(New York) Le légendaire guitariste de blues Buddy Guy a influencé certains des plus grands de la guitare rock de tous les temps, dont Eric Clapton, Jimmy Page et Stevie Ray Vaughan. Mais pour devenir un musicien aussi inspirant, il lui a fallu se tenir debout – littéralement.

John Carucci Associated Press

« Quand je suis arrivé à Chicago, la plupart des musiciens de blues, y compris Muddy Waters, s’assoyaient sur une chaise pour jouer. Et j’ai dit : “Je ne peux pas jouer comme eux, mais je pense que je peux les surpasser. Je peux me lever et sauter de la scène et attirer l’attention” », a récemment confié Buddy Guy à l’Associated Press.

Sauter sur scène, jouer de la guitare dans son dos ou avec ses dents lui ont valu beaucoup d’attention, en particulier de la part d’un guitariste expérimental de Seattle récemment démobilisé de l’armée, un certain Jimi Hendrix. Le futur virtuose a non seulement réinventé le son de la guitare électrique, mais il s’est également inspiré du sens du spectacle dont Buddy Guy faisait preuve.

« Je suis béni parce que je ne savais pas que beaucoup de gens me regarderaient et ressentiraient cela », a déclaré le gagnant de plusieurs prix Grammy.

Le grand du blues de 84 ans devient maintenant le sujet du dernier chapitre de la série de biographies de PBS American Masters.

Honoré et humble d’être reconnu, Buddy Guy dit qu’il considérait ses contemporains comme de meilleurs guitaristes, et qu’il a donc dû trouver son propre style. Il l’a fait en s’inspirant de différents types de musique, allant du gospel au country – un mélange qu’il assimile à une spécialité culinaire de la Louisiane.

Vous pouvez dire que ma façon de jouer de la guitare est du gombo, car si vous cuisinez un gombo en Louisiane, vous y mettez toutes les sortes de viandes que vous pouvez. Et cela le rend plus délicieux que ce qu’il serait si vous n’y mettiez qu’une seule viande.

Buddy Guy

PHOTO SHAFKAT ANOWAR, AP

Buddy Guy

Tous les styles qu’il intégrait dans son jeu exigeaient toutefois une persévérance extrême. Ayant grandi dans le sud de l’ère Jim Crow et élevé dans une famille de métayers, Buddy Guy est devenu fasciné la première fois qu’il a vu quelqu’un jouer de la guitare. Mais en obtenir une pour en jouer a été un obstacle qu’il a dû surmonter.

Il a essayé de s’en fabriquer une, notamment en utilisant des élastiques comme cordes, avant de hausser son degré d’ingéniosité pour utiliser les fils des moustiquaires de la maison familiale. Mais les moustiquaires de plus en plus délabrés ont attiré l’attention de sa mère. « Ma mère a remarqué des moustiques dans la maison parce que quelque chose n’allait pas avec les fenêtres. »

Il se souvient d’avoir mis la main sur une vraie guitare lors d’une fête de Noël, lorsqu’un musicien a pris une pause pour se saouler, donnant à Buddy Guy le temps de comprendre comment jouer ce qu’il avait vu. Son père lui a finalement acheté une guitare pour « quelques dollars » et il n’a jamais regardé en arrière.

Mais maîtriser l’instrument était une chose, trouver un public en était une autre. Au moment où Buddy Guy est entré en scène, le blues était une forme d’art en difficulté. Jouer de la musique n’était pas lucratif à cette époque parce qu’il n’y avait pas de possibilité de passer vers le grand public.

À l’époque, dit-il, le public blanc n’avait pas d’appétit pour le blues, et seule une poignée de ces spectateurs se présentaient à des spectacles « de temps en temps ».

« Personne ne gagnait décemment sa vie en jouant du blues », a-t-il raconté. Parfois, il gagnait juste assez d’argent pour se rendre dans la ville voisine.

C’était l’amour de la musique qui le faisait jouer, lui et ses compagnons. Mais cela allait bientôt changer dans les années 1960 avec l’arrivée d’un nouveau son sur les ondes.

« Les Britanniques », s’est remémoré Buddy Guy succinctement.

De manière plus appropriée, il donne le mérite aux Rolling Stones, dont le guitariste Keith Richards et le chanteur Mick Jagger admiraient particulièrement sa musique et le blues en général.

Quand l’émission de variétés télévisée Shindig ! a voulu obtenir les Rolling Stones comme invités, Mick Jagger avait une condition. « Il a dit qu’il irait à l’émission s’ils le laissaient emmener Muddy Waters. Et ils ont répondu : “Qui diable est-il ?” Et il a répondu : “Vous voulez dire que vous ne savez pas qui est Muddy Waters ? Notre nom est un clin d’œil à sa célèbre chanson, Rolling Stone”. »

Après, le blues a explosé, selon Buddy Guy.

Surfant sur la vague de Muddy Waters, BB King, Otis Rush et d’autres musiciens, Buddy Guy a trouvé son propre style et est devenu l’un des artistes les plus reconnaissables de la scène blues de Chicago. En 2005, Eric Clapton et BB King ont intronisé Buddy Guy au Panthéon du rock’n’roll.

Alors que Buddy Guy a vu le blues passer d’une passion personnelle à l’influence principale des plus grands groupes de rock de l’histoire, il a déclaré que sa passion à lui n’avait pas changé. « Je joue de la guitare pour la vie que je vis à un moment précis », a-t-il déclaré.

Aujourd’hui, c’est un homme qui a pour mission de garder le blues vivant parce qu’il estime qu’il n’y a tout simplement pas assez d’endroits pour que les gens l’entendent. « Le blues n’est plus joué ou entendu sur vos grandes stations de radio », a-t-il déploré.

Buddy Guy affirme que même son fils n’était pas conscient de son importance en tant que musicien de blues jusqu’à ce qu’il soit assez vieux pour aller dans un club de blues. « Il a dit : “Papa, je ne savais pas que tu pouvais faire ça.”Et il est un joueur de blues depuis », a déclaré la légende.