Ça y est, elle est de retour. La jeune Devi, (anti) héroïne gaffeuse et attachante par excellence, de la série pour adolescents Mes premières fois (Never Have I Ever), nous revient en force, jeudi sur Netflix. Pour une deuxième saison d’impertinences et de petits, moyens et géants drames. Ah ! oui, et de diversité comme jamais.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Petit rappel : si la première saison de cette série vous a échappé, sachez que ce n’est pas, mais pas du tout, le cas de la critique. « Une comédie audacieuse » à voir, a chaudement recommandé le New York Times. La jeune actrice, Maitreyi Ramakrishnan, Torontoise d’origine tamoule, a fait la une du Time Magazine, figurant parmi les 100 jeunes personnalités à suivre (The Next 100).

Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’une émission du genre met en scène, comme personnage principal, une jeune adolescente de couleur au look douteux, au sale caractère de surcroît, menteuse, manipulatrice et insolente, bref, franchement craquante. Frondeuse et vulnérable à la fois. En un mot : vraie.

Quoique archicaricaturale, il va sans dire. C’est une comédie, après tout, et n’ayez crainte, on rit, ça oui ! L’improbable narrateur (nul autre que le fougueux tennisman John McEnroe, joyeusement de retour au poste pour cette nouvelle saison) et ses commentaires décalés y sont assurément pour quelque chose.

Un conseil avant d’aller plus loin : évitez, cela dit, à tout prix la version doublée (en France) et ses horripilants « je kiffe trop » ou « t’es guedin » mal placés, et allez-y franchement avec la version originale, de grâce. Cette rafraîchissante série mérite mieux.

Premier rôle

Pour la petite histoire, la jeune femme (19 ans), originaire de Mississauga, en Ontario, qui incarne si naturellement Devi (et c’en est désarmant de justesse), en est ici à son tout premier rôle au petit écran. Premier rôle professionnel. Et tout premier boulot tout court, en fait. « Ouais », répond-elle en entrevue, avec la même spontanéité qu’on lui connaît dans la série. « Au secondaire, j’étais beaucoup trop occupée ! » Occupée entre une pièce de théâtre parascolaire ici, ou à ses études là (parce que tout comme son personnage, Maitreyi Ramakrishnan est une bûcheuse et première de classe, la pression familiale en moins).

PHOTO ISABELLA B. VOSMIKOVA FOURNIE PAR NETFLIX

Devi et sa mère (Poorna Jagannathan)

C’est sa meilleure amie qui a vu passer le tweet de Mindy Kaling (la productrice, aux côtés de Lang Fisher), sorte d’appel à tous, à la recherche de l’incarnation parfaite de son personnage (inspiré librement de sa propre jeunesse à l’école secondaire, faut-il le préciser). Et contre toute attente (et envers les 15 000 autres candidates), c’est la jeune et novice Ontarienne qui a été choisie. « Je me suis juste vraiment amusée tout le long ! », glisse-t-elle, comme s’il s’agissait d’une évidence.

N’empêche que oui, elle ne le cache pas, elle a ensuite drôlement senti la pression. Pour cause : ce rôle, c’était sa chance d’enfin incarner cette diversité « tant attendue » à la télé. Les costumes traditionnels, fêtes et plats indiens ne sont pas coutume (sans jeu de mots) sur Netflix, soyons francs. « 100 %, insiste-t-elle. Je sentais la pression, c’est sûr ! » De là à parler à toutes les adolescentes d’origine indienne ou de couleur, il y a un pas tout simplement impossible à faire, a-t-elle fini par comprendre.

Un projet pour représenter tout le monde : mais c’est impossible. Ça n’a aucun sens ! Il existe bien trop de réalités !

Maitreyi Ramakrishnan

La première, et plus évidente : « Dans les 15 premières minutes de la série, le père meurt ! Ça coupe déjà tous les gens qui ont leurs deux parents vivants ! », a-t-elle fini par se raisonner, pour se concentrer plutôt sur tous les aspects du personnage qui lui parlaient.

Un personnage plein de défauts

Et non des moindres : compétitive (on en a glissé un mot), Devi a aussi un sacré caractère (« et j’ai certes mon caractère aussi »). « Et c’est ce que j’adore du personnage, enchaîne-t-elle. C’est tellement rare de voir à l’écran des jeunes femmes, encore moins des jeunes femmes d’Asie du Sud, se fâcher ! »

Devi n’est pas parfaite. En fait, elle est loin de l’être, et ce n’est pas étranger au succès de la série, croit aussi la comédienne.

C’est une fille à qui on peut s’identifier ! Comme nous tous, elle ne fait pas toujours la bonne affaire !

Maitreyi Ramakrishnan

Le mot est faible, et disons qu’en matière de gaffes, elle bat des records dans cette nouvelle saison : en amour (un triangle amoureux surréaliste et foireux, vous l’aurez deviné), en amitié, même dans sa propre famille. On ne vous en dira pas plus, mais sachez que les épisodes nous réservent de belles surprises pour plusieurs personnages, que ce soient ses copines, ses deux amoureux (!) et même sa mère, osant aborder de front et avec tact des questions difficiles, notamment la santé mentale et les relations toxiques. Mention spéciale aux personnages de la psychologue, impayable, et des professeurs, hilarants, qui ajoutent une couche de plus au scénario, déjà riche en soubresauts.

D’ailleurs, le dernier épisode de la saison, tournée en pleine pandémie (« et c’était fou, tous les protocoles de sécurité »), se termine sur une note plus qu’ouverte. C’était à prévoir. Maitreyi Ramakrishnan (qui jouera prochainement un autre premier rôle, dans un film cette fois, énième adaptation de Pride and Prejudice, sur Netflix) attend d’ailleurs impatiemment la suite, laquelle n’a, à ce jour, pas été encore annoncée. « Mais j’espère qu’il y aura une troisième saison ! », conclut-elle, en croisant les doigts. Nous aussi.

Sur Netflix, dès le 15 juillet