Porté par le succès de sa revue de l’année qui a fracassé un record d’écoute, l’animateur d’Infoman poursuit son chemin à sa manière. En se nourrissant du grand livre de l’actualité.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

La revue de 2020 d’Infoman a fracassé un record d’écoute le 31 décembre, attirant 3 467 000 Québécois, un bond d’environ 900 000 téléspectateurs par rapport à l’an dernier. Avec le temps, l’émission spéciale de fin d’année pilotée par Jean-René Dufort gagne en popularité. Or, l’animateur garde la tête froide et relativise son succès.

« Certes, le gouvernement Legault nous a aidés en forçant tout le monde à rester à la maison le 31 décembre. C’est idéal pour les cotes d’écoute. Mais c’est aussi vertigineux… Car Infoman ne rivalise pas avec Bye bye. On fait cette émission en trois semaines, avec une équipe de huit personnes et une infime partie du budget du Bye bye. Or, c’est très correct. Notre revue de l’année doit rester différente et complémentaire du Bye bye. Je veux garder notre petit côté underdog, artisanal. »

L’émission du jeudi soir a aussi le vent en poupe. Son gala journalistique annuel du 7 janvier a dépassé 1 million de téléspectateurs. « Avec le confinement, on sent que la population a besoin d’une soupape, d’un exutoire, reconnaît Dufort. Notre émission d’humour peut donc être utile à des gens. Mais aussitôt que la pandémie sera derrière, ils vont sortir à nouveau, retourner à leurs habitudes… Et les cotes d’écoute vont redescendre. »

L’évènement le plus sous-estimé au Québec

Ce jeudi soir, l’animateur nous invite à une émission spéciale où il va décréter officiellement « l’évènement le plus sous-estimé » de l’histoire du Québec ! « En discutant en réunion de production, on s’est dit qu’il existe des faits dans notre histoire de prime abord insignifiants, mais qui ont eu un impact décisif et défini la société québécoise. Comme si l’insignifiance du moment avait fait ombrage à leur portée historique. »

Un panel de cinq personnalités de divers horizons a choisi chacun son moment sous-estimé. Et ils vont débattre avec fougue de celui qui est le plus marquant pour le Québec d’aujourd’hui. L’ouverture du Dollarama à Matane ; le but refusé d’Alain Côté, lors du match du Canadien contre les Nordiques en 1987 ; l’expression « si la tendance se maintient », lancée par Bernard Derome aux élections du 15 novembre 1976 ; les premiers restaurants chinois à Montréal ; et finalement, le débat sur la couleur de la margarine, qui a duré 20 ans. « Qu’un peuple s’obstine pendant un siècle sur le pays, je peux comprendre. Mais 20 ans sur de la margarine ! »

L’historien Laurent Turcot va agir comme « éminence grise » pour inscrire ces moments sous-estimés dans le grand contexte historique. Tandis que MC Gilles et Chantal Lamarre commenteront les envolées du panel. Tout cela, dans un beau mélange de sérieux et de désinvolture qui sont la marque de l’émission.

Deux décennies à l’antenne

Mine de rien, l’émission d’information humoristique hebdomadaire, que Jean-René Dufort a créée avec Stéphane Laporte, en est déjà à sa 21e saison. L’animateur en est le premier surpris. « Au début, je pensais qu’Infoman durerait à peine six mois », dit celui qui, à l’époque, venait juste de laisser La fin du monde est à sept heures, autre émission culte de notre télé.

On lui demande souvent pourquoi il ne vend pas le concept d’Infoman à l’étranger.

Tout simplement parce qu’il n’y a pas de concept. Infoman, c’est une chaudière vide qu’on remplit sans cesse avec le contenu de l’actualité. Et c’est probablement pour ça qu’on peut avoir l’impression de découvrir une nouvelle émission chaque semaine.

Jean-René Dufort

S’il n’y a pas de concept, Infoman a, bien sûr, un ton sarcastique et une couleur originale. Celle-ci est teintée par la personnalité de son animateur et de ses deux complices : Chantal Lamarre, l’éternelle pince-sans-rire, qui fait partie de l’émission depuis le début ; et MC Gilles, qui y collabore depuis environ 15 ans.

« Je ne pourrais jamais être autre chose que moi-même », avait confié Jean-René Dufort à La Presse, lors du lancement d’Infoman, le 13 octobre 2000. « Moi », c’est ce drôle de gars, à la fois sérieux et givré. Un curieux croisement entre un scientifique et un clown, un vulgarisateur rigoureux et un adolescent baveux. « Il y a peu de différences entre le Jean-René que vous voyez à la télé et le Jean-René dans la réalité. Je suis “ostineux” dans la vie autant qu’à la télé… Au grand dam de mes proches. »

En réunion avec son équipe les lundis matin, l’animateur se demande toujours s’il aura assez de contenu pour remplir l’émission du jeudi… Or, chaque fois, depuis 20 ans, l’actualité le comble. Par exemple, ce qui est arrivé à Washington le 6 janvier, avec l’insurrection du Congrès par des partisans du président Trump. Est-ce difficile de traiter avec légèreté des sujets aussi troublants ?

« C’est sûr qu’il y a des sujets plus délicats que d’autres, dit-il. Mais il y a toujours un angle, un regard oblique pour aborder les sujets difficiles. Ce chaman QAnon, le visage peinturé et habillé avec un casque à cornes de Viking ; ou cet autre ‟hobo » pro-armes, les pieds sur le bureau de Nancy Pelosi, c’est surréaliste ! Il y a quelque chose de grotesque là-dedans. Et le grotesque, ça me va très bien. »

Et l’actualité dépassera toujours la fiction.

Infoman, jeudi à 19 h 30 sur ICI Télé, en reprise dimanche à 22 h 55.