Qui croirait qu’un spécialiste montréalais de la sécurité et que le créateur d’une application de covoiturage ont la solution aux problèmes de congestion urbaine, de pénurie de main-d’œuvre et de pollution ? C’est pourtant l’ambition avouée derrière un projet pilote d’un an qui vise à prouver qu’il est possible d’améliorer la fluidité sur les routes en misant… sur la promesse d’un espace de stationnement réservé.

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

« Le stationnement, c’est la clé », résume d’entrée de jeu Marc-Antoine Ducas, fondateur de Netlift, une entreprise spécialisée dans les services de covoiturage. « Pour les villes, pour les réseaux de transport en commun et pour les entreprises, c’est un enjeu important, et beaucoup plus complexe qu’on le pense. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE MARCO CAMPANOZZI

En ville, on estime que 30 % de la congestion est causée par des automobilistes qui tournent en rond afin de trouver un endroit où se garer. En banlieue, la taille des stationnements incitatifs limite le nombre de personnes qui troquent l’auto contre l’autobus afin de se rendre au boulot. Et dans le cas d’entreprises ou d’organismes comme Genetec ou l’Institut de cardiologie de Montréal, c’est une question de rétention des employés. 

« La gestion du stationnement est véritablement devenue une question de ressources humaines. »

— Mélanie La Couture, présidente-directrice générale de l’Institut de cardiologie de Montréal

Dans ce contexte, pas étonnant que quand la société Genetec, de Saint-Laurent, a approché M. Ducas pour discuter des moyens d’améliorer l’expérience de ses propres employés, la conversation a rapidement dévié vers les grands enjeux de mobilité urbaine. Méconnue chez nous, l’entreprise Genetec est un acteur important dans les systèmes de surveillance, et fournit à des clients comme Starbucks, les Aéroports de Paris et plusieurs grandes villes nord-américaines des caméras de surveillance qui s’embarquent en voiture et qui peuvent « lire » les plaques d’immatriculation.

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Présentation du projet pilote de mobilité urbaine de l'Institut de cardiologie de Montréal conjointement avec Netlift. Ci-haut, une voiture de surveillance stationnement munie de caméras liées à un logiciel.

Pour Genetec, il a suffi de jumeler ses caméras aux données provenant de Netlift, et de brancher le tout à la guérite du stationnement de Genetec, pour que les employés faisant du covoiturage soient reconnus et récompensés avec un espace de stationnement réservé. C’est simple, c’est automatique, c’est peu coûteux.

Et ça peut grandir vite, en étendant le concept à toute autre forme de stationnement. « On a essayé plein de façons de réduire la présence des autos dans le paysage. Certains quartiers ont réduit leur stationnement dans la rue pour les repousser. On pense qu’encourager les bons comportements en rendant le stationnement plus intelligent est une meilleure solution », explique le patron de Netlift.

Un an pour prouver que ça marche

Le projet pilote de l’Institut de cardiologie de Montréal durera un an. Il est réalisé conjointement avec le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec, ainsi qu’avec la Ville de Montréal. Pour le ministre Pierre Fitzgibbon, c’est le deuxième volet d’une série de projets innovants en mobilité urbaine, après l’essai d’une navette autonome dans l’Est de Montréal, l’automne dernier. « L’auto solo est un problème généralisé partout dans le monde », dit-il. Une somme de 350 000 $ a été investie dans ce projet par le gouvernement, qui rêve de voir cette solution exportée ailleurs dans le monde par la suite.

Un souhait qui a de bonnes chances d’être réalisé, si on se fie à son principal promoteur.

« Je reçois des appels tous les jours de partout dans le monde. On n’en a pas encore vraiment parlé publiquement, mais je n’ai jamais reçu autant d’attention ! »

— Marc-Antoine Ducas, fondateur de Netlift

Son ambition est double : évidemment, offrir une solution aux villes et aux entreprises qui cherchent une solution à l’épineux problème de la mobilité à l’heure de pointe, autre que les transports en commun. Ensuite, trouver un modèle d’affaires durable qui démarquera Netlift dans un marché où tous les services du genre sont déficitaires. Blablacar en Europe, Waze aux États-Unis, Lyft et Uber partout sur la planète…

« Là, je pense qu’on a la solution à ce casse-tête », dit-il. Les utilisateurs de son application s’abonnent à son service pour une somme minime, et Netlift promet un stationnement à destination à un prix avantageux, ou carrément gratuit, en fonction du nombre de passagers à bord. Et ça retire dans la foulée un certain nombre de véhicules de la route.

C’est gagnant-gagnant. « Les gens paient déjà pour un espace de stationnement. C’est une situation universelle », conclut l’entrepreneur montréalais. On verra d’ici un an si sa solution est du même calibre…