Les suspensions d'une voiture ont beau être efficaces, la route n'en est pas moins irrégulière, surtout ici, au Québec. De l'autre côté de l'Atlantique, un inventeur touche-à-tout a eu l'idée de tirer profit des bosses et des trous de l'asphalte pour chauffer et refroidir un véhicule.

Sébastien Templier LA PRESSE

Le principe est simple : il s'agit de récupérer l'énergie que génèrent les suspensions au gré des irrégularités de la chaussée. Le mécanisme est un petit compresseur qui utilise l'amplitude du mouvement de la suspension. L'un des points d'attache est fixé au châssis du véhicule, l'autre à un bras du triangle de suspension. Chaque amplitude, à l'aide d'un vérin, le compresseur met sous pression un fluide frigorigène dans un circuit fermé de climatisation.

 

«Il s'agit de récupérer l'énergie perdue à la montée et à la descente des roues, explique son inventeur, Christophe Verna, joint dans la région bordelaise. De ce mouvement, on peut récupérer une force. On pourra ainsi supprimer le moteur de compression mécanique pour le remplacer par ce système. Cela fonctionne selon le principe de climatisation réversible, permettant ainsi de chauffer ou de climatiser l'habitacle d'un véhicule sans consommer d'énergie.»

Ce système, appelé «compresseur de suspension», génère suffisamment d'énergie pour chauffer et refroidir un véhicule sans que l'amplitude, et donc la pression, soient nécessairement élevées. «Une suspension est en perpétuel mouvement», dit M. Verna. Et la masse de gaz comprimé récupérée est supérieure aux besoins réels. Terminé, donc, le temps où un compresseur classique assurait la climatisation et le chauffage d'une voiture. Et bonjour les économies de carburant! Les grands bénéficiaires seront les véhicules électriques, qui augmenteront d'autant plus leur autonomie. Sans compter les gains pour les transports en commun.

M. Verna a installé un prototype sur sa voiture, qui ne possède pas de système de climatisation. Il a donc pu compresser de l'air, mais pas chauffer et climatiser. «Si vous compressez de l'air, vous compressez n'importe quel fluide, dit-il. Le principe est tellement simple, cela ne peut que marcher. Et le compresseur de suspension coûte moins cher qu'un compresseur classique.»

Évidemment, cette compression par la suspension ne fonctionne pas lorsque le véhicule est à l'arrêt ou coincé dans la circulation. Autant dire qu'ici en hiver, dans un bouchon, il faudrait avoir recours à un compresseur classique. Les deux systèmes peuvent être sur le même véhicule sans fonctionner simultanément, répond M. Verna.

Ce dernier a déposé son invention sous droits d'auteur en France. Il envisage de mettre au point son prototype auprès d'une école d'ingénierie.

«Le principe est intéressant, mais peut-être trop axé sur le chauffage et la climatisation. Il existe aux États-Unis un mécanisme similaire qui génère de l'électricité», commente Éric Nadeau, président de VEPerformance, l'entreprise qui conçoit une motorisation électrique pour le concours d'efficacité énergétique XPrize.

Comme il le fait remarquer, étant donné l'état de nos routes, Christophe Verna aurait cependant du succès ici.