(Ottawa) Transports Canada cherche des moyens d’inclure les véhicules d’occasion dans un remboursement fédéral pour les voitures électriques, ce que des observateurs estiment nécessaire pour toucher les consommateurs à revenu faible ou intermédiaire.

Stephanie Taylor La Presse Canadienne

Ils font cette recommandation alors qu’une nouvelle analyse montre que, sur les presque 300 millions accordés en subventions jusqu’à présent, plus de 100 millions se sont retrouvés dans les poches des conducteurs de Tesla.

Le programme offre un rabais à l’achat pouvant aller jusqu’à 2500 $ ou 5000 $, dépendamment du cas, et les vendeurs doivent ensuite réclamer un remboursement au gouvernement.

Le gouvernement libéral a introduit cette subvention en 2019 pour ceux qui achètent ou louent de nouveaux véhicules zéro émission, y compris les entreprises et les gouvernements locaux, afin de réduire la pollution liée aux transports.

Entre la création de la subvention et le début de l’année 2021, des accords gouvernementaux montrent que Tesla a été remboursé pour environ 102 millions, sur les quelque 296 millions envoyés à des concessionnaires individuels, qui vendent des véhicules électriques fournis par au moins 15 constructeurs automobiles différents.

Après Tesla ― qui vend directement aux clients ―, les concessionnaires Hyundai ont enregistré le deuxième montant de remboursement le plus élevé, soit 50 millions, suivis par les concessionnaires Chevrolet, avec près de 40 millions.

Contrairement à ces deux derniers, qui proposent une sélection de véhicules électriques éligibles à des rabais, Tesla n’en a actuellement qu’un seul, son Model 3.

Avec un prix de vente suggéré par le fabricant de 44 999 $, la Tesla Model 3 se situe juste en dessous du plafond d’éligibilité de 45 000 $ pour les modèles bas de gamme du programme de subventions.

La stratégie de tarification utilisée par les constructeurs automobiles, y compris Tesla, est la raison pour laquelle un comité parlementaire qui a étudié l’utilisation des véhicules électriques a recommandé le mois dernier que le plafond global de prix soit revu.

« À ce jour, les consommateurs qui ont acheté la Tesla Model 3 représentent environ 25 % du total des réclamations [du programme] », lit-on dans un communiqué de Transports Canada, fourni par sa porte-parole Cybelle Morin.

Le ministère a déclaré qu’il était important d’offrir aux consommateurs des options de véhicules « pour accroître l’adoption de véhicules zéro émission au Canada ».

Pour Germain Belzile, chercheur associé senior sur les questions énergétiques à l’Institut économique de Montréal, l’objectif primordial devrait être de réduire les émissions liées au carbone, et non de faire circuler plus de véhicules électriques. Il a expliqué que ces subventions peuvent être un « bon coup » politique, mais sont dans les faits un moyen coûteux et inefficace de réduire la pollution des transports par rapport à l’imposition d’une plus grande taxe carbone sur le carburant.

M. Belzile a co-écrit une étude de 2017 qui s’est penchée sur les subventions provinciales au Québec et en Ontario, qui, ensemble, pourraient coûter plus de 17 milliards d’ici 2030 et ne réduiraient les émissions que de moins de 4 % par an.

« C’est comme les téléphones portables », a-t-il dit. « Les téléphones portables existent depuis longtemps, mais très peu de gens utilisaient des téléphones portables il y a 35 ans, par exemple, et c’est parce qu’ils étaient très chers. Et nous n’avons pas eu besoin de subventions pour finalement répandre l’utilisation des téléphones portables. »

Mais Ottawa et d’autres, y compris le président américain Joe Biden, se tournent de plus en plus vers les voitures électriques comme moyen de rendre le secteur automobile plus vert et moins dépendant des combustibles fossiles.

Le Canada a comme objectif que 10 % des voitures vendues soient électriques en 2025.

« Cela va devenir un véritable problème économique pour ce qui est de savoir si le gouvernement veut dépenser autant d’argent pour aider les gens à atteindre ces objectifs d’ici 2025 », a déclaré le président de Constructeurs mondiaux d’automobiles du Canada, David Adams.

Il a déclaré que les incitatifs devront rester disponibles pendant au moins plusieurs années en attendant que l’écart de prix se resserre entre les véhicules électriques et ceux propulsés par des moteurs à combustion interne traditionnels.

Hommes éduqués, urbains et au revenu élevé

Dans sa propre analyse, Ottawa a reconnu que les plus grands utilisateurs de véhicules électriques étaient généralement des hommes bien éduqués et au revenu élevé, vivant dans les villes.

Joanna Kyriazis, conseillère en politique chez Clean Energy Canada, a affirmé qu’en ce qui concerne Tesla, le géant « a fabriqué et construit des voitures électriques que les gens veulent réellement acheter », ce que d’autres entreprises ont compris.

Elle a souligné le récent dévoilement par Ford de son camion électrique F-150 : « Si vous regardez ce que Ford vendait vraiment, c’était la puissance, la vitesse, l’intelligence, les idéaux américains de liberté et d’indépendance », a expliqué Mme Kyriazis. « Ce n’était pas “conduisez ceci pour être un citoyen respectueux de l’environnement”. »

L’une des recommandations du rapport du Parlement était l’élargissement des programmes de subventions aux véhicules d’occasion, une opinion que Mme Kyriazis et M. Adams partagent.

« Vous trouvez le plus grand intérêt pour [les véhicules électriques] parmi les jeunes qui, avouons-le, dans la plupart des cas, sont ceux qui sont le moins en mesure d’acheter le véhicule », a déclaré M. Adams.

Mme Kyriazis a indiqué qu’environ 60 % des voitures vendues sont d’occasion.

Payer le coût initial d’un véhicule électrique est un obstacle pour les Canadiens à revenus modestes, qui profiteraient le plus de ses coûts de carburant et d’entretien moins élevés, a-t-elle ajouté.

Mme Kyriazis voit un autre moyen possible de s’assurer que l’aide n’aille pas à ceux qui pourraient se permettre d’acheter un véhicule électrique sans soutien financier : introduire un plafond de revenu ou fournir plus d’argent aux personnes à faible revenu.

Transports Canada étudie des options pour élargir les incitatifs afin d’inclure les véhicules usagés zéro émission, ce qui élargirait l’accès à ces véhicules, a déclaré le ministère dans un communiqué.

L’automne dernier, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il injectait 287 millions supplémentaires dans le programme, originellement de 300 millions, car sa popularité faisait s’écouler l’argent plus vite que prévu.