Et si on enlevait le toit de l'un de ces utilitaires sport, disons le GMC Envoy, et qu'on en faisait un décapotable ? Hérésie, dites-vous ? Pourtant, le GMC Jimmy et son frère le Chevrolet Blazer, qui nous ont quittés en 2005, ont entrepris leur carrière comme modèles «topless».

Alain Raymond COLLABORATION SPéCIALE

Et si on enlevait le toit de l'un de ces utilitaires sport, disons le GMC Envoy, et qu'on en faisait un décapotable ? Hérésie, dites-vous ? Pourtant, le GMC Jimmy et son frère le Chevrolet Blazer, qui nous ont quittés en 2005, ont entrepris leur carrière comme modèles «topless».

Jeep lance le bal

En fait, tout a commencé après la Deuxième Guerre mondiale. Après avoir popularisé le mémorable Jeep, Willys dévoile en 1946 le Station Wagon, que plusieurs considèrent comme le premier VUS. Il s'agit d'un camion doté d'une partie arrière fermée, un peu à la manière d'une familiale. Deux ans plus tard, Willys présente le Jeepster, qui reprend des éléments stylistiques du Station Wagon. À cette différence que la partie arrière est découverte.

Il faut attendre 1961 pour qu'International Harvester dévoile son désormais légendaire Scout, une camionnette à toit amovible. Le marché des «recreational vehicles» (véhicules à vocation récréative) vient de naître. Avec ce type de véhicule, on peut imiter les chèvres de montagne tout en transportant de l'équipement pour les prochains six mois ou voguer cheveux au vent sur les dunes des plages de Californie sans craindre de s'enliser grâce aux quatre roues motrices.

Véritable ancêtre du Jimmy, le Scout est rejoint en 1966 par la première génération de Ford Bronco. Trois modèles 4X4 sont alors proposés : le Bronco Roadster, en bas de gamme, plus près du Jeep traditionnel, sans portes ni toit. En milieu de gamme, Ford propose le Sport Utility Pickup, une camionnette avec un toit détachable. Vient enfin, au sommet de la hiérarchie, le Wagon, qui se rapproche davantage du VUS contemporain avec son toit permanent qui couvre entièrement la partie arrière.

Ford réussit à piquer l'orgueil de General Motors, mais il faut attendre 1969 avant que le plus important constructeur automobile au monde ne présente sa vision du véhicule récréatif. Il s'agit du Chevrolet Blazer, un VUS plutôt standard mais dont on peut enlever le toit optionnel en fibre de verre. Dès 1970, le jumeau du Blazer, le GMC Jimmy, fait son apparition. Il est proposé en versions propulsion et 4X4, avec deux types de moteurs, soit un six cylindres en ligne de 250 pouces cubes et 155 chevaux, et un V8 de 307 pouces cubes de 200 chevaux. Un V8 de 350 pouces cubes est aussi offert en option. Le Blazer et le Jimmy sont considérés comme des camionnettes demi-tonne mais, selon certaines sources, il aurait été possible de commander un Jimmy trois-quart de tonne avec une caisse de chargement de 8,5 pieds.

Au coin de la rue

Même si General Motors ne fournit pas les chiffres de production par modèle, il est certain que la vocation très spécialisée des Jimmy et Blazer décapotables les confine à une production marginale. Il est toutefois possible, aujourd'hui encore, de les voir lors des expositions.

Gerry Boucher, de Waterloo, possède un Jimmy 4X4 1975 qu'il a trouvé à la fin de l'été 2005 au coin de la rue. En effet, un garagiste se servait de ce Jimmy pour déneiger sa cour sans même se douter que le toit s'enlevait. Boucher, un restaurateur de véhicules militaires, se cherchait justement une camionnette pour remorquer sa roulotte Airstream 1965 qu'il venait de restaurer.

Selon notre collectionneur, le toit, bien qu'en fibre de verre, pèse pas moins de 200 livres. Huit boulons le retiennent au châssis du Jimmy. Curieusement, la vitre arrière fait partie intégrante de la porte basculante et non du toit. Pour abaisser cette très lourde porte, il faut déverrouiller la poignée à manivelle extérieure puis la tourner, ce qui permet à la vitre de coulisser dans la porte. Il suffit ensuite de tourner une autre poignée qui se trouve dans la porte basculante. Comme système de sécurité, on a déjà vu plus sophistiqué! Si vous ne voulez plus du toit de fibre de verre, vous pouvez toujours commander, par l'entremise de quelques entreprises spécialisées, un toit en toile que l'on replie par beau temps, une option installée à l'époque par les concessionnaires.

La mode des camions 4X4 décapotables s'estompe peu à peu, même si Dodge tente de percer le marché avec son Ramcharger (1974-1979). En 1976, GMC change de vocable et qualifie le Jimmy de «utility vehicle with top» au lieu de «open utility vehicle». Blanc bonnet, bonnet blanc, puisque la recette demeure la même. En 1980, le Jimmy est commercialisé en version avec toit ordinaire et en décapotable avec toit souple. Cet étrange concept alliant le caractère utilitaire du camion aux plaisirs ludiques d'un cabriolet est vendu pour la dernière fois en 1981, cette disparition étant partiellement due aux pressions des compagnies d'assurances, qui voyaient sans doute d'un mauvais oeil les rares automobilistes qui souhaitaient conjuguer camion et cabriolet.

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DANS LE RÉTROVISEUR

DU GMC JIMMY 4X4 1975


Empattement / longueur / hauteur sans toit, avec toit, cm (po) :

271 (106,5) / 469 (184,5) / 175 (69), 180 (71)

Poids : 1826 kg (4026 lb)

Moteur : V8, 5,7 L (350 po3), 160 ch à 3800 tr/min, 250 lb-pi à 2400 tr/min

Transmission : automatique, trois rapports

Freins : disques/tambours

Pneus : H78 x 15B

Prix (1975) : 4569 $ US

Valeur (2007) : 20 000 $ (en parfait état)

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LA MÊME ANNÉE (1975) :

» Radio-Québec est officiellement inaugurée, le 19 janvier, à la suite d'audiences publiques. Elle diffusait déjà depuis quelques années. Radio-Québec deviendraTélé-Québec en 1995.

» Le 15 mars, une pneumonie emporte Aristote Onassis. Le célèbre milliardaire et armateur grec âgé de 69 ans avait épousé Jackie Kennedy.

» Les vaisseaux spatiaux Soyouz et Apollo s'arriment pour la première fois dans l'espace. Un pas de géant pour les Américains et les Soviétiques, autant technologique que politique.

Pour joindre notre chroniqueur : alain.raymond@lapresse.ca