Le nombre de modèles de voitures électriques augmente progressivement. Ces nouveaux véhicules ne disposent cependant pas de places privilégiées dans les immeubles d'habitation. L'infrastructure de recharge y est inexistante. La faute à une demande... justement inexistante. Ou presque.

Sébastien Templier LA PRESSE

Futur propriétaire d'un condo, Rémi Chartrand a récemment découvert à ses dépens qu'il ne pourra pas recharger à domicile sa prochaine voiture - électrique, s'il est besoin de préciser. «Aucune prise de courant ne sera offerte dans le stationnement souterrain de l'immeuble. Je ne parle pas de la prise spéciale pour les recharges rapides. Je parle d'une petite prise 120 volts de base. Aucune», s'étonne-t-il.

Cette situation qu'il considère comme «aberrante» n'a rien d'extraordinaire. Elle est la norme dans le domaine de la construction résidentielle.

«Les promoteurs immobiliers qui installent des bornes de recharge se comptent sur les doigts d'une main à Montréal. C'est très marginal. Il faut qu'ils y voient un avantage immédiat. Et il n'y a aucune aide ou mesure incitative destinée aux promoteurs», indique Emmanuel Cosgrove, directeur d'évaluation pour une certification environnementale LEED chez Écohabitation.

La raison fondamentale de cette absence d'offre de recharge dans un projet immobilier est simple: il n'y a pas de demandes en ce sens de la part des particuliers.

Sur 300 condos vendus l'an dernier, le promoteur DevMcGill n'a eu par exemple qu'une seule demande de raccordement à une borne.

Spécialisée dans la construction de maisons certifiées LEED, l'entreprise Écohabitations Boréales n'a jamais reçu de demande en ce sens non plus. «Je propose le raccordement électrique ou l'installation d'une borne de recharge, dit par contre son président Robin Gauthier-Ouellet. Et le client accepte chaque fois. Mais dans la tête des gens, c'est encore loin, la voiture électrique. Dans le marché, les gens n'en sont pas encore rendus là alors que nous, on est prêts.»

Promoteurs immobiliers et copropriétaires n'en sont manifestement pas encore à définir une convention relative à la consommation d'électricité d'une ou plusieurs bornes de recharge pour véhicules électriques. «Cela ne fait pas partie des charges communes dans une copropriété», confirme Richard Hylands, président de la Corporation immobilière Kevric.

«Il faut que le coût de l'électricité puisse être calculé individuellement par une borne placée devant le stationnement de la personne», estime Louis Conrad Migneault, vice-président marketing du promoteur DevMcGill. Ce qui est loin d'être impossible. Ou encore installer un compteur pour la borne, indépendant de celui de l'appartement du propriétaire en question. Ce qui est faisable.

L'exemple

Les promoteurs ne restent cependant pas les deux pieds dans le même sabot. La Corporation Kevric installera ainsi neuf bornes à 240 volts dans le stationnement de son futur immeuble de bureaux et de logements en copropriété qu'est l'Altoria, au centre-ville de Montréal. L'accès payant à la recharge se fera par carte. Deux raisons ont motivé ce choix. «C'est un plus pour l'obtention de la certification LEED Or et on anticipe la demande en bornes», explique M. Hylands.

Mais le meilleur exemple - ou l'un des meilleurs - reste celui de la Place des Nations, dans l'arrondissement de Saint-Laurent. Deux bornes de recharge à 240 volts sont au sous-sol de la phase I de cet ensemble immobilier qui compte trois copropriétaires roulant en voiture électrique. Deux autres bornes seront installées dans la phase II, où aucun futur acquéreur n'a pour l'instant manifesté d'intérêt. Pour la phase III, un seul futur copropriétaire a demandé une borne raccordée à son compteur électrique.

 

Avant la concurrence

La beauté du projet réside ici dans l'accord conclu entre les copropriétaires. «Les trois automobilistes de la phase I ont convenu avec les 31 autres copropriétaires qu'ils faisaient un chèque à la copropriété à la fin de l'année. Les trois déclarent le nombre de recharges, qui coûtent 3 ou 4$ chacune. Le contrôle est basé sur la bonne foi des propriétaires de véhicules électriques», explique Guy St-Jacques, vice-président construction du promoteur Sotramont.

Ce promoteur va encore plus loin. Il installera l'an prochain une borne de recharge dans les garages de chacune des 30 maisons en rangée qu'il prévoit faire construire.

«On n'attend pas que la concurrence le fasse, justifie M. St-Jacques. Les bornes ne représentent pas une grosse demande, c'est encore marginal, mais on espère que la voiture électrique va se répandre.»

Et les comportements sembleraient évoluer. «Des consommateurs qui n'ont pas de voiture électrique sont contents de savoir qu'il y a une borne de recharge. Cela les incite à penser à l'achat d'une voiture électrique comme second véhicule», observe M. St-Jacques.

Photo AFP

En parlant de la Volt comme d'une voiture électrique, Chevrolet joue sur les mots.