Depuis quelques mois, le péage urbain dans le centre-ville de Londres cause des frictions entre certains constructeurs d'automobiles et le bureau du maire Ken Livingstone.

Alain McKenna, Collaboration Spéciale LA PRESSE

C'est le cas de la société allemande Porsche qui, pour justifier son opposition, vient de déterrer une étude révélant une augmentation des gaz polluants émis par les automobiles depuis l'instauration du péage.

L'étude a été réalisée par le Groupe d'études environnementales de l'Université de Londres. «Nous avons étudié l'impact de la pollution de l'air dans la zone du péage et à la grandeur de Londres», a expliqué Cathryn Tonne, responsable de l'étude.

«Les résultats démontrent qu'il y a eu très peu de changements dans le niveau de pollution dans l'ensemble de Londres, mais il y a eu des baisses substantielles dans la zone tarifée.» Autrement dit, une grande partie de la pollution qui n'est plus émise dans le centre-ville londonien l'est en périphérie, les automobilistes tentant de contourner la zone de péage et, du coup, parcourant une plus grande distance.

La direction de Porsche récupère évidemment cette étude. Elle ajoute que la zone de péage pousse les automobilistes à contourner le centre-ville, ce qui se traduira par «une augmentation de 182 000 tonnes des émissions de CO2 dans l'ensemble de la région londonienne», lit-on dans un communiqué diffusé par le constructeur allemand.

D'ici 2012, les chercheurs du King's College estiment que la hausse des émissions de gaz carbonique à l'extérieur de Londres sera de près de 184 000 tonnes, comparativement à une réduction de 2200 tonnes seulement pour le centre-ville. «L'étude indique que la hausse est largement causée par une augmentation du kilométrage fait par les automobilistes à l'extérieur de la zone de péage, justement en raison de ce péage», ajoute Porsche.

Andy Goss, directeur général de la division anglaise de Porsche AG, accuse surtout le bureau du maire et la Société des transports de Londres d'avoir caché ces dommages collatéraux, se contentant de ne parler que des bénéfices dans le centre-ville.

Éliminer le péage ou l'élargir?

On s'en doute, le constructeur, réputé pour ses voitures de haute performance qui ne font pas exactement dans la dentelle énergétique, voit comme seule solution l'abolition pure et simple de ce péage. Il faut dire qu'il est affecté assez directement, puisque la tarification établie par l'administration londonienne fixe à 25 £ (environ 50$) chaque passage d'un véhicule Porsche dans le centre de Londres. De quoi pousser certains acheteurs vers une autre marque de voiture...

«Il semble absolument évident que le maire Livingstone et la Société des transports de Londres ont créé une nouvelle taxe sur le dos des automobilistes qui a précisément l'effet inverse de son objectif officiel», conclut d'ailleurs le porte-parole de Porsche.

Or, le constructeur allemand a peut-être lui aussi omis de mentionner l'intégralité de l'étude qu'il cite pour ses propres fins, car elle va dans un sens totalement opposé. Selon les auteurs, étendre la zone de péage à une plus grande partie de Londres, afin de s'attaquer directement à la pollution automobile, pourrait se traduire par un impact plus important sur la santé publique.

«Une politique affectant une plus grande zone géographique où réside une plus forte population, et qui viserait clairement à réduire les émissions d'automobiles, a de bonnes chances d'avoir un plus grand impact positif sur la santé de cette population.»

Car si les émissions de gaz carbonique semblent avoir si peu diminué au centre-ville de Londres, l'étude dénote une baisse significative des émissions d'oxyde d'azote (NOx) et de particules fines, qui découlent principalement de la combustion du carburant diesel.

Or, Porsche ne fait pas de voitures à moteur diesel, ce qui explique son point de vue sur toute l'affaire. Ironiquement, si elle se mettait à le faire, peut-être que l'économie de carburant engendrée suffirait à réduire le montant du péage imposé à ses produits, et compenserait assez pour permettre à ses acheteurs de circuler dans le centre-ville de Londres sans qu'il leur en coûte plus cher...