L’annonce faite mardi par Luc Dionne et les producteurs de mettre fin à la quotidienne District 31 au mois d’avril s’est traduite par un déluge de commentaires où les remerciements et les mots d’amour ont côtoyé la tristesse, la colère et, dans plusieurs cas, l’expression d’un désarroi à l’idée de voir Chiasson, Bissonnette, Gagné, St-Hilaire, Guindon et compagnie tirer leur révérence.

Publié le 12 janvier
Véronique Larocque
Véronique Larocque La Presse
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Le fait de débrancher une série jouissant d’une aussi grande cote d’amour en pleine pandémie, à un moment où l’on n’a jamais passé autant de temps à la maison, et où la télévision et l’ordinateur sont devenus des bouées auxquelles on se cramponne pour avoir un semblant de quotidienneté, donne un coup qui fait mal à l’âme, au cœur et aux tripes.

En entrevue avec La Presse, la Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, le confirme en des termes limpides.

« Dans le contexte que l’on vit, les gens n’ont pas envie de subir des pertes, dit-elle. Lorsqu’une série est aimée et qu’on la suit depuis longtemps, elle finit par faire partie du quotidien des gens, de la routine. Déjà, on n’aime jamais voir disparaître quelque chose qu’on aime. Et actuellement, les gens subissent tellement de contraintes et de pertes que la télévision devient un des loisirs qui reste et qui est sécuritaire, en ce sens qu’il n’y a pas de contact direct. »

Il y a donc un petit deuil à faire, poursuit Mme Grou, tout en précisant qu’un facteur important s’ajoute : la fatigue.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

Les gens sont psychologiquement fatigués, et une des recommandations que nous leur faisons est de se détendre, d’aller vers des choses qui les reposent. Si l’écoute d’une émission de télévision fait partie de ces choses qui détendent et qu’on l’enlève, c’est pire que dans d’autres contextes.

Christine Grou

Les propos de Mme Grou trouvent leur écho chez deux autres spécialistes avec qui La Presse s’est entretenue : la psychologue Rose-Marie Charest et Pierre Barrette, directeur de l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

« District 31 n’est pas le genre d’émission pour laquelle on va faire du ‟binge watch” à coup de dizaines d’épisodes la fin de semaine, analyse le directeur. Elle est plutôt du genre à entrer dans le quotidien des gens et devient, en quelque sorte, une espèce de prolongement de la vie. Ça rythme les journées et ça s’inscrit dans l’organisation de celles-ci. De sorte que ça peut, je crois, renforcer l’espèce de deuil consécutif à la fin de la série. »

S’attacher aux personnages

Rose-Marie Charest évoque de son côté le fort attachement que des téléspectateurs vont avoir par rapport aux personnages.

« On a vu cet attachement quand le policier Poupou (Sébastien Delorme) a été tué, soulève-t-elle. Si on s’intéresse au cinéma, aux séries, c’est parce qu’on établit un lien, on s’identifie à certains personnages. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

La psychologue Rose-Marie Charest

Ils jouent un rôle dans nos vies. Ils nous distraient. Ils nous permettent de vivre sur la scène extérieure des conflits que l’on vit intérieurement. C’est pour ça, d’ailleurs, que tant de gens peuvent être choqués s’ils ne connaissent pas la fin de l’histoire ou si celle-ci se termine mal.

Rose-Marie Charest, psychologue

Elle croit de plus que l’impact de la fin de l’émission peut être plus fort chez les personnes vivant seules. « Les personnes qui vivent seules et qui suivent des séries et des téléromans s’investissent davantage dans les personnages et vivent ça d’encore plus près. Or, actuellement, les personnes qui vivent seules sont encore plus seules. Et celles qui ne vivent pas seules ont un moins grand cercle de distraction. Donc, l’impact prend probablement plus d’importance. »

Chez les téléspectateurs

À leur façon, et à travers plus de 6500 commentaires inscrits sur la page Facebook officielle de la série en date de mardi soir, les fans ont aussi grandement verbalisé leurs émotions. Les mercis et les félicitations affluaient, mais ils s’accompagnaient d’autant d’émojis de personnages pleurant toutes les larmes de leur corps.

« Le Québec va être en deuil solide au printemps, c’est une décision qui a certainement été difficile à prendre », a écrit Caroline Lépine avant de souhaiter le meilleur aux membres de l’équipe.

« J’ai donc bin de la peine… c tu normal », s’est exprimée Jess Ika Bérard, dont le nom est accompagné d’un diamant « Super fan » de la série.

Johanne Corbeil montre à quel point elle se sentait proche des personnages en écrivant : « Oufff ! ! C’est comme si on m’annonçait que je perdais plein d’amis pour toujours ! ! » Elle remercie ensuite Luc Dionne pour son travail.

De son côté, Danielle Paradis raconte comment les intrigues ont suscité des discussions dans son entourage. « Merci pour ces belles années mais le sevrage sera difficile, écrit-elle. Mon commandant c’est Chiasson ma nouvelle Lieutenant je l’adore. C’est le show qui réunit ma mère, mes fils, mes étudiants du cégep et moi entre 20 et 80 ans… on placote des intrigues, on essaie de prévoir… mais la fin ça on ne voulait en parler ! ! ! ! »

« C’est un choc », a confié à La Presse Christiane Collerette Brisebois, l’une des administratrices de la page Facebook « Pour les vrais fans de District 31 », qui compte plus de 92 000 membres. « Ça fait quand même six ans que les personnages sont tous les soirs dans notre écran. C’est certain qu’on s’attache. »