Trop, c'est trop ! Seriez-vous surpris si je vous disais qu'un bon nombre des riches automobilistes qui ont fait l'acquisition de l'ultime Ferrari de route, la 599, l'ont revendue quelques mois plus tard ? Eh bien, c'est la pure vérité, et cela n'a rien à voir avec la qualité du produit. C'est même tout le contraire, et c'est précisément parce que notre « belle province » ne se prête pas du tout à l'utilisation d'une telle voiture que ses acheteurs s'en sont départis.

Mis à jour le 11 janv. 2019
Jacques Duval et Piero Facchin

Débourser près d'un demi-million de dollars pour une automobile et avoir à circuler sur des routes tiers-mondistes à des vitesses fortement limitées et sanctionnées tient du supplice de Tantale. Il suffit d'essayer cette F599 GTB Fiorano (de son vrai nom) pour mieux comprendre le dilemme.

La dynamite qu'abrite le capot avant prend la forme d'un moteur V12 comme seul Ferrari peut en construire. Étroitement dérivé de celui de la célèbre Enzo, ce groupe réunit 620 chevaux qui hennissent de bonheur à 7600 tours/minute. La 599 tient son appellation numérique de la cylindrée de son moteur, qui est précisément de 5999 cm3 ou 6 litres.

En réalité, cette GTB n'abandonne que 40 chevaux à une Enzo, un quasi-prototype construit en très petite série. Or ici on parle d'une vraie grand tourisme propre à satisfaire la fougue du plus passionné des conducteurs. Ajoutons que la puissance phénoménale du V12 est gérée par une boîte de vitesses robotisée dont les six rapports s'enclenchent à la vitesse record de 110 millièmes de seconde.

La progression de la vitesse est à ce point fulgurante que les lignes droites les plus longues fondent à vue d'oeil. Je dois mener une bonne vie parce que je n'ai croisé aucun flic pendant toute la durée de ce galop d'essai. Toute une chance ! Ce qui est le plus surprenant avec ce genre de voiture, c'est qu'on n'a pas l'impression d'aller vite jusqu'au moment où on se rend compte qu'on a largement dépassé les 200 km/h sans s'en apercevoir. Ce n'est qu'à une telle allure qu'on commence à entendre le moteur dont la discrétion dans l'habitacle est un gage de confort à des vitesses bien au-delà de ce qu'il faut pour faire scintiller les gyrophares.

Un bon point pour l'insonorisation. Une autre caractéristique qui fait dresser le poil sur les bras, c'est l'abondance du couple moteur (448 livres-pieds) auquel on a droit, et ce, sur toute la plage de puissance. C'est bien évident que plus le régime moteur est élevé, plus ça pousse. J'ai toujours aimé les décollages en avion, mais là, je peux dire que j'ai autant de plaisir sur quatre roues.

DES AFFINITÉS AVEC LA CORVETTE

La tenue de route à haute vitesse, surtout dans des virages serrés de routes campagnardes, est très rassurante, mais il faut éviter d'attaquer trop fort, au risque de provoquer un sous-virage. Cette Italienne de haute noblesse n'hésite pas à emprunter à la Corvette et à quelques autres créations américaines cette suspension magnétorhéologique ou à assistance magnétique.

Son principal avantage est d'entraîner une variation de la viscosité de l'huile dans les amortisseurs par champ magnétique. Les résultats sont étonnants, sauf à basse vitesse sur des routes légèrement bosselées, où elle provoque certaines trépidations désagréables.

En d'autres circonstances, on sent cet effet de correction surtout dans une courbe à rayon variable où il faut jouer du volant. La voiture se comporte alors de façon neutre, et avec une suspension qui s'ajuste dans des temps extrêmement rapides (on parle de 1 à 10 millisecondes), on n'a vraiment pas à se soucier de l'aspect technique de la conduite.

Pour revenir à la Corvette, certains sont d'avis que la partie avant de la Ferrari 599 vue de profil a une étrange ressemblance avec la sportive américaine. Quel blasphème, diront les autres !

0-160 KM/H EN 7 SECONDES

 

Quand on voit une voiture comme la GTB 599 Fiorano franchir le 0-100 km/h pratiquement à la vitesse du son (3,2 secondes) et poursuivre son galop jusqu'à 330 km/h, on s'imagine que seul un parachute pourrait freiner sa course. En lieu et place, Ferrari a opté pour d'énormes disques de 355 mm de diamètre qui ont prouvé leur efficacité lorsqu'un camion s'est dressé devant la 599 au sommet d'une petite pente.

Comme il bloquait la moitié de la route, il a fallu réagir vite et fort afin d'éviter un big bang. Mille Grazie Brembo ! Si jamais vous décidez de bien profiter de votre Fiorano et de la conduire sur circuit, il serait prudent d'opter pour les freins optionnels en carbocéramique. En prenant place au volant du porte-étendard de la gamme Ferrari, la passion et l'excitation atteignent véritablement leur paroxysme pour le fanatique d'automobiles.

Dès que nos mains touchent au volant, que notre odorat hume l'intérieur en cuir, que nos yeux s'attardent aux multiples détails du tableau de bord, le plaisir des sens et de la séduction est déjà entamé ; ne reste qu'à essayer de se faire une raison !

Cet essai est tiré du livre L'auto 2009, disponible à La librairie.

Photothèque La Presse

 

Couverture du livre L'Auto 2009 des éditions La Presse.