Peut-on envisager une uniformisation des postes de conduite des véhicules dans le monde? Et ainsi tous rouler dans la même voie?

Sébastien Templier LA PRESSE

Quand on sait qu'un tiers de la population mondiale vit dans des pays où l'on roule à gauche, on imagine mal la signature d'un traité international qui viendrait bouleverser le quotidien de centaines de millions de personnes et qui imposerait le réaménagement des infrastructures routières.

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L'idée de changer de voie de circulation a pourtant effleuré l'esprit de fonctionnaires britanniques dans les années 60, qui ont finalement reculé devant les coûts.

«On ne peut pas imaginer aujourd'hui qu'un pays change de voie de circulation. Le dernier pays européen à l'avoir fait est la Suède en 1967, cela n'existera plus à mon avis», estime Pierre Loing, vice-président Planification de produits pour les Amériques chez Nissan.

Aucun traité international ne spécifie une voie de circulation des véhicules. La Convention de Vienne sur la circulation routière, entrée en vigueur en 1977, en fait tout juste mention. «Le sens de la circulation doit être le même sur toutes les routes d'un État, réserve faite, le cas échéant, des routes servant exclusivement ou principalement au transit entre deux États», stipule l'article 10.

«Le rêve des industriels est qu'il y ait une norme mondiale, mais c'est un rêve», dit M. Loing.

Un défi technique pour les constructeurs

Concevoir un même modèle avec deux postes de conduite différents est à la fois un défi technique et un très grand investissement qui en valent la peine pour les constructeurs automobiles.

Pierre Loing a roulé sa bosse sur tous les continents pour le compte de l'Alliance Renault-Nissan. Les voitures avec le volant à droite ou le volant à gauche, il connaît. Particulièrement bien.

«Une voiture est en très grande partie symétrique, tout ce qui est dans le moteur ne l'est pas par contre, fait-il observer. Tout ce qui est donc lié à la sécurité et au poste de pilotage [pédalier et direction] exige des adaptations selon le poste de conduite.»

Celui qui est dorénavant vice-président Planification de produits pour les Amériques chez Nissan affirme qu'il n'est pas plus compliqué de concevoir une voiture avec le volant à droite qu'une voiture équipée d'un volant à gauche. Par contre, pour un même modèle, «cela double le temps de mise au point de toutes les parties de la voiture - direction, pédalier, etc. - concernées par cette différence».

Même si l'on ne touche pas au moteur et à la transmission, installer un poste de conduite à droite plutôt qu'à gauche soulève parfois des problèmes. Parce que, répétons-le, cette partie de la voiture n'est pas symétrique.

«On peut découvrir dans un test d'impact qu'une voiture avec un poste à gauche va se comporter de telle manière alors que la même voiture avec un poste à droite verra un de ses éléments se déplacer d'une autre façon, dit M. Loing. On ne peut pas non plus symétriser les phares, il faut faire une mise au point spécifique aux deux postes de conduite. On n'éclaire pas la même chose. Selon la position du volant, le trottoir n'est pas du même côté.»

À l'usine, la production alternative de postes à gauche et de postes à droite n'est pas plus contraignante sur les chaînes d'assemblage que n'importe quelle autre production.

Quant aux coûts, le marché du volant à droite est suffisamment important et concentré géographiquement dans le monde pour que le jeu en vaille la chandelle.

«Quand un constructeur est en difficulté, il peut être tenté de supprimer la production de voitures avec le volant à droite. Mais évidemment que oui, le jeu en vaut la chandelle. Il y a de grands marchés avec la conduite à gauche: le Royaume-Uni et la majorité des pays du Commonwealth, l'Inde, le Japon, les pays de l'Asie du Sud-Est. Si on a vocation à être un constructeur mondial, on ne peut pas faire l'impasse sur l'une des deux conduites», dit Pierre Loing.

En somme, l'industrie automobile produira toujours les deux conduites. «C'est une contrainte forte parmi tant d'autres», résume M. Loing.