Trois places, douze cylindres, deux exemplaires. En quelques mots, voilà la description de la Ferrari 365 P 1966 qui, au moment où vous lirez ces lignes, aura sans doute trouvé preneur à l'occasion de l'une des ventes aux enchères qui viennent d'animer la péninsule de Monterey, en Californie.

Alain Raymond LA PRESSE

«Mon père a acheté cette voiture en 1967, nous raconte Luigi Chinetti Jr, et c'était l'une de ses deux préférées, l'autre étant l'Alfa Romeo 8C 2900.»

C'est donc à Gooding&Company que Luigi Chinetti Jr a confié la vente de la Ferrari 365 P Berlinetta Speciale, qui compte moins de 8000 km. À cette époque, Enzo Ferrari avait finalement succombé, pour ses voitures de course, à la solution du moteur placé en position centrale inaugurée avec tant de succès par les Britanniques, une configuration adoptée pour la première fois par la Ferrari 156 à moteur V6. Malgré les immenses succès en piste de ses nouvelles voitures, Enzo Ferrari refusait de créer une voiture de route à moteur V12 central, jugeant la formule «trop dangereuse pour les gens non initiés».

Pininfarina et Chinetti



Dès 1965, Sergio Pininfarina, fils de Battista «Pinin» Farina, fondateur du célèbre studio de design, présente à Ferrari une série de concepts spectaculaires basés sur le châssis des voitures de course à moteur central. Née en 1967, la Dino 206 GT à moteur V6, la première Ferrari de route à moteur central, inaugure une nouvelle ère pour le Cavallino Rampante. Entre-temps, de l'autre côté de l'Atlantique, Luigi Chinetti (né à Milan en 1901), un des meilleurs pilotes de sa génération, devenu représentant exclusif de Ferrari en Amérique du Nord, s'efforce de convaincre Enzo de construire plus de voitures de route afin de satisfaire l'appétit grandissant de ses clients fortunés. Connaissant le flair de son compatriote, Enzo cède à la pression conjointe exercée par Luigi Chinetti Sr et Pininfarina et donne son aval à la création d'une seule V12 de route à moteur central. Une seule!

«Tre Posti»



Se basant sur un châssis de Ferrari 365 P2, Pininfarina dessine une carrosserie radicale aux lignes qui rappellent celles de la Dino, mais aux proportions différentes dictées par les dimensions du châssis qui abrite le gros 12 cylindres de 4,4 L disposé au centre. Frappante par son élégance, la beauté de ses lignes, l'immense toit vitré et, surtout, par ses trois places, la Tre Posti (trois places) dévoilée au Salon de Paris de 1966 fait sensation. Le succès de cette première 365 P Berlinetta Speciale incite Ferrari à autoriser la construction d'un deuxième exemplaire qui deviendra la voiture personnelle de Gianni Agnelli, tête dirigeante de l'empire FIAT.

À Luigi Chinetti Jr de conclure à la veille de la vente de ce joyau familial: «À mon avis, la Tre Posti est l'une des Ferrari les plus marquantes, une authentique oeuvre d'art automobile, une voiture de course pour la route, habillée d'une magnifique robe signée Pininfarina... Depuis plus de 45 ans qu'elle fait partie de ma famille, elle n'a jamais cessé de me séduire.»

Photo fournie par Gooding & Company

Caractéristiques distinctives de la Ferrari 365 P Tre Posti : le toit vitré et la lunette arrière incurvée.         

Photo fournie par Gooding & Company

Ferrari 365 P Tre Posti avec son imposant V12 de 4,4 litres et le profil bas et aérodynamique autorisent une vitesse de pointe de 290 km/h.