Depuis son élection, en 2016, Donald Trump inspire les scénaristes de la télé américaine. Comment le 45président s’est-il infiltré dans leurs histoires ? Et surtout, comment la fiction peut-elle rivaliser avec ce qui se passe à la Maison-Blanche ?

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Que faire d’un président imprévisible comme Donald Trump, qui insulte les gens, tweete à toute heure du jour ou de la nuit et n’obéit à aucune règle ? Évidemment, le président des États-Unis est le pain et le beurre des talk-shows de fin de soirée et des émissions humoristiques comme Saturday Night Live. Mais comment traduire dans la fiction le climat toxique qui règne à Washington ? « Difficile pour une émission de faire quelque chose de plus divertissant que la présidence Trump », reconnaît David Grondin, professeur de communications à l’Université de Montréal.

S’il y a une série qui a pris l’ère Trump à bras-le-corps, c’est bien The Good Fight, qui met en vedette la fabuleuse Christine Baranski dans le rôle de l’avocate Diane Lockhart.

Dès la deuxième saison, Diane évoque la destitution du président. À la troisième, son personnage est complètement obsédé par Donald Trump et grossit les rangs d’une société secrète de femmes qui fomentent un plan pour le renverser. Dans le premier épisode de la quatrième saison, Diane rêve que Hillary Clinton a été élue. Le réveil sera brutal…

En entrevue avec le magazine Variety, le créateur de la série, Robert King, a expliqué qu’il voulait que la quatrième saison parle du fait que Trump avait changé toutes les règles du jeu, que les règles de droit telles qu’on les connaissait ne tenaient plus. Ce qui n’est pas simple pour une émission qui se déroule dans un cabinet d’avocats, disait-il en substance. Comme le déclare l’un des personnages de la série : « Il n’y a plus de règles. Trump les a prises, les a brûlées et il a ch… sur les cendres. »

Quand Trump vole les punchs

The Good Fight n’est pas la seule série qui a réagi à l’élection de Donald Trump.

House of Cards, qui a atterri sur Netflix en 2013, présentait à l’époque des situations qui nous semblaient tirées par les cheveux : fake news, politiciens russes véreux, réalités parallèles, effondrement moral… Puis Donald Trump a été élu – et la réalité a dépassé la fiction.

Dans la cinquième saison, en ondes au printemps 2017, on trouve quelques échos à la réalité, comme cette loi anti-immigration poussée par Frank Underwood et les manifestations d’électeurs qui scandent « Not my president… » au lendemain de son élection. Interviewée au Festival de Cannes, l’actrice Robin Wright – qui incarnait le personnage de Claire Underwood, femme du président – a confié ceci : « Trump gâche House of Cards, il vole toutes nos idées… »

PHOTO TIRÉE DE GOOGLE IMAGES

Julia Louis-Dreyfus, dans Veep

Une boutade qui rejoint un peu les remerciements de l’actrice Julia Louis-Dreyfus lors de la cérémonie des prix Emmy, en 2016. « J’aimerais profiter de ce moment pour m’excuser personnellement pour le climat politique actuel », a déclaré l’interprète de Selima Meyer. « Je pense que Veep [série qui dépeint une bande d’incompétents au pouvoir] a démoli le mur entre la comédie et la politique. Notre série a commencé comme une satire politique et, là, ça ressemble à un documentaire… »

Élite libérale

The Comey Rule a été la première série dramatique à mettre en scène le président Trump, interprété par l’acteur Brendan Gleeson. Présentée sur Showtime et offerte sur Crave, elle est basée sur le livre de James Comey, directeur du FBI de 2013 à 2017 et responsable de l’enquête sur les courriels d’Hillary Clinton.

Will & Grace et Broad City ont également fait référence au président, sur le ton de l’humour cette fois. Dans Broad City, on faisait entendre un bip chaque fois que le nom de Donald Trump était prononcé, un peu comme lorsqu’on veut masquer un gros mot.

À l’exception du bref retour à l’écran de Roseanne, le ton de la plupart des séries était plutôt anti-Trump. De quoi conforter les républicains dans leur conviction que Hollywood est le refuge de l’élite libérale…

« Les scénaristes s’imprègnent de ce qu’ils observent et de ce qu’ils vivent, note la stratège en communications Martine St-Victor. C’est un type de choix éditorial. »

Il y a aussi toutes ces séries qui, sans mettre en scène le président comme tel, ont évoqué le vent de conservatisme qui souffle sur les États-Unis : The Plot Against America, basée sur le roman de Philip Roth et scénarisée par David Simon (The Wire).

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Le costume des servantes, tunique rouge et chapeau blanc, de The Handmaid’s Tale (La servante écarlate) a été récupéré par des militantes lors de manifestations anti-Trump, comme celle-ci devant la Cour suprême des États-Unis, à Washington.

Et bien sûr The Handmaid’s Tale, inspirée du célèbre roman de Margaret Atwood. Cette série, qui décrit une société dans laquelle les femmes ont perdu tous leurs droits, est revenue à l’avant-plan de l’actualité récemment avec le processus de nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême. « Cette série est une métaphore de la situation actuelle », note le professeur David Grondin. Rappelons que le costume des servantes, tunique rouge et chapeau blanc, a été récupéré par des militantes dans des manifestations anti-Trump.

Télévision mobilisée

Plus les élections approchent et plus la télé américaine s’implique dans le débat politique. Le 15 octobre dernier, l’équipe originale de la série-culte The West Wing (à l’exception de John Spencer, mort en 2005) s’est réunie pour présenter l’épisode Hartfield’s Landing sur scène. La captation de cet épisode qui invite les gens à exercer leur droit de vote était présentée par l’organisme When We All Vote, que copréside Michelle Obama. Elle a été diffusée sur HBO Max (malheureusement pas offert au Canada).

PHOTO FOURNIE PAR HBO, ASSOCIATED PRESS

Sterling K. Brown et Bradley Whitford dans l’épisode Hartfield’s Landing de la série-culte The West Wing présenté sur scène, dont la captation invite les gens à exercer leur droit de vote.

D’autres émissions visant à faire voter les électeurs ont emboîté le pas : une réunion spéciale de la bande de Happy Days ou encore Essential Heroes : A Momento Latino Event, émission spéciale qui soulignera la contribution de la communauté hispanophone à la société américaine. Elle sera présentée par l’actrice et productrice Eva Longoria le 26 octobre, soit une semaine avant le jour du vote.

« Je n’ai jamais vu une telle mobilisation à la télé, observe Martine St-Victor, qui suit de près l’actualité américaine. Il faut dire que l’heure est grave. »