(Paris) Succès, échecs, rebonds, dépendances, vie en excès de vitesse permanent : loin des hagiographies habituelles, la série documentaire Johnny par Johnny de Netflix dresse un portrait captivant du rockeur français Johnny Hallyday, surnommé l’ex-idole des jeunes.   

Mis à jour le 29 mars
Philippe GRELARD Agence France-Presse

Une idée reçue veut que Johnny Hallyday, mort en décembre 2017, n’ait pas dit grand-chose dans les innombrables entretiens télévisés donnés en plus de 50 ans de carrière. Faux.  

Son franc-parler fait la saveur de ces cinq épisodes de 35 minutes chacun, diffusés à partir de mardi, basés sur des archives, souvent tirées de l’oubli et accompagnées de témoignages en voix-off, sans langue de bois, comme l’auteur, compositeur et interprète français Pascal Obispo qui travailla avec lui.  

Il y a des pépites. « Je suis assez menteur […] je ne peux pas m’en empêcher », lâche ainsi un jour le « Taulier » face caméra. « À chaque fois qu’on a exhumé une interview, on a été frappé par sa franchise, ce qui fait que le récit tient par la voix de Johnny, même si on a parfois des témoins pour aller un peu plus loin », décortique pour l’AFP Éric Hannezo, patron de Black Dynamite (société du groupe Mediawan) qui produit la série-documentaire en association avec Universal Music France.  

Adeline Blondieau, une des ex-femmes, décrit ainsi une romance devenue un « métier » : s’occuper à plein temps de Johnny parfois assailli par « ses démons ».

Il en résulte un portrait entier de celui qui fut le rockeur préféré des Français, entre coup d’éclat et face sombre. « Il n’y a pas eu de calcul pour le protéger ou non, lui même étant tellement cash en interview, ce qui n’empêche pas l’empathie », développe Éric Hannezo.

« Dernier monstre sacré »

Un entretien de Johnny accordé au journal Le Monde en 1998 avait fait grand bruit car il y parlait sans détour de ses relations avec la drogue. Mais dans la série de Netflix on entend aussi l’interprète de Allumer le feu se livrer sur le rythme à conserver en tournée, en évitant de se présenter sur scène avec les « narines dilatées », référence à la cocaïne.

La frontière entre légende et réalité se dessine au fil des épisodes. Ainsi, le documentaire réalisé par Alexandre Danchin et Jonathan Gallaud établit qu’il n’a jamais serré la main d’Elvis Presley en sortie de scène comme il l’a laissé croire.  

Johnny par Johnny happe le spectateur avec une dramaturgie servie par une B. O. futée : outre des extraits des concerts, on entend des riffs de guitare quand l’artiste se relance et des morceaux électro annoncent les revers. De quoi attirer les puristes et les autres, notamment un jeune public qui pourra appréhender « la dimension romanesque du dernier monstre sacré » du show-biz français, comme le résume Éric Hannezo.

Entre fans et caméras

Les images d’archives naviguent entre un chanteur aux spectacles insensés (combats de kung-fu et main géante sur scène), un acteur passé par le cinéma d’action et d’auteur, une mégastar au train de vie fou et un homme lucide au moment du bilan des vies conjugales/familiales.     

On réalise sur la longueur que Johnny a très vite vécu non-stop sous l’œil des fans – telles ces jeunes filles récoltant les mégots jetés autour de chez lui – et des caméras de télévision. Dans la balance, l’artiste s’est intelligemment servi des médias, s’est montré honnête et s’est aussi fait piéger.  

Les images de son père, qui l’avait abandonné à peine né, revenu renouer le contact avec lui lors de son service militaire, ne sont ainsi qu’une mise en scène de paparazzi avec un géniteur vénal. « Il le dit lui-même, il a toujours été plus heureux en tant que Johnny sur scène qu’en tant que Jean-Philippe Smet (son nom à l’état-civil, NDLR), individu cherchant sa place », conclut le patron de Black Dynamite.