Y a-t-il vraiment des questions qui ne se posent pas ? L’émission Ça ne se demande pas, qui amorce sa troisième saison ce lundi sur AMI-Télé, fait le pari que non. Son audace ouvre la porte sur des réalités humaines que la pudeur relègue le plus souvent à l’ombre.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Il faut du culot pour demander à des personnes atteintes de déficience intellectuelle si elles sont « retardées » ou « débile léger ». Ou pour demander à des personnes aveugles de naissance si elles savent de quoi elles ont l’air. Ça ne se demande pas l’a fait. Sans détour. Sans chercher à faire sensationnaliste non plus.

Estelle Bouchard, réalisatrice des trois saisons de ce programme dont le concept vient d’Australie, raconte que les personnes non voyantes ont trouvé bien drôle la question sur leur apparence. L’objectif de ces émissions, où chaque invité pige une série de questions auxquelles il doit répondre, c’est ça : surprendre l’interviewé, le toucher, le provoquer même, à l’occasion, et ainsi apprendre à le connaître un peu et à mieux comprendre sa réalité. Tout en brisant des tabous.

Ça prend des questions qui font réagir. C’est là que la magie opère.

Estelle Bouchard, réalisatrice de Ça ne se demande pas

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Estelle Bouchard, réalisatrice

« C’est ce qui fait qu’on apprend des choses à chaque émission et, je l’espère, qui fait en sorte que notre perception change. C’est ce qui se produit en nous, à l’intérieur de l’équipe, alors je présume que c’est ce qui se produit aussi chez les téléspectateurs », estime la réalisatrice.

Pour sa troisième saison, Ça ne se demande pas s’intéresse notamment aux personnes aveugles de naissance, aux personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble obsessif compulsif. Et si on se fie à celle diffusée ce lundi soir, consacrée aux parents d’enfants handicapés, tout est affaire de franchise et d’ouverture. Il n’y a pas grand-chose, en effet, qui semble désarçonner les invités, comme s’ils avaient déjà fait face à tous les préjugés sous-entendus dans plusieurs questions.

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Pour sa troisième saison, Ça ne se demande pas s’intéresse notamment aux personnes aveugles de naissance, aux personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble obsessif compulsif.

« C’est souvent comme ça », constate la réalisatrice. En fait, il semble que les parents d’enfants handicapés, par exemple, ne regrettent pas les questions qu’on leur pose, mais celles qu’on ne leur demande pas… tout en posant un regard parfois empreint de jugement sur eux. Ou d’une empathie dont ils n’ont que faire. « Ce n’est pas du courage, c’est de l’amour ! », s’exclame d’ailleurs une jeune maman en racontant à quel point elle n’est plus capable d’entendre dire qu’elle a du courage.

Les personnes qui se prêtent au jeu sont prêtes à répondre à tout, assure la réalisatrice. Face à la caméra, elles peuvent se fâcher, s’émouvoir et même refuser de répondre à une question qu’elles jugent stupide. Or, le plus souvent, elles ont envie de parler. « Ça prend 30 secondes et on dirait qu’ils parlent à leur meilleur ami », juge Estelle Bouchard.

« Chaque fois, on sent [qu’ils ont envie de parler], poursuit la réalisatrice. Durant la saison 2, on avait des gens qui vivent avec la schizophrénie. Ils étaient tellement contents ! »

D’habitude, ce sont des médecins qui parlent, des spécialistes… Là, c’était des gens qui parlaient de leur réalité, de ce que c’est, cette maladie-là.

Estelle Bouchard, réalisatrice de Ça ne se demande pas

Ça ne se demande pas cherche ça : des témoignages directs, pas des messages de porte-parole d’association ou de spécialistes, ni des généralités. « Ces gens-là ne sont pas connus, on ne leur donne pas la parole », dit Estelle Bouchard, qui constate que le fait de pouvoir enfin parler de leur réalité sembler leur « enlever un poids ».

La réalisatrice constate que les tournages se terminent toujours dans la bonne humeur, devant des invités soulagés. « C’est un pari assez incroyable que d’oser cette simplicité-là. Et ça marche. On a l’impression de faire une différence avec cette émission, d’ouvrir les yeux sur des réalités que la plupart des gens ne connaissent pas. »

Ça ne se demande pas, dès le 18 janvier, 20 h, sur AMI-Télé.