Le secret le moins bien gardé de Detroit a été révélé ce midi quand General Motors a annoncé le prix américain de la Chevrolet Volt, qui sera de 41 000 billets verts. C'est à peu près conforme aux indications qui filtraient depuis un an, soit que la nouvelle voiture électrique coûterait «environ 40 000 $».

LA PRESSE

Il faut soustraire à ce montant la subvention fédérale de 7500 $, alors l'acheteur américain en sera quitte pour 33 500 $ US, ce qui est assez costaud pour une intermédiaire de milieu de gamme.

Mais GM a passé toute la journée à affirmer que le consommateur en aura bien plus pour son argent avec une Volt qu'avec sa concurrente directe la tout-électrique Nissan Leaf. Les deux voitures doivent être lancées à peu près en même temps (fin 2010 aux États-Unis, en 2011 au Canada) et il est clair que GM considère la Leaf comme une rivale beaucoup plus sérieuse que les hybrides comme la Toyota Prius et la Ford Fusion hybride.

«C'est une vrai voiture», a déclaré en conférence de presse à Detroit Joel Ewanick, vice président au marketing pour l'Amérique du Nord. «Ça adonne qu'elle est électrique, mais ce n'est pas une véhicule-créneau», a-t-il affirmé, ajoutant que la Volt est rien de moins que «l'avenir de l'automobile».

Soit dit en passant, Ewanick est un transfuge récent: GM l'a débauché chez Nissan il y a quelques mois et on voit aujourd'hui que ce n'est pas un hasard.

Le prix canadien de la Volt n'a pas été annoncé, mais à en juger par celui annoncé hier pour les États - 33,500 $ US après la subvention fédérale - ça risque d'être autour de 34 700 huards si GM ne charge pas plus cher au nord de la frontière, comme c'est le cas pour la Buick LaCrosse.

Et on ne sait pas encore si le gouvernement fédéral canadien subventionnera la Volt. (On sait que le gouvernement ontarien le fera).

C'est beaucoup, si on compare aux autos à essence qu'on peut acheter ici avec 35 000 $. Comparez aussi ce montant avec le prix US annoncé par Nissan pour la Leaf: 25 280 $ US (26 200 huards) et vous comprenez tout de suite pourquoi les boys et les girls de marketing de GM ont du pain sur la planche à moins qu'une reprise économique ou une quelconque crise internationale ne pousse le prix de l'ordinaire à 2 $ le litre.

Amortir le choc électrique

Alors GM semble vouloir amortir le choc pour le consommateur: la Volt est bourrée d'équipement haut de gamme en équipement de base (chaîne stéréo Bose avec un disque dur de 30 gigabits, huit coussins gonflables, un écran de navigation de 7 pouces, le contrôle électronique de stabilité et d'antipatinage et même le service OnStar de luxe gratis pour cinq ans).

Et malgré son prix plus élevé que la Leaf, la Volt aura un message publicitaire qui insistera sur le coût mensuel d'une location à long-terme: 350 $ US pour 36 mois après un paiement comptant de 2500 $ US. Comparez cela avec les 349 $ US par mois durant 36 mois après un paiement comptant de 1999 $ US et l'avantage de la Leaf est moindre.

Comme elle le fait depuis quelques semaines, GM a continué à taper sur le même clou, insistant sur l'autonomie qu'assure la Volt par rapport à la Leaf. On peut être sûr que ce sera le message que martèlera inlassablement la publicité de GM dans les mois qui s'en viennent.

La Volt et la Leaf sont uniquement propulsées par un moteur électrique lié à des batteries, mais la Volt est aussi dotée d'un moteur d'appoint à essence harnaché à une génératrice de 53 KW/h, qui recharge les batteries lorsque nécessaire.

La Leaf n'a pas ce moteur et se fie à des batteries plus grosses. Les deux voitures visent avant tout des clientèles urbaines, les 78% d'Américains roulent moins de 65 km par jour pour l'auto-boulot-dodo.

Une charge nocturne sur une prise 220 V extérieure suffit à la Leaf pour faire 160 km. La Volt, elle, peut rouler 64 km juste sur les batteries et comme l'a déjà fameusement déclaré l'hyperactif Bob Lutz, ancien patron du développement des voitures chez GM: «un gars qui utiliserait sa Volt juste pour aller au bureau pourrait rouler toute sa vie sans jamais mettre un cent de gaz là-dedans». Quand les batteries faiblissent, la génératrice démarre automatiquement et la voiture peut continuer jusqu'à ce que le réservoir d'essence de la Volt soit vide.

GM n'a pas indiqué hier quelle capacité aura ce réservoir, seulement qu'elle sera «considérablement moindre que 10 gallons» ; par conséquent l'efficacité énergétique exacte en litres/100 km de la Volt demeure un secret d'entreprise pour l'instant; GM dit seulement que la Volt fera 480 km avec un plein d'essence (64 km en mode électrique). Pas moyen, pour le moment, de comparer avec les concurrentes très sérieuses que sont déjà la Prius, la Fusion hybride et l'Insight.

La Volt est aussi munie d'un fil électrique et elle se recharge en quatre heures.

«Qui a ressuscité la voiture électrique?»

Fait amusant, le vice président de GM Ewanick a évoqué ce midi un vieux fantôme, pour expliquer les avantages de la Volt sur la Leaf. Selon lui, la recherche et l'expérience de GM avec le véhicule EV1 (développé, puis abandonné par GM durant les années 90) indique que les conducteurs intéressés aux voitures électriques veulent aussi avoir l'esprit en paix et ne pas avoir peur de se retrouver en panne, les batteries à plat.

C'est ironique, puisque GM a été dénoncé par de nombreux écolos qui carburent à la théorie du complot et qui ont aimé le film Qui a tué la voiture électrique?

À ce propos, citons encore Bob Lutz, qui a aussi inventé le terme «anxiété de la batterie» pour décrire la peur de manquer d'électricité dans un pays qui n'est pas encore tapissé de bornes électriques publiques. Et Joel Ewanick, le vp de GM, a continué d'insister sur ce thème aujourd'hui en affirmant que la Volt offre les avantages environnementaux d'une voiture électrique sans les inquiétudes d'une électrique.

En réalité, il y a peu de chances que la Volt et la Leaf soient autre chose que des voitures créneau, au début. Les deux constructeurs n'augmenteront les cadences et l'offre que dans deux ans.

Malgré le prix de la Volt, GM ne sera probablement capable de suffire à la demande au début, si on se fie à l'expérience récente de Nissan avec la Leaf: le carnet de commandes de Nissan pour la Leaf est plein au Japon et au États-Unis et le concurrent japonais de GM affirme être d'ores et déjà certain de faire ses frais avec la Leaf cette année-même.

Comme la Leaf, la Volt sera lancée dans seulement une poignée d'États (sept, dans le cas de la Volt) américains, là où la clientèle est réputée favorable aux carburants non traditionnels (la Californie, l'Orégon et le Washington, tous trois sur la Côte Ouest, sont toujours visés pour ces expériences).

La couverture sera graduellement étendue aux autres États américains, puis au Canada en 2011.

Un site web www.getmyvolt.com permet déjà de trouver les concessionnaires où la Volt sera disponible. La procédure ressemble à celle de la Leaf. Après la signature du contrat de vente, quand le concessionnaire aura passé la commande, GM appellera le client.