Je sais, c’est désagréable, mais remontez dans vos souvenirs de fin mars, début avril. Écoles fermées, garderies inaccessibles, interminables files devant les épiceries et les pharmacies, panique du papier de toilette au Costco, pénurie de farine et de tomates en boîte, commerces placardés et hécatombe dans les CHSLD.

Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

Vraiment, nous avons tous joué dans un très mauvais film d’horreur. La suite de ce long métrage pandémique, qui pourrait s’appeler De garde 28 jours plus tard, n’est pas plus joyeuse, mais moins pénible. On peut aujourd’hui passer chez le barbier, déposer ses enfants au collège, s’offrir un massage et même faire un pèlerinage au Carrefour Laval.

Aussi, l’industrie télévisuelle n’a pas été mise sur pause, contrairement au printemps dernier. Si je me fie à vos nombreux messages, plus que jamais, ce divertissement est nécessaire – et même salutaire – dans vos vies chamboulées par le virus.

C’est important, en effet, de conserver des points d’ancrage quand tout bouge autour de nous. Oh, c’est Tout le monde en parle ce soir ! Excellent, L’échappée rouvre ses portes ! On s’accroche à tous les petits bonheurs qui passent.

Sachez que les artisans de la télé québécoise ont rivalisé d’ingéniosité pour nous offrir des émissions de qualité, dans des conditions de travail pas évidentes.

Prenons Discussions avec mes parents de Radio-Canada. Durant l’épisode diffusé lundi soir, François Morency a présenté sa nouvelle copine millionnaire à sa famille. Frère, sœur, beau-frère, belle-sœur, papa et maman l’écoutaient, bien cordés sur le sofa. Immédiatement, le réflexe covidien a été activé : « Ben là, y se tiennent pas à deux mètres, eux autres » ?

PHOTO KARINE DUFOUR, FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Un plexiglas a été utilisé lors du tournage de Discussions avec mes parents, notamment dans les scènes de souper ou celles de réunion dans le salon.

Oui et non. Au moment du tournage à l’été, des plexiglas ont été suspendus entre les acteurs de la sitcom. Ces séparateurs transparents, comme ceux qui isolent François Legault du DArruda en point de presse, ont ensuite été effacés en postproduction.

Il a fallu recourir aux plexiglas plusieurs fois dans Discussions avec mes parents, notamment dans les scènes de souper ou celles de réunion dans le salon. À la maison, nous n’y voyons que du feu.

« Sauf que ça coûte plusieurs milliers de dollars par épisode pour effacer ces plexiglas », note le producteur de Discussions avec mes parents, Guillaume Lespérance.

PHOTO KARINE DUFOUR, FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Un autre truc pour estomper la distanciation physique consiste à filmer la même scène plusieurs fois, avec des comédiens différents, à l’aide d’une caméra fixe. Au montage, on superpose les séquences, ce qui donne l’illusion que tous les acteurs étaient réunis dans la même pièce, au même moment.

Plus les semaines progressent dans Toute la vie et District 31, moins les « deux mètres » paraissent à l’écran, je trouve. N’oubliez pas non plus que des comédiens d’une même bulle (oui, comme à l’école) peuvent se tenir à un mètre et qu’ils disposent de 15 minutes par jour pour filmer des séquences de câlins ou d’étreintes. Les baisers et l’intimité conjugale restent interdits, ordre de la Santé publique.

Parlant de District 31, j’adore le nouvel axe du mal formé par Louis Bourgoin (Stéphane Demers), l’ancien chef du SPGM devenu sous-ministre, et l’increvable Mélissa Corbeil (Brigitte Paquette) du Service des enquêtes indépendantes (SEI). Ces deux-là veulent la peau de Patrick Bissonnette (Vincent-Guillaume Otis) et Daniel Chiasson (Gildor Roy). Réussiront-ils à dégommer la gang du 31 ? Ça m’étonnerait. Reste qu’il ne faut pas sous-estimer l’acharnement de Mélissa Corbeil. Ce personnage est formidable.

Lundi et mardi, nous avons vu les premiers épisodes de L’échappée et 5e Rang tournés avec la panoplie de consignes à respecter. L’échappée de TVA a bien intégré le protocole sanitaire sans que ça nous agace. Au sujet de L’échappée, j’aurais dû écrire mercredi que Mylène Chollet en était l’auteure principale et qu’elle pouvait compter sur un « pool » de cinq coscénaristes pour imaginer les intrigues. Voilà, c’est précisé.

Parlons de 5e Rang, maintenant. Une fois le choc thermique estival encaissé, aviez-vous vu venir le punch ? Pour les retardataires, l’alerte au divulgâcheur s’installe ici comme un mauvais souvenir de Réginald (Maxime de Cotret) et sa casquette sale.

Donc, est-ce possible que le tueur en série de Valmont soit Léopold (Claude Prégent), l’ancien chef de police du village et père de la pétillante Gladys (Julie Roussel) ? Me semble que ça serait trop facile, non ?

En même temps, la théorie se tient. Léopold n’a jamais résolu toutes ces disparitions de femmes dans les années 80 et, en tant que policier, il sait comment brouiller les pistes. Aussi, quand Gladys et Fred (Maxim Gaudette) ont rouvert l’enquête, Léopold s’est montré super agacé, de façon louche.

Dans une scène de cave à la Mémoires vives, on a également vu Léopold devant une armoire remplie de vieux objets semblant avoir appartenu aux victimes, dont la fameuse chaussure jaune de la grange, dont Marie-Christine (Julie Beauchemin) se souvient vaguement. Marc Trempe (Marc Béland) a vendu le même modèle de Converse à Chloé (Jade Charbonneau) la saison dernière. Ce n’est pas un détail anodin.

Alors, Léopold a-t-il gardé ces artéfacts a) par amour pour une des défuntes, b) pour se constituer un tableau de chasse de psychopathe ou c) pour s’assurer de ne jamais oublier cet échec professionnel ?

J’ouvre les lignes et je prends le septième appel !