En pause forcée de spectacles et en arrêt salutaire de La voix, Marc Dupré découvre un nouveau lui, plus posé et plus à l’écoute, à la barre de l’émission En studio, qui commence dimanche à TVA. Et il en est bien content.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Pas facile d’organiser une entrevue avec Marc Dupré par les temps qui courent. Pour la photo, le seul moment qu’on a pu trouver était dimanche dernier, quelques heures avant la finale de La voix. Nous nous sommes ensuite parlé au téléphone mardi pendant son heure de repas, directement d’un des studios où est enregistrée l’émission En studio, dont le tournage est commencé depuis le mois d’août.

« Si je suis l’homme le plus occupé en ville ? En ce moment, oui, mais je ne sais pas si ça va durer, nous répond-il. Et j’ai tellement de fun ! Je suis tombé sur quelque chose qui m’allume. Là, je viens de terminer un tournage, je t’appelle, et c’est encore tout frais dans ma tête, ce que je viens de vivre. C’est quelque chose. »

Adaptation de l’émission The Recording Studio, En studio offre aux participants de monter de manière professionnelle une chanson significative pour eux, de l’enregistrer et de l’offrir à la personne de leur choix. Trois histoires par émission sont présentées, et chaque démarche est tournée pratiquement en temps réel. Beaucoup de travail, donc, mais on sent que Marc Dupré est complètement investi dans le processus.

Son rôle ? Accompagner les participants et les aider à arriver à un résultat. « Je veux aller au bout de cette affaire et ils savent que je peux faire ça pour eux. » Et les écouter, a-t-il vite constaté.

Je ne pensais pas que j’avais une aussi grande écoute. C’est quelque chose de nouveau que je n’avais peut-être pas encore dans mon coffre à outils, et que j’ai utilisé beaucoup plus. Là, je sens moins qu’il faut que je dise quelque chose absolument, je peux vivre avec des silences, alors qu’avant, il fallait toujours que je meuble.

Marc Dupré

Résultat : les gens s’ouvrent à lui de manière inattendue, avec abandon et « sans bullshit », comme s’il était « un ami ». Il leur offre en retour empathie et réconfort, et en sort remué chaque fois.

« Honnêtement, on ne fait pas juste enregistrer une chanson. C’est beau, doux, drôle, touchant. Je me fais prendre au jeu chaque fois et j’ai souvent les larmes aux yeux, ce qui n’est pas quelque chose qui m’arrive tant d’habitude. Je suis plutôt du genre à accumuler beaucoup, puis à pleurer une grosse “shot” pour libérer tout ça dans mon char en montant quelque part. »

Il l’avoue, il a été fasciné par le fait que chaque parcours est aussi exceptionnel qu’unique. « Je pensais que ma vie était spéciale, mais chaque jour on me rappelle à quel point je suis chanceux. » Chaque histoire, dit-il, l’a touché profondément.

Des fois, je me dis : je suis-tu en train de me faire du bien à moi ? Qu’est-ce qui se passe ? Au début, je ressentais une grosse pression, je me demandais si j’étais capable, mais rapidement, ce feeling est parti. Je me suis dit : calik, c’est donc bien l’fun, je me sens donc bien à ma place.

Marc Dupré

Il a vite compris aussi qu’il fallait laisser le plus de place possible à la spontanéité. Dès les premiers jours de tournage, il a établi une chose : pas question de reprendre et reprendre les prises pour atteindre la perfection technique. Il lit le minimum sur l’invité, veut se laisser surprendre et, surtout, que cette émotion transparaisse à l’écran.

« À la seconde où je croise la personne, je veux que ce soit vrai tout le temps. Quand j’ouvre le rideau et que le cadeau est là… Je ne peux pas l’ouvrir deux fois, parce que ça va paraître dans ma face gros comme le bras ! On ne pourra pas croire non plus à la réaction de la personne. »

Passer à autre chose

Après 10 ans comme coach à La voix, on peut dire que le nouvel animateur a acquis pas mal de métier en télé. Oui, répond-il, même s’il a toujours un peu peur. « Pas une peur négative, c’est que je prends ça au sérieux. » Si l’expérience de La voix a contribué à lui donner confiance et qu’il a adoré ces années passées assis dans son fauteuil rouge – « je ne voudrais pas que ça sorte comme si je n’étais pas fier de moi, parce que je suis vraiment fier de moi » –, il constate quand même qu’il était temps de « passer à autre chose ».

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Marc Dupré

Je ne me sentais plus aussi… [Il cherche ses mots.] Je me trouvais moins bon. Et ça, je n’aime pas ça. J’aime toujours avancer vers quelque chose de meilleur, apprendre, et je cherchais là quelque chose qu’il n’était plus possible d’avoir. Ça fait du bien, un petit break.

Marc Dupré

Manquait-il de fraîcheur, de sincérité ? « De sincérité, non. De fraîcheur, probablement. Et la notion de concours commençait à peser lourd sur mes épaules. Quand quelqu’un perdait, c’est moi qui perdais. Je ne savais plus comment réagir. En plus, je suis un winner, moi, et un mauvais perdant ! Alors perdre non-stop… j’aime pas ça me faire “knocker” ! »

Avec En studio, il retrouve une certaine naïveté, se trouve moins crispé, plus posé, et il a l’impression que ce nouveau siège le définit bien. « Je fais ce projet parce qu’il me ressemble et parce qu’il correspond à où je suis rendu », dit le chanteur de 47 ans, qui n’abandonnