Le VUS coupé. Le concept, apparu pour la première fois à la fin des années 2000 avec le BMW X6, ferait sans doute froncer les sourcils des grands designers comme Harley Earl ou Nuccio Bertone s’ils étaient encore en vie. L’idée réellement contre-intuitive a pourtant fait son chemin dans bien des portfolios de constructeurs de luxe. Mercedes-Benz fait partie de ceux-là, faisant de son GLE la figure de proue de cette approche stylistique controversée.

Charles René Charles René
La Presse

Le design

PHOTO FOURNIE PAR MERCEDES-BENZ

Le couvercle du coffre arrière positionné plus haut que le capot donne l’impression d’une excroissance.

Comment marier la posture d’un coupé aux attributs d’un VUS ? Mercedes-Benz rétorque avec un dessin qui paraît, sur certains angles, sans doute mal à l’aise dans ses proportions. Malgré tout, on ne peut contester le fait que la livrée AMG 63 mise à l’essai cette semaine en impose grâce à sa calandre à stries verticales, clin d’œil à une version de course de la légendaire 300 SL. Cela dit, ce GLE demeure sans doute trop galbé un peu partout pour les besoins de la cause. La ligne arrière de pavillon fuyante, attribut nécessaire pour recevoir l’appellation d’origine non contrôlée de coupé, demeure aussi une avenue controversée, alors qu’elle se termine sur le couvercle du coffre arrière positionné plus haut que le capot, donnant l’impression d’une excroissance. Certes, les goûts ne se discutent pas, mais convenons que la version de série du GLE est nettement plus cohérente.

À bord

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La fibre de carbone, l’aluminium et le cuir se côtoient à divers endroits pour assurer un faste correctement dosé.

Après avoir posé les yeux sur un marchepied essentiellement décoratif, on entre dans ce GLE Coupé sans encombre. On est alors immédiatement baigné dans une ambiance où la haute technologie est mise au premier plan. Le grand écran horizontal, qui est dans les faits le mariage des deux écrans de 12,3 po, surplombe le haut de la planche de bord en étalant une intégration visuelle très harmonieuse. Plusieurs rappels de formes rectangulaires sont disséminés un peu partout, par souci de cohésion. La fibre de carbone, l’aluminium et le cuir se côtoient à divers endroits pour assurer un faste correctement dosé. Les touches ne donnent toutefois pas toutes un ressenti de solidité égal. Les sièges sont en outre d’un confort irréprochable, mais n’offrent pas le réglage des supports latéraux. À l’arrière, les places sont spacieuses, même pour la tête, malgré la ligne de toit plus basse.

Sous le capot

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Le moteur est un V8 de 4 L suralimenté par deux turbocompresseurs visibles au centre du V entre les deux culasses.

Mercedes justifie les 135 000 $ exigés par l’usage d’une mécanique d’exception. C’est un moteur V8 de 4 L suralimenté par deux turbocompresseurs visibles au centre du V entre les deux culasses. Les sorciers d’AMG extirpent 603 ch et un couple de 627 lb-pi de ce moteur assemblé à la main. Un démarreur-alternateur placé entre le moteur et la transmission (9 rapports) contribue en outre brièvement à l’ensemble pour combler le court laps de temps entre la sollicitation et la mise en rythme des turbos. Il rend également le système d’extinction du moteur à l’arrêt extrêmement doux. D’une onctuosité impressionnante, il propulse les 2500 kg de ce GLE 63 avec une désinvolture et une sonorité lourde extrêmement prenantes. On ne dénote jamais de creux, seulement une vague de couple qui s’affaisse évidemment près du rupteur, le désavantage d’employer des turbos.

Derrière le volant

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La direction donne un toucher similaire à la berline sportive C63 AMG.

Avec un 0-100 km/h estimé à 3,8 s, soit un chrono pratiquement égal à celui de la sportive biplace AMG GT C, l’expérience de conduite d’un GLE 63 demeure inhabituelle. La position de conduite haute atténue l’impression de vitesse, alors que le VUS négocie les courbes avec aisance sans trop se faire embarrasser par les aspérités. On peut attribuer cet état des choses à deux éléments : sa suspension pneumatique très sophistiquée et l’adhérence assurée par le rouage intégral. Malgré la largeur manifeste de ses bottines, la tenue de cap de ce GLE 63 demeure presque imperturbable dans les ornières. La direction joue un rôle dans la prestation, donnant un toucher similaire à la berline sportive C63 AMG. Un exploit. Le freinage, mordant, est néanmoins trop sensible en contexte urbain. Évidemment, ce VUS demeure lourd, et donc inévitablement limité dans son agilité face à une sportive.

