Elles étaient très attendues, Carrie, Miranda et Charlotte. Il y avait quelque chose de réconfortant dans le fait de retrouver nos trois amies new-yorkaises en ces temps moroses. Mais And Just Like That déçoit de nombreux fans et la série est vivement critiquée depuis son lancement en décembre. Pourquoi ? Des fans et des spécialistes se prononcent.

Publié le 17 janvier
Olivia Lévy
Olivia Lévy La Presse

Les critiques sont nombreuses : les trois amies sont des caricatures d’elles-mêmes et ont chacune leur nouvelle amie issue de la diversité pour faire bonne impression. On sent aussi un malaise dans les dialogues et le changement de ton est trop déprimant. Nos quinquagénaires sont en crise.

Alerte aux divulgâcheurs : Carrie est désormais veuve, Miranda ne sait plus qui elle est tandis que Charlotte ne comprend pas pourquoi sa fille Rose se questionne sur son genre et souhaite se faire appeler Rock. Des thèmes lourds qui ont surpris les fans.

« En effet ! Je n’ai pas envie de me projeter dans la cinquantaine ! », lance Anne-Marie Withenshaw, animatrice de C’est juste de la TV sur ICI ARTV.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Anne-Marie Withenshaw

« Quand je regardais Sex and the City, dit-elle, j’étais dans ma jeune vingtaine, j’aspirais à devenir comme elles : des trentenaires émancipées qui ont une belle carrière, qui sortent, qui sacrent, qui ont plein de relations… Alors que là, leur réalité ne me parle pas du tout, et ne me donne pas envie non plus, car, disons-le, elles sont décalées… C’est le phénomène du vieillissement et on est confronté à une réalité beaucoup moins agréable. »

« La vie à 55 ans n’est plus la même qu’à 35 ou 40 ans ! souligne l’autrice Geneviève St-Germain qui apprécie la série. On vit des deuils, on a des soucis de santé. C’est certain que les plus jeunes n’aiment pas ça, parce qu’elles ne s’identifient pas à ces femmes de 55 ans qui sont de ma génération et qui sont en crise. »

« On vit dans une époque un peu moche aussi, disons-le, et c’est le reflet de notre société, ajoute-t-elle. On est dans un autre monde. C’est moins amusant, plus lourd, car on ne vit plus dans les excès de la fin des années 1990 et 2000 ! »

Les thèmes très actuels

Les thèmes abordés sont intéressants, mais doivent être traités avec plus de nuances, souligne Sandrine Galand, professeure de littérature au collégial et autrice de l’essai Le féminisme pop.

C’est bien de plonger dans tous les malaises et les faux pas que vivent les femmes comme elles dans un monde qui va trop vite, mais il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Est-ce parce qu’il y a d’autres séries qui le font mieux, ou alors est-ce qu’on est trop dans la caricature ?

Sandrine Galand, professeure de littérature et autrice

Elle pense cependant que la série s’améliore au fil des épisodes et que les trois amies traversent des crises qui sont très actuelles, comme une orientation sexuelle qui change tardivement, le fait d’être une femme célibataire à 55 ans, le changement d’identité de genre d’un enfant, ou encore, la chirurgie esthétique.

Pour sa part, Geneviève St-Germain croit que la série aborde ces thèmes avec beaucoup de justesse. « La vie change. Il y a des prises de conscience et la technologie a changé nos vies. Miranda qui est en crise, qui s’ennuie, qui a bu pendant la pandémie, qui n’a plus de vie sexuelle, ce sont des choses qui arrivent. C’est très réaliste et finalement, c’est réconfortant de voir que tu n’es pas la seule à avoir des soucis ! », pense l’autrice du livre Mon âge est à inventer.

PHOTO FOURNIE PAR GENEVIÈVE ST-GERMAIN

Geneviève St-Germain, autrice

Et l’âge ? Est-ce qu’on appuie trop sur le fait qu’elles ont désormais 55 ans ? « On me rappelle constamment mon âge. Pour les jeunes de 25-30 ans, on n’existe plus, notre parole ne compte plus », déplore Geneviève St-Germain.

« Je travaille avec des jeunes dans la vingtaine à la radio. J’adore ça, mais j’ai la preuve criante que je vieillis, car ils me perçoivent comme la mère du groupe ! C’est très affectueux, et plein de bonne volonté, mais ça ne me rajeunit pas », raconte Anne-Marie Withenshaw.

Même si le ton plus dramatique de la série ne dérange pas la scénariste et productrice Marie-Hélène Taschereau, elle pense que l’émission manque de profondeur et de sensibilité.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marie-Hélène Taschereau, scénariste et productrice

« Beaucoup de choses sont mal ficelées dans le scénario. Le fait que Samantha ne soit plus là enlève du piquant à la série. Il reste qu’il y a quelque chose de rassurant dans le fait de retrouver des personnages et des univers qu’on a aimés. »

Format à revoir

Pour Marie-Hélène Taschereau, il y a aussi un problème de format ; passer de 30 à 45 minutes par épisode est une erreur. Le rythme n’est pas assez soutenu. « On s’ennuie ! Les thèmes sont abordés sans nuances, on dirait qu’elles sont beaucoup plus vieilles dans leur mentalité que leurs 55 ans ! Carrie qui est gênée de parler de masturbation dans un podcast ? Voyons ! Ce n’est pas la Carrie qu’on connaît ! Elles ne sont plus du tout en phase avec la société, alors qu’elles ont toujours été à l’avant-garde. Il y a une déconnexion, on ne les reconnaît plus… », déplore-t-elle, déçue.

Un avis que partage Sandrine Galand, qui estime que la série a perdu son ton incisif pour s’inscrire dans un style dramatique plus classique. « Sex and the City était construit autour d’une thématique que Carrie décortiquait pendant un épisode, avec une narration qu’on aimait. » Mais ce qui dérange le plus, c’est la représentation très caricaturale du fossé entre les générations qui font de Carrie, Miranda et Charlotte les victimes de la « génération woke », dit-elle.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Sandrine Galand, autrice et professeure

Toutes les intervenantes interrogées s’accordent sur la bonne idée d’avoir fait mourir Mr. Big. « La réalité dépasse la fiction ! », lance Anne-Marie Withenshaw, faisant référence au comédien Chris Noth, qui fait face à des accusations d’agressions sexuelles.

« De toute façon, Carrie doit être célibataire, c’est l’archétype de son personnage. On l’a vue se marier, mais c’est ennuyeux. Ça ne fait pas une bonne histoire de la voir heureuse en couple », observe-t-elle.

Même si le « courant ne passe plus » entre Anne-Marie Withenshaw et les comédiennes, l’animatrice dit avoir encore « beaucoup d’affection pour elles ».

Comme beaucoup de fans, Sandrine Galand va continuer de regarder la série, malgré ses défauts. « Je garde espoir, car depuis le 3épisode, il y a eu une vraie amélioration… et Carrie va vouloir faire de nouvelles rencontres amoureuses, c’est à suivre. »

La série And Just Like That est présentée sur Crave et HBO. Les nouveaux épisodes sont offerts le jeudi.