Souhaitez-vous devenir avec nous le troisième constructeur automobile en importance au monde, et peut-être même le premier ? C’est, en quelque sorte, la proposition qu’a faite hier l’italo-américaine Fiat Chrysler (FCA) à la française Renault, qui a accepté d’y réfléchir.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Ensemble, les deux constructeurs écouleraient environ 8,7 millions de voitures par année, selon FCA, ce qui les placerait au troisième rang des grands constructeurs mondiaux, derrière Volkswagen (10,6 millions) et Toyota (10,59 millions).

Le regroupement disposerait aussi d’une bonne complémentarité, tant dans ses produits que dans sa présence géographique.

« La combinaison créerait un portefeuille de produits qui couvrirait l’ensemble du marché avec une présence dans tous les segments, du luxe comme Maserati ou Alfa Romeo aux marques très accessibles comme Dacia et Lada, et inclurait également les marques bien connues Fiat, Renault, Jeep et Ram […], écrit FCA dans son communiqué. Le Groupe Renault a une forte présence en Europe, en Russie, en Afrique et au Moyen-Orient, alors que FCA est positionnée de façon unique dans les segments à fortes marges en Amérique du Nord et est un meneur en Amérique latine. »

Pas de Renault ici

Ceux qui rêvent de voir Renault profiter du réseau de distribution déjà bien implanté en Amérique du Nord de FCA pour y introduire ses véhicules vont vraisemblablement déchanter.

« Renault n’utilisera pas le réseau de distribution de Chrysler, ils veulent partager des technologies que Chrysler utiliserait dans ses propres produits. » — Pascal Gosset, importateur spécialiste en véhicules électriques, qui s’était entretenu en matinée hier avec des représentants de Renault sur ce sujet précis

S’il devait y avoir un quelconque intérêt pour des voitures Renault en Amérique du Nord, estime-t-il, ce ne pourrait être que pour ses voitures électriques. Or, la plateforme sur laquelle celles-ci sont assemblées « n’est pas homologable » en Amérique du Nord, dit-il, et ne le sera manifestement pas avant encore quelques années, puisque la modifier « engendrerait des coûts énormes ».

La formule rappellerait celle actuellement en vigueur au sein de « l’Alliance », un regroupement de Renault et Nissan basé sur des participations croisées. Les deux marques partagent tantôt des véhicules presque identiques vendus sous des appellations différentes, tantôt des plateformes communes adaptées en véhicules différents.

« Après avoir revu attentivement les termes de cette proposition amicale, le Conseil d’administration de Renault a décidé d’étudier avec intérêt l’opportunité d’un tel rapprochement, confortant l’empreinte industrielle du Groupe Renault et générateur de valeur additionnelle pour l’Alliance », a affirmé la direction de Renault dans un communiqué.

Importantes synergies

Selon FCA, la fusion n’entraînerait aucune fermeture d’usine, mais pourrait néanmoins générer des économies annuelles de 5 milliards d’euros (7,5 milliards de dollars canadiens) après six ans, « principalement de la convergence des plateformes, de la consolidation des investissements dans l’électrification et les groupes propulseurs, ainsi que des économies d’échelle ».

Des économies additionnelles de 1 milliard d’euros pourraient être dégagées en continuant de travailler avec Nissan et Mitsubishi, estime FCA. Le regroupement produirait ensemble plus de 15 millions de véhicules par année, ce qui le placerait confortablement premier.

FCA et Renault seraient quatrièmes en Amérique du Nord, deuxièmes en Europe et premiers en Amérique du Sud, estime FCA. Depuis le début de l’année 2019, FCA se classe troisième au Canada, derrière Ford et General Motors, selon des données compilées par DesRosiers Automotive.

Les actionnaires des deux entreprises ont accueilli la nouvelle avec joie, hier. L’action de Renault a gagné 12 % pour terminer la journée à 56,03 euros, à la Bourse de Paris. À Milan, celle de FCA a pris 8 %, à 12,37 euros.

Comment s’organiserait la fusion ?

La part de chaque entreprise Selon la proposition de Fiat Chrysler (FCA) à Renault, la nouvelle entité serait détenue à 50 % par les actionnaires du constructeur italo-américain et à 50 % par ceux de Renault, les actionnaires de chaque société recevant une participation équivalente au capital du nouvel ensemble. Avant que l’opération ne soit menée, afin d’atténuer la disparité de valeur en Bourse des deux groupes, les actionnaires de FCA recevraient un dividende de 2,5 milliards d’euros.

Le siège social Le rapprochement prévoit la création d’une société mère de droit néerlandais, explique Fiat Chrysler. D’après une source proche du dossier interrogée par l’AFP, le siège du nouvel ensemble serait à Amsterdam, où est déjà situé celui de Fiat Chrysler (FCA). L’entité fusionnée serait cotée à Paris, New York et Milan.

Qui serait le patron ? Le conseil d’administration serait composé initialement de 11 membres, avec notamment une représentation équivalente — de quatre membres chacun — pour FCA et Groupe Renault, ainsi qu’un représentant pour Nissan. Il n’y aurait pas de report des droits de vote doubles existants. John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli et actuel président de FCA, pourrait devenir président de la nouvelle entité et Jean-Dominique Senard, actuel président de Renault, président exécutif. Les discussions sont néanmoins toujours en cours.

Vers une restructuration ? La mise en place du nouvel ensemble, qui produirait environ 8,7 millions de véhicules par an, ne se traduirait par aucune fermeture de site industriel, assure FCA qui espère « réduire le nombre cumulé de plateformes de véhicules d’environ 20 % ». Fiat Chrysler observe également que les portefeuilles de marques des deux groupes s’avèrent complémentaires, couvrant « tous les segments clés du marché », du premium (Maserati, Alfa Romeo) aux marques grand public (Dacia, Fiat, Renault, Jeep…) en passant par les utilitaires.