(Montevideo) Synonyme de convivialité en Uruguay, Argentine et Paraguay, l’infusion de maté, qui se partage volontiers entre amis et collègues de travail, est devenue une pratique à risque par temps d’épidémie de coronavirus.

Gabriela VAZ
Agence France-Presse

Cette boisson traditionnelle sud-américaine issue de la culture des Amérindiens Guaranis se prépare en infusant dans de l’eau très chaude des feuilles de yerba mate, un arbuste amazonien.

Stimulante, à l’image du café ou du thé, elle est consommée tout au long de la journée en Uruguay, au Paraguay et en Argentine, et se partage volontiers entre convives qui font tourner la calebasse et la petite pipe de métal — « bombilla » — qui permet d’aspirer l’infusion.

« Lors de la dernière réunion de famille, quand ma sœur m’a invité à partager son maté, j’ai refusé », raconte à l’AFP Leonel Garcia, un Uruguayen de 43 ans. « Je continue à prendre mon maté, car je ne peux pas m’en passer, mais tout cet esprit de rassemblement, de rapprochement, de complicité... je l’ai abandonné », ajoute-t-il.

Depuis une semaine, il a ainsi arrêté de proposer à ses collègues de travail de partager son maté.

« Il n’y a jamais eu d’études dans nos pays sur cette coutume ancienne concernant la transmission d’éléments pathogènes », explique à l’AFP l’épidémiologiste uruguayen Eduardo Savio, coordinateur au sein de l’Association panaméricaine d’infectiologie.

« Mais aujourd’hui, la mesure (ne pas partager le maté) a du sens, vu que le virus se trouve dans la salive », ajoute-t-il.

Manque de politesse

En Uruguay, qui détient le record de consommation de 10 kg de yerba mate par an et par personne et où cette tradition est un symbole de l’identité nationale, le ministère de la Santé a demandé aux habitants de ne pas partager la « bombilla ».

Idem en Argentine où les autorités ont recommandé de « ne pas partager le maté, les couverts et ustensiles ».

Au Paraguay, qui troque en été le maté pour le tereré, une infusion de yerba mate dans de l’eau glacée, les autorités tentent aussi d’alerter sur les dangers d’une consommation collective.

« Il faut s’habituer à ne plus partager ni le maté, ni le tereré », a déclaré à l’AFP le ministre de la Santé, Julio Mazzoleni.

Mais changer les habitudes ne semble pas toujours facile dans des pays où ne pas partager son maté lorsqu’on est en groupe est considéré comme un manque de politesse.

À Buenos Aires comme à Montevideo, où plusieurs cas de COVID-19 ont été déclarés, il n’était pas rare jusqu’au week-end dernier de voir dans les lieux publics des groupes de jeunes ou des familles partager la fameuse infusion.

L’anthropologue uruguayen Daniel Vidart souligne dans un livre que « derrière le geste […] de préparer et de boire le maté, il y a une conception du monde et de la vie ». « Le maté dépasse les tendances à s’isoler », écrit-il.

À l’opposé de ce qu’impose désormais la lutte contre le coronavirus.