Jocelyn en riant. « Cela faisait un moment que j’avais envie de tourner la page, que je cherchais un partenaire », admet Malenfant, qui a lancé sa proposition un peu à la blague, mais tout à fait sérieusement en même temps. « Jocelyn a le cœur à la bonne place, le côté humain, Rita’s vibes à 100 % ! », ajoute celui qui a nommé le café en hommage à sa grand-mère Rita, dont la porte est toujours ouverte.

Si l’achat d’un café en pleine pandémie comporte sa part de risque, le nouveau propriétaire (qui s’est allié avec sa vieille amie, Élise Bertrand, issue du monde de la gestion) est tout de même optimiste. « La culture des coffee shop est forte à Montréal, il y a une magie qui ne se crée nulle part ailleurs. On a aussi développé l’offre de vin nature, et un menu sandwich créé par des amis du Mousso et du Moccione. Et puis, prendre un café, c’est un des seuls plaisirs qui nous restent ! » Gabriel, lui, reste partenaire « silencieux » avec sa femme. À leur tour d’être clients ! Les deux ont une complicité évidente : le jour de l’entrevue, ils arrivent habillés de façon semblable, sans même s’être consultés, ce qui déclenche l’hilarité générale. Gage de leur amitié indéfectible, ils se sont même fait tatouer, dans le nouveau lieu de tatouage qui a élu domicile dans l’espace arrière du café, leurs noms respectifs.

5761, boulevard Saint-Laurent

> Consultez la page Facebook du Pastel Rita

Mon quartier général

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Le couple propriétaire du Louisa, Charles Francis et Virginie Lamontagne, en compagnie d’une cliente et amie, Erika Aird

Sur la couronne nord, à Bois-des-Filion, a poussé l’an dernier un charmant café de quartier nommé Louisa. Le couple de jeunes propriétaires, Charles Francis et Virginie Lamontagne, vient du coin, mais a habité plusieurs années dans Villeray, à Montréal. Avec ce projet, ils ont voulu reproduire l’ambiance et le côté chaleureux des cafés de quartier montréalais, mais en banlieue. « On n’avait pas envie de perdre ce côté proximité qu’on a à Montréal, où tu connais le barista de ton café préféré. On a voulu recréer ça ici », détaille la copropriétaire. Et c’est tout à fait réussi !

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Un latté du Louisa café de quartier

Qui dit café de quartier dit clients réguliers. Et Érika Aird remporte sans doute la palme en la matière. Virginie Lamontagne et elle sont des amies du secondaire, qui s’étaient un peu perdues de vue au fil des années. « J’habite à 10 minutes d’ici, donc, quand j’ai vu que le projet commençait, j’étais contente pour eux et je voulais les encourager. En commençant à fréquenter l’endroit, nous avons reconnecté. Et comme j’étais en congé de maternité, je me suis mis à venir souvent... peut-être un peu trop souvent ! », précise la pharmacienne et mère de deux jeunes enfants, de 1 et 3 ans, en riant.

Le Louisa est devenu son véritable « quartier général » dans la dernière année, admet-elle. L’été dernier, alors que la salle du café était ouverte, elle y retrouvait ses autres copines, aussi en congé de maternité, et s’y arrêtait régulièrement avec sa marmaille pour prendre un café avant d’aller se promener dans le sentier tout près, pour attraper du prêt-à-manger ou pour jaser quelques instants, tout simplement. « Ça me faisait une activité. Mon bébé a mangé de la nourriture pour la première fois ici ! », souligne-t-elle.

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Au Louisa, on reproduit l’ambiance d’un café de quartier de Montréal, mais en banlieue.

Les propriétaires, qui ont aussi deux jeunes enfants, ont été témoins de la première bouchée de crème glacée du petit dernier, le café ayant développé une offre de crémerie durant la belle saison. « On s’était croisés dans le stationnement dehors, on a passé une demi-heure à jaser, les enfants jouaient. C’était vraiment un beau moment », se remémore Charles Francis. « On en a eu beaucoup de beaux moments comme ça », ajoute la fidèle cliente. Comme quoi les plus beaux souvenirs naissent souvent de petits moments en apparence anodins.

702, boulevard Adolphe-Chapleau, # 102, Bois-des-Filion

> Consultez le site du Louisa