Que ce soit à l’animation de La voix, La voix junior ou Bijoux de famille, Charles Lafortune accompagne les Québécois rivés devant leur petit écran les dimanches soir depuis sept ans sur les ondes de TVA. Le vice-président contenu et création de la boîte de production Pixcom passe pourtant 90 % de son temps à dénicher des concepts télé au Québec comme à l’étranger. Rencontre avec le producteur derrière l’animateur populaire.

Stéphanie Vallet
Stéphanie Vallet La Presse

Il y a un peu plus de six ans, Charles Lafortune a reçu une offre qu’il ne pouvait refuser : reprendre avec Nicolas Merola et Sylvie Desrochers les rênes de Pixcom, la boîte de production fondée par Jaquelin Bouchard. L’animateur du Cercle n’a pas tardé à découvrir son côté entrepreneurial et a pris goût à développer des séries comme La faille, Alerte Amber, Victor Lessard, Le monstre, des émissions comme L’indice Mc$ween, ou des documentaires comme Meurtriers sur mesure.

« Mon métier de producteur, d’idéateur, est ce qui me nourrit le plus et occupe le plus mon quotidien. L’animation de La voix, ça me prenait 30 jours par année et on a fait Bijoux de famille en 7 jours ! », précise Charles Lafortune, enthousiaste à l’idée de pouvoir se pencher constamment sur de nouveaux projets.

« On est allés vendre La faille à Berlin. Nicola Merola riait parce que je pitche comme un animateur de télé, en faisant même les personnages ! C’est super le fun comme exercice. Comme animateur, ce n’est pas que j’ai fait le tour du jardin, mais… à 51 ans, le métier de producteur est encore nouveau pour moi », confie-t-il.

À La voix, mon défi n’est pas d’animer. C’est d’être dedans, de voir les gens aller et d’être encore touché, même après 10 ans.

Charles Lafortune

Avec Bijoux de famille, sa nouvelle émission diffusée depuis dimanche dernier à TVA, Charles Lafortune peut porter à la fois la casquette de producteur exécutif et celle d’animateur. « Avec Martin Roy [producteur chez Pixcom], on voulait faire [une émission de] variétés d’humour. Mais on voulait quelque chose de différent d’un concours d’humour ou de juste présenter des numéros. Avec la COVID-19, on s’est tous dirigés vers l’humour et la facilité d’avoir une seule personne sur scène. On voulait une twist qui permettrait d’avoir de la discussion où tout le monde pourrait se reconnaître. Au début, je ne devais même pas animer ! », confie Charles Lafortune qui se sentira bien trop interpellé par ce concept pour le confier à quelqu’un d’autre.

« Ça m’arrive plus souvent en fiction. Je me dis : je jouerais bien ce rôle-là ! C’est arrivé récemment dans Alertes (spin-off d’Alerte Amber qui sera diffusé l'hiver prochain) avec le personnage du sergent-enquêteur Pelletier. Je le lisais et je me disais : une chance que c’est Danny Gilmore qui l’incarne parce que je l’aurais bien fait ! », précise Charles Lafortune.

Il faut dire que rien ne le prédestinait à une carrière dans le monde de la télévision. Avec une mère orthopédagogue et un père agent d’immeubles, il rêvait d’être pilote d’avion ou, pourquoi pas… notaire.

« Dans Bijoux de famille, je fais un monologue sur mon frère pour dire à quel point je suis un loser par rapport à lui ! », blague Charles Lafortune en évoquant la profession de son frère. « Il est dans le conseil privé de Justin Trudeau et il a déjà été le secrétaire d’État à la défense à l’ONU ! », s’exclame-t-il fièrement. Puis, comme grand nombre de ses confrères, Charles Lafortune tombe amoureux du jeu en goûtant à l’improvisation. Trois mois après sa sortie du Conservatoire d’art dramatique, sa carrière décolle alors qu’il décroche son premier gros contrat avec Watatatow, juste après une apparition à L’amour avec un grand A.

En décalage avec son image

Le décalage entre l’image de Charles Lafortune et son quotidien est assez frappant. Et l’animateur aux 14 trophées Artis en est bien conscient.

Moi, je suis un animateur populaire. Je l’assume. Alors quand je vais à la LNI et que je me glisse dans la peau d’un gars qui vient de se shooter de l’héroïne, disons que ça surprend !

Charles Lafortune

« La perception du public n’est pas entièrement erronée. Il y a une partie de moi qu’on voit, mais aussi une autre qu’on ne voit pas. À une époque, je fumais et les gens n’en revenaient pas ! Je crois que c’est parce que j’ai travaillé avec des enfants avec L’école des fans ou La classe de 5e. J’ai un peu l’image du gendre idéal. En plus, j’ai un enfant handicapé. Les gens me disent : on vous voit faire La voix, puis après on écoute Autiste, maintenant majeur et on se dit : My God, comment vous faites pour faire tout ça ! », précise le producteur.

Depuis qu’il a ouvert ses portes aux caméras pour filmer son quotidien avec son fils Mathis dans la série documentaire Autiste, bientôt majeur (2019), puis Autiste, maintenant majeur (2020), Charles Lafortune observe un certain changement dans la perception du public.

Mais l’animateur et sa conjointe, la comédienne Sophie Prégent, ont longtemps hésité à faire partager leur intimité pour mieux sensibiliser le public à l’autisme.

« J’ai été sept ans à travailler à la radio et je ne savais pas de quoi j’allais parler en ondes. Parce que moi, les parties de hockey, faire le party à la maison, je ne savais pas ce que c’était. J’avais le syndrome de l’imposteur, je ne voulais pas emmerder le monde avec ce que je vivais chez nous. Mais plus aujourd’hui. Récemment, quelqu’un m’a demandé si je n’avais pas peur d’avoir associé à l’autisme. Je m’en c..., c’est ça qui m’est arrivé dans la vie ! Quand je vais animer, c’est ma zone de liberté. Je n’ai plus à m’occuper que de moi », conclut Charles Lafortune, qui vient de lancer la fondation Autiste & Majeur.