Les systèmes de conduite assistée se font de plus en plus nombreux et de plus en plus perfectionnés, mais les acheteurs sont toujours aussi réticents à les adopter. En attendant la première voiture entièrement sans conducteur qui renversera cette tendance, à qui peut bien profiter cette nouvelle technologie ?

ALAIN MCKENNA COLLABORATION SPéCIALE

Pour le moment, les premières assistances à la conduite en circulation équipent généralement des véhicules de marques luxueuses, comme Cadillac ou Mercedes-Benz. Tesla, qui est souvent perçu comme un des plus grands promoteurs de cette technologie grâce à son propre système appelé Autopilot, n'est toutefois pas le leader dans le domaine, si on se fie à l'édition 2019 du palmarès des meilleurs systèmes autonomes de la firme indépendante Navigant Research. Ce palmarès place l'Autopilot de Tesla au 18e rang sur 20, loin derrière Waymo (Google) et Cruise (General Motors).

Peu importe le constructeur, les systèmes de conduite assistée demeurent toujours relativement limités : le conducteur doit garder les mains à proximité du volant en permanence, puisqu'il doit demeurer alerte en tout temps, en cas de décrochage inopiné du système autonome.

« C'est une chose que tous les acteurs de la conduite automatisée ont en commun. À mesure que leur développement progresse, les ingénieurs et concepteurs réalisent à quel point ils sont encore loin de pouvoir assurer la stabilité de cette technologie. »

- Extrait du rapport de Navigant

On attend toujours une première génération de véhicules réellement capables de prendre des décisions relativement complexes sans intervention humaine quelque part à l'horizon 2021, si on se fie aux plus récentes déclarations de certains dirigeants influents dans l'industrie.

Aider la conduite plutôt que l'automatiser

L'enjeu derrière le développement de cette technologie se jouera plutôt sur le long terme, explique Norman John Hébert, directeur de l'expérience client du Groupe Park Avenue, un important regroupement de concessionnaires automobiles québécois qui représente plusieurs marques commercialisant de tels systèmes.

« Les gens entendent parler de la voiture autonome et sont intrigués par la technologie, mais pour la grande majorité, ça demeure un concept lointain et plusieurs demeurent extrêmement sceptiques », dit-il, citant une étude menée auprès d'automobilistes américains l'an dernier selon laquelle deux répondants sur trois disent craindre d'avoir à partager la route avec cette technologie. Près des trois quarts affirment ne pas se sentir à l'aise à l'idée de monter à bord d'un véhicule qui se déplacerait automatiquement.

« Les technologies qui supportent la conduite et qui permettent de réduire de façon significative les risques de collision et d'accident tout en faisant en sorte que le conducteur garde le contrôle du véhicule, quant à elles, les intéressent grandement », ajoute M. Hébert, citant en exemple les freinages d'urgence automatisés en cas de collision imminente, qui peuvent éviter des accidents autant avec d'autres véhicules qu'avec des piétons ou des cyclistes.

Tout ça laisse croire au dirigeant du regroupement montréalais que les véhicules entièrement autonomes risquent davantage d'être mis en marché sous la forme de services automatisés de livraison ou de taxis en libre-service, chose qu'on ne verra « pas de sitôt », soit dans de 10 à 20 ans. Entre-temps, les constructeurs cités aux premiers échelons de palmarès comme celui de Navigant peuvent toujours se targuer de posséder la technologie la plus avancée de l'industrie.

LES 5 MEILLEURS SYSTÈMES, SELON NAVIGANT

Google

Waymo, filiale du groupe Alphabet spécialisée dans la conduite autonome, a récemment décidé de vendre sa technologie aux autres acteurs de l'industrie, afin d'en faire baisser le coût de production.

PHOTO AP

General Motors

La division Cruise du groupe automobile de Detroit a annoncé, le mois dernier, son intention de doubler de taille, embauchant 1000 nouveaux employés afin de mettre sa technologie en marché au plus tard à la fin 2019.

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Ford

Ford compte produire ses premiers véhicules autonomes au plus tard dans deux ans. Son PDG Jim Hackett positionne cette technologie en tête de la relance des ventes de la marque américaine.

PHOTO FORD

Aptiv

L'ancienne division de l'équipementier Delphi fait plus parler d'elle pour sa valeur boursière que pour sa technologie.

La société a non seulement les poches profondes, mais compte aussi sur d'ex-chercheurs du prestigieux MIT pour mettre au point son propre système.

PHOTO APTIV

Intel-Mobileye

En 2017, Mobileye a publié un long plaidoyer en faveur de normes d'industrie pour encadrer la conduite autonome, prévenant de dangers qui se sont d'ailleurs avérés par la suite. Depuis, le groupe se plaint d'être victime de plagiat, notamment de son rival informatique Nvidia.

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