Deux films d’horreur cultes sont transposés en séries cet automne : Chucky et I Know What You Did Last Summer. Ce double arrivage illustre les dangers d’exhumer de vieux classiques : parfois ça répond aux attentes, parfois ça déçoit.

Marc-André Lemieux
Marc-André Lemieux La Presse

Écrite et réalisée par Don Mancini, créateur du personnage et scénariste des films qui le mettent en scène, Chucky s’avère une agréable surprise. Trente-trois ans après la sortie en salle du premier volet, la poupée habitée de l’esprit d’un tueur en série continue de fasciner.

Diffusé en anglais sur Showcase, le premier épisode nous transporte au cœur du quotidien de Jake, un adolescent solitaire victime d’intimidation. Ce dernier mène une vie tranquille jusqu’à ce qu’il tombe sur une poupée d’allure « rétro » dans une vente-débarras. Cet achat déclenchera une vague de meurtres qui – avec raison – affolera le voisinage.

Cette entrée en matière intrigue et laisse présager une suite tordue, amusante et terrifiante. On salue également la performance de Zackary Arthur (Transparent), qui campe avec beaucoup de justesse et d’âme le jeune héros.

Fidèle à l’original

Chucky a également contenté Alex Perron. Grand amateur d’horreur, l’humoriste parle d’un départ convaincant.

J’avais beaucoup aimé les trois premiers films, qui sont des classiques. Après, je trouve qu’on s’est un peu perdu. Avec la série, on revient à l’esprit de l’œuvre originale.

Alex Perron

Critique et chroniqueur pour Horreur Québec, un site web entièrement consacré au genre, Jean-François Croteau qualifie la série de « très prometteuse » et d’« inclusive ». « J’aime le fait que l’action soit articulée autour d’un personnage LGBTQ+. Je trouve ça l’fun de montrer un jeune qui assume son homosexualité. »

IMAGE FOURNIE PAR SHOWCASE/PEACOCK

Chucky

Les médias américains applaudissent également cette nouvelle incarnation de Chucky, dont IndieWire (« la série d’horreur idéale pour traverser cette période d’Halloween »), The Hollywood Reporter Chucky comble les attentes »), The Wrap (« une version plus riche et personnelle »).

Un Pacte ennuyeux

L’adaptation télévisuelle du drame d’horreur I Know What You Did Last Summer (en français Le pacte du silence) suscite des réactions contraires. Et pourtant, l’idée de base est identique à celle du film, qui avait récolté beaucoup de succès en 1997 : dans une petite ville côtière, un mystérieux assassin traque un groupe de jeunes responsables d’un tragique accident d’auto survenu l’été précédent.

Offerts sur Prime Video, les premiers épisodes tombent à plat, non seulement en raison du scénario bourré d’invraisemblances, mais aussi à cause du mauvais jeu des comédiens, qui en beurrent beaucoup trop épais. Loin d’être un plaisir coupable, ce remake télévisuel ennuie.

PHOTO FOURNIE PAR AMAZON STUDIOS

La série I Know What You Did Last Summer (Le pacte du silence)

La première véritable séquence de violence gore arrive au deuxième épisode, quelques minutes avant l’apparition du générique. Cette scène de boucherie laisse toutefois indifférent, puisqu’elle implique un personnage somme toute beige. Gros bémol pour cette histoire de sœurs jumelles aux caractères opposés qui semble tout droit sortie d’un feuilleton d’après-midi.

Les scènes de meurtre sont bonnes, mais plus ça avance, plus je décroche. On dirait que l’objectif, c’est juste de créer des fausses pistes pour nous empêcher de trouver l’identité du meurtrier.

Jean-François Croteau, d’Horreur Québec

La critique étrangère est tout aussi sévère. Selon IndieWire, I Know What You Did Last Summer « pourrait gagner le prix de l’émission la plus désagréable de 2020 ». Rolling Stone (« tape-à-l’œil »), TV Guide (« cette franchise n’aurait jamais dû quitter les années 1990 ») et Variety (« une intrigue inutilement étirée ») n’y vont pas de main morte non plus.

Besoin de visibilité

Chucky et I Know What You Did Last Summer sont loin d’être les premiers films à passer du grand écran au petit. Au cours des dernières années, on relève notamment Bates Motel (dérivé de Psycho d’Alfred Hitchcock), The Mandalorian (dérivé de Star Wars) et Fargo.

De nombreux facteurs expliquent cette tendance. Le besoin de visibilité fait partie des plus importants, nous explique Pierre Barrette, directeur de l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal.

En revisitant une vieille série culte, un diffuseur s’assure d’une couverture médiatique beaucoup plus importante que s’il proposait un projet entièrement inédit. « En 2021, la compétition est immense. Il y a tellement de séries, de plateformes, de réseaux… La clé, c’est d’attirer l’attention du public, pour qu’on en parle, pour créer un buzz. En allant chercher des marques qui existent déjà, les diffuseurs se facilitent la tâche », indique Pierre Barrette.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

L’auteur Patrick Senécal

Étirer la sauce

Cette tendance à étirer la sauce rebute le « maître de l’horreur québécois », Patrick Senécal. L’auteur, qui signe la série d’anthologie Patrick Senécal présente, offerte sur Club illico, n’y voit qu’une opération financière. Il cite l’exemple de Ratched, adaptation télévisuelle du célèbre Vol au-dessus d’un nid de coucou, sortie l’an dernier sur Netflix.

« Pour moi, c’était une catastrophe ! lance le romancier. Pourquoi récupérer des vieux trucs ? Ça montre tellement un manque d’imagination. Ça m’agace beaucoup. Les gens derrière ces suites, ces remakes… j’ai beaucoup de difficulté à croire que ce qu’ils veulent, d’abord et avant tout, c’est raconter une bonne histoire. Je pense qu’ils veulent surtout faire du cash. »

La série Chucky est diffusée en anglais uniquement les jeudis soir à 22 h sur Showcase.

La série I Know What You Did Last Summer (Le pacte du silence) est offerte en français sur Amazon Prime Video. Un nouvel épisode est mis en ligne chaque vendredi.