L’émission de téléréalité, primée aux Emmy Awards, est de retour au pays de l’Oncle Sam pour nous faire oublier la sinistrose ambiante. Et nous réconcilier avec le genre humain.

Publié le 11 janvier
Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

Retardée à cause de la pandémie, la 6e saison de Queer Eye est offerte sur Netflix depuis le début de l’année. Pour ce nouveau rendez-vous, les cinq ambassadeurs de bonheur ont établi leur QG à Austin, au Texas. Ces éternels urbains enfilent bottes et chapeaux western pour aller à la rencontre des Texans. Et font toujours des miracles, malgré le coronavirus… et l’amère politique américaine.

Regardez la bande-annonce de la 6e saison de Queer Eye (en anglais)

Au pays des cowboys

PHOTO ILANA PANICH-LINSMAN, FOURNIE PAR NETFLIX

Tan France, Jonathan Van Ness, Karamo Brown, Bobby Berk, Antoni Porowski face au rancher Josh Eilers dans un nouvel épisode de Queer Eye.

Inutile d’avoir vu les saisons précédentes de Queer Eye pour plonger dans celle-ci. Car son principe est simple : cinq experts en mode, beauté, cuisine, culture et décoration, autoproclamés le « Fab Five », se donnent pour mission de transformer la vie d’un candidat ou d’une candidate recommandé par des proches. Après la Géorgie et le Japon, les cinq experts en art de vivre – et fiers membres de la communauté LGBTQ+ – débarquent dans l’un des États les plus conservateurs du pays. « J’ai voté républicain toute ma vie. Il ne doit pas y en avoir beaucoup parmi vous qui ont voté Trump ? », leur lance un rancher devant son bétail, en guise de mot de bienvenue.

Le jeu de la diversité

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Bobby Berk, Antoni Porowski, Jonathan Van Ness, Terri White, Karamo Brown dans Queer Eye

« We’re not in Texas anymore ! » On paraphrase une réplique du Magicien d’Oz, car elle nous revient à l’esprit en regardant Queer Eye. Au pays des ranchs et des « honky tonks », la mission du « Fab Five » fait aussi penser à celle des travestis du film australien Priscilla, folle du désert. Sauf qu’ici, l’hostilité des locaux fait place à la bienveillance, et la curiosité est plus forte que l’intolérance. Si le Texas est conservateur, cet État a aussi une importante communauté hispanique. Et sa capitale, Austin, est une destination LGBTQ+ très prisée en Amérique. De la grand-mère qui danse en minishorts dans un bar country au rappeur jeune père de famille en passant par la transsexuelle haltérophile, ce portrait du Texas est diversifié.

Le festival des câlins

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Dans l’ordre, Tan France, Jonathan Van Ness, Karamo Brown, Bobby Berk et Antoni Porowski

Quand la pandémie de COVID-19 a frappé en mars 2020, Queer Eye avait déjà entamé le tournage de sa saison 6. Pour une série « style de vie » basée sur le rapprochement entre de purs étrangers, et dans laquelle tout le monde se fait des câlins toutes les cinq minutes (c’est le hug festival !), la pandémie a été terrible. Or, au lieu d’annuler la saison, la production a repris, un an plus tard, en abordant la pandémie de front. Finalement, le confinement a rendu l’entreprise de cette divertissante téléréalité plus utile, voire nécessaire. Le résultat est tout sauf futile.

Réapprendre à rêver

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Les cinq experts de Queer Eye. De gauche à droite, le Montréalais Antoni Porowski, Tan France, Jonathan Van Ness, Bobby Berk et Karamo Brown dans une école secondaire du Texas.

Plus que jamais, on sent que les candidats avaient besoin de l’aide des cinq anges aux ailes cornues. Pas pour changer de look ou avoir une nouvelle cuisine. Mais pour retrouver leur estime de soi au quotidien et mettre un peu de fantaisie dans leur vie. Dans le dernier épisode, un rappeur père de deux enfants, dont un bébé de 5 semaines, confesse son état dépressif. Il a mis totalement la musique de côté à l’hiver 2020, alors que les bars ont fonctionné au ralenti et les spectacles ont été interrompus. Sans minimiser la gravité de la crise sanitaire (les malades et les morts), la COVID-19 a manifestement eu un impact sur la capacité de rêver des gens. On est tellement plongés dans la crise sanitaire au quotidien qu’il est difficile de se projeter dans l’avenir. Un conseil des experts : « On ne peut pas changer le monde sans se changer soi-même ».

Ne jamais juger

Queer Eye n’a rien inventé. L’émission reprend le concept des émissions de transformation misant sur le désir de fuir la morosité du quotidien des simples mortels. Ce qui est différent, c’est l’approche toujours humaine, respectueuse, l’ouverture d’esprit de la production. On n’essaie jamais de forcer la transformation d’un participant, aussi minime soit-elle. Ni de le convaincre de son bon goût, de son autorité culturelle. On tente plutôt de comprendre ce que le candidat veut vraiment changer dans sa vie. Ou pas ! Sans rien imposer et sans juger.

Une nouvelle série pour Jonathan

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Jonathan Van Ness

L’un des membres les plus colorés et appréciés du Fab Five, le coiffeur Jonathan Van Ness, aura son propre show sur Netflix, dès le 28 janvier. Intitulée Getting Curious (Céder à la curiosité, en français), cette émission est dérivée d’une balado éponyme de Van Ness. À chaque épisode, la coqueluche de Queer Eye interrogera des experts sur divers sujets à la fois sérieux et anodins. Pour assouvir sa soif d’apprendre. Parmi ces thèmes éclectiques, mentionnons les organes génitaux des insectes et les bienfaits de la mode sur l’estime de soi, en passant par les effets du sucre sur le cerveau et l’importance qu’on accorde aux cheveux. Tout ça est servi avec le style flamboyant et hilarant de la personnalité non binaire la plus sympathique du petit écran.

Regardez la bande-annonce de Getting Curious (en anglais)

Queer Eye (saison 6) est offerte sur Netflix.