Les diffuseurs ont décidé de souligner le Mois de l’histoire des Noirs avec force cette année en garnissant leurs grilles d’émissions spéciales qui explorent la réalité des communautés noires. Parmi elles, signalons Une fois c’t’un Noir, documentaire inédit qui relate le parcours parfois périlleux des humoristes noirs au Québec.

Publié le 31 janvier
Marc-André Lemieux
Marc-André Lemieux La Presse

Produite par Urbania, cette rétrospective d’une heure atterrira sur Crave vendredi, avant d’être présentée sur Noovo et Canal D le 20 février à 21 h. Elle réunit Normand Brathwaite, Boucar Diouf, Garihanna Jean-Louis, Anthony Kavanagh, Eddy King, Michel Mpambara et Erich Preach.

On termine son visionnement avec l’impression de mieux comprendre ce qu’ont vécu les humoristes noirs québécois depuis 1979, année où Normand Brathwaite a décroché le rôle d’un Haïtien dans l’émission Chez Denise. Devant l’objectif du réalisateur Frédéric Pierre, Anthony Kavanagh avoue qu’il serrait les dents lorsqu’il entendait l’accent caricatural du personnage, parce qu’il savait qu’à l’école, le lendemain, ses camarades s’en moqueraient.

En mode livre ouvert, Kavanagh révèle également qu’en début de carrière, des spectateurs l’approchaient souvent en disant : « T’es le premier Noir que j’aime. »

Et chaque fois qu’il entendait ce commentaire raciste à peine déguisé, il répliquait ainsi : « C’est drôle, parce que t’es le premier cave que j’aime. »

Plus loin, on apprend qu’on a essayé de convaincre Eddy King de changer son style alors qu’il tentait d’entrer à l’École nationale de l’humour (ENH). La raison évoquée ? L’humour ethnique, Rachid Badouri s’en occupait déjà.

Quand Boucar Diouf a commencé à animer Des kiwis et des hommes avec Francis Reddy en 2007, les gens envoyaient des courriels à Radio-Canada pour dire : « On comprend rien quand il parle ! »

PHOTO JULIEN PAYETTE-TESSIER, FOURNIE PAR CRAVE

Le réalisateur Frédéric Pierre en entrevue avec Boucar Diouf lors du tournage d’Une fois c’t’un Noir

Et Erich Preach, qui compte 1,5 million d’abonnés avec Aba Atlas sur YouTube, préférait regarder la télévision américaine (Fresh Prince of Bel-Air, Family Matters) en grandissant, parce qu’il y voyait davantage de gens comme lui.

Une seule « stand-up comic » prend la parole dans Une fois c’t’un Noir. Il s’agit de Garihanna Jean-Louis, première femme noire diplômée de l’ENH. Son parcours n’a pas été facile. Elle raconte qu’elle s’est souvent sentie incomprise. « Trop blanche » aux yeux des Haïtiens ; « trop haïtienne » aux yeux des Québécois…

Encore aujourd’hui, cette impression persiste. « Je me sens comme un quota, déclare-t-elle dans l’émission. Quand on m’appelle pour un enregistrement, c’est parce que je remplis deux cases : femme et personne racisée. »

Devoir de mémoire

Joint au téléphone, Frédéric Pierre croit qu’Une fois c’t’un Noir rappellera aux téléspectateurs comment les artistes issus des minorités visibles ont participé au développement de l’humour au Québec.

PHOTO FOURNIE PAR CRAVE

Les participants au documentaire Une fois c’t’un Noir

« Ça m’a remis en pleine face la contribution de gens comme Normand Brathwaite, qui s’est illustré dans des émissions de télévision hyper marquantes et populaires comme Piment fort et Samedi de rire, sans compter son show de radio à CKOI. C’est énorme », commente l’acteur d’Alertes.

Productrice au contenu du documentaire, Stéphanie Verreault Lamontagne croit qu’Une fois c’t’un Noir témoigne de l’évolution de l’humour au Québec. « Il y a des choses qu’on pouvait dire au début des années 1980 qu’on ne peut plus dire aujourd’hui. Ça montre les changements de mentalité. Ça fait réfléchir. »

Docus et fictions

Une fois c’t’un Noir est loin d’être l’unique émission inscrite au guide télé pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs.

Du côté de Radio-Canada, on proposera notamment Échelon : un projet pour l’inclusion, docu-reportage dans lequel on accompagne cinq jeunes artistes issus des communautés racisées et autochtones de Québec (20 février à 23 h 25). ICI Tou.tv offrira gratuitement La base : Lex & Wasiu, série de capsules au ton humoristique (23 février), et Pa t’mentir, un nouveau magazine socio-culturel piloté par Schelby Jean-Baptiste, Keithy Antoine et Irdens Exantus (2 février). ICI ARTV présentera Racines dès le 6 février, et ICI Explora diffusera la série documentaire Esclaves, animée par Samuel L. Jackson, à compter du 7 février à 20 h.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

La base : Lex & Wasiu

Chez Télé-Québec, Cochon dingue abordera la thématique dans son émission du 17 février. Du contenu sera également créé pour Squat, plateforme du diffuseur destinée aux 6-12 ans.

« Il est important pour nous de souligner le Mois de l’histoire des Noirs auprès du grand public, mais aussi auprès du jeune public, en guise de sensibilisation », précise une attachée de presse du réseau par courriel.

Les mardis, Super Écran servira des films comme Tenet, La nuit des rois et Billie Holiday : une affaire d’État.

Le 8 février à 21 h, Canal D présentera Les secrets du chemin de fer clandestin à propos du réseau de routes aux États-Unis qui permettaient aux esclaves afro-américains de fuir. Le lendemain, la chaîne servira Oscar Peterson : Noir et Blanc, un documentaire qui retrace le parcours du célèbre pianiste québécois.

La programmation spéciale de TV5 comprend plusieurs documentaires, dont Barnay-Bambuck, athlètes engagés (5 février à 11 h), Les routes de l’esclavage (en quatre parties à compter du 7 février à 21 h) et Noirs en France (23 février à 20 h). Plus d’une dizaine de titres seront également offerts gratuitement en ligne au tv5unis.ca.

Chez Historia et Moi et Cie, les samedis soir de février seront consacrés au Mois de l’histoire des Noirs. Il s’agit d’une première pour chacune des chaînes.

PHOTO FOURNIE PAR HISTORIA

Tulsa brûle : le massacre de 1921

Moi et Cie diffusera les longs métrages Sept vies (version française de Seven Pounds) avec Will Smith, Harcelés (Lakeview Terrace) avec Samuel L. Jackson, L’appel (The Call) avec Halle Berry, et Me Roman J. Israel avec Denzel Washington, alors qu’Historia présentera quatre documentaires, dont Tulsa brûle : le massacre de 1921.

« Dévoiler toutes les facettes de l’histoire s’inscrit dans la mission d’Historia, explique la chaîne. Nous souhaitons cette année présenter des histoires inspirantes en mettant en lumière des évènements et des “guerrier du changement” qui ont ouvert la voie à plusieurs mouvements, dont Black Lives Matter. »

Du côté anglophone, signalons l’arrivée (21 février) d’une série dramatique originale du réseau CBC intitulée The Porter. Découpée en huit épisodes, elle s’intéresse aux porteurs noirs qui travaillaient dans des trains dans les années 1920 à Montréal. Elle met notamment en vedette Aml Ameen (I May Destroy You), Ronnie Rowe Jr. (Star Trek : Discovery) et Alfre Woodard.