Les technologies embarquées

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Le système multimédia étale une définition d’image exceptionnelle des menus entièrement configurables.

Le GLE 63 est outillé de série de la toute dernière génération du système multimédia de la marque, le MBUX. Étalant une définition d’image exceptionnelle des menus entièrement configurables, il fait une excellente première impression. Cela dit, on se lasse rapidement du pavé tactile placé sur la console centrale, bien qu’il soit bien plus compétent que ce que propose Lexus. L’autre élément problématique est la proposition de multiples commandes pour une seule manipulation. L’idée sur papier peut sembler bonne, mais on s’y perd quelquefois et le tout peut devenir particulièrement distrayant. On doit cependant souligner la brillante idée d’employer une molette sur le volant pour ajuster les modes de conduite de ce GLE 63. C’est simple et efficace. Notons cependant que le modèle n’est pas équipé de série d’un régulateur de vitesse adaptatif, un réel non-sens.

Le verdict

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Ce GLE 63 Coupé donne une réelle impression d’aplomb et transmet assez de sensations, tout ça en ayant une sensibilité pour le confort.

Pourquoi autant ? C’est une question légitime lorsqu’on analyse la raison d’être de ces super-VUS qui semblent être maintenant considérés comme inévitables chez bien des constructeurs. L’irrésistible idée d’aller plus vite tout en conservant l’habitabilité d’un VUS pousse les constructeurs à réussir des exploits d’ingénierie. Cela dit, ce combat d’aptitudes est sans doute absurde, surtout si on ajoute la prétention d’offrir le vernis d’une carrosserie de coupé par-dessus. Au-delà de ces constatations, ce GLE 63 Coupé est excellent dans ce qu’il fait. Il donne une réelle impression d’aplomb et transmet assez de sensations, tout ça en ayant une sensibilité pour le confort. Évidemment, à un prix de départ qui dépasse les 135 000 $, l’accessibilité est très limitée et on ne peut exclure du portrait une rivale indirecte en la E 63 familiale aussi issue de la division de haute performance du constructeur (AMG). Une voiture plus performante, aussi pratique et nettement plus désirable.

Carnet de notes

Un coffre pas nécessairement plus petit

Lorsqu’on compare le GLE Coupé à la version de série du modèle, on découvre que son volume de chargement est légèrement supérieur (655 L comparativement à 630 L). L’avantage va cependant au GLE de série lorsqu’on rabat la banquette (2055 L comparativement à 1790 L).

Oui, il peut aussi tracter

Le GLE 63 Coupé peut tracter une remorque pesant jusqu’à 2500 kg.

Une boîte de vitesses compétente, mais pas la meilleure

Rapide lors de la sélection d’un rapport supérieur, la transmission à neuf rapports l’est moins en rétrogradation et est généralement moins convaincante que la boîte ZF à huit rapports utilisée chez BMW.

Un peu plus de garde au sol sur demande

La suspension pneumatique de série peut augmenter légèrement la garde au sol de 3 cm pour aider à se dégager de petits obstacles.

Pour atténuer les vibrations

Le V8 emploie des supports actifs qui peuvent se rigidifier ou se relâcher grâce à un système électromagnétique, ce qui favorise la tenue de route et diminue les vibrations.

Fiche technique

Version à l’essai : GLE 63 S 4 MATIC+Coupé
Moteur : V8 DACT 4 L biturbo
Puissance : 603 ch de 5750 à 6500 tr/min
Couple : 627 lb-pi de 2500 à 4500 tr/min
Transmission : automatique à neuf rapports avec mode manuel
Architecture motrice : moteur longitudinal avant, rouage intégral
Consommation (ÉnerGuide) : 13,7 L/100 km (super)
Prix (avec options) : 149 250 $
Concurrents : Audi Q8, BMW X6 et Porsche Cayenne Coupé
Du nouveau en 2021 ? : nouvelle génération

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