Excentrique, extravagant, fantaisiste, farfelu, insolite, anticonformiste; tout ça pour traduire le mot anglais «wacky», comme dans Stanley H. «Wacky» Arnolt, l'industriel de Chicago qui s'est lancé durant les années 50 dans l'importation de voitures étrangères aux États-Unis, notamment les petits roadsters anglais.

Alain Raymond, Collaboration Spéciale LA PRESSE

La MG TD de «Wacky»

Rappelons qu'à l'époque, les constructeurs américains s'occupaient exclusivement de l'automobile familiale, la première Corvette née en 1953 n'ayant vraiment pas de prétentions sportives. D'où l'idée de Stan Arnolt de maquiller certains de ces modèles anglais avec des carrosseries plus séduisantes susceptibles de plaire au public américain.

Pour son premier essai, Wacky s'est attaqué à la MG TD. Précisons qu'il était déjà distributeur exclusif de British Motors Corporation (BMC) pour le Midwest américain. Lors d'une visite à Turin, Arnolt a fait la connaissance du carrossier Bertone, qui a accepté d'habiller la MG TD que lui fournirait Arnolt. Celui-ci a donc commandé 200 châssis MG à BMC et les a fait expédier à Turin, où ils ont été revêtus d'une belle carrosserie aux lignes classiques. C'est ainsi qu'est née l'Arnolt-MG.

Malheureusement pour Arnolt, les châssis MG TD étaient en fin de carrière, et BMC en a cessé la vente après avoir livré 100 voitures.

Un moteur bien né

Mais Arnolt était un coriace. Il a envoyé promener BMC et s'est tourné vers Bristol, le constructeur d'avions qui s'était converti à l'automobile après la guerre et chez qui il a trouvé la belle Bristol 404. Fin connaisseur, Arnolt a demandé que «sa» Bristol soit animée par la mécanique BMW de la Bristol 403, soit le robuste 6 cylindres en ligne de 2 litres qui animait aussi la superbe BMW 328. Les fidèles lecteurs de cette chronique se souviendront que ce même moteur se trouvait aussi sous le capot de la très anglaise Frazer Nash d'avant-guerre.

Manipulé par les ingénieurs de Bristol, le beau 6 cylindres allemand à culasse hémisphérique pouvait fournir 130 chevaux, 50 de plus que la version originale.

Ce même moteur, revu et corrigé par Bristol et faisant 170 chevaux à 7000 tours/minute (alors que le V12 Ferrari de 2 litres en produisait 165), propulsait la Bristol 450 qui a remporté en 1954 et 1955 la Catégorie 2 litres aux 24 Heures du Mans.

Arnolt a dévoilé sa dernière trouvaille au Salon de Londres de 1953. Habillée d'une élégante carrosserie signée par Franco Scaglione, qui travaillait alors chez Bertone, l'Arnolt-Bristol a reçu un chaleureux accueil. Souhaitant donner à la voiture un profil aérodynamique, Scaglione a dû résoudre le problème de la hauteur du moteur, coiffé de trois carburateurs double-corps Solex. C'est là qu'est intervenu le talent de Franco Scaglione, qui a dessiné un capot surélevé au centre - pour dégager les carburateurs - mais descendant rapidement sur les ailes joliment galbées.

Au catalogue figuraient quatre versions: un cabriolet et un coupé Deluxe garnis de cuir Connolly, une version sport plus dénudée surnommée Bolide, et un modèle destiné strictement à la compétition.

Redoutables en course

Fidèle à son objectif de départ, Arnolt s'est concentré sur la version de course, qu'il a inscrite aux 12 Heures de Sebring en 1955. À l'issue de la course, trois Arnolt-Bristol Bolide occupaient les première, deuxième et quatrième places en catégorie 2 litres. Un véritable tour de force qui a démontré les qualités routières de la voiture et sa fiabilité. Précisons que les versions de route et de course étaient essentiellement identiques sur le plan mécanique.

Arnolt et Bertone ont réussi à produire 142 voitures, la plupart construites en 1954 et 1955, dont une poignée de coupés. Le cabriolet illustré ici est semblable à ceux qui ont couru à Sebring. Mais, comme c'est souvent dans le cas de ces voitures spéciales, leur attrait et leur pouvoir de séduction ont été inversement proportionnels à leur succès commercial. La série a donc pris fin en 1958 à la suite d'un incendie dans les ateliers d'assemblage de Chicago, qui s'est soldé par la destruction des 12 dernières voitures.

Quant à Stan Arnolt, il n'est pas encore découragé et a poursuivi son rêve en s'associant cette fois à Aston Martin, qui lui a livré un châssis, également habillé par Scaglione. L'Arnolt Aston-Martin n'a cependant été construite qu'à quatre exemplaires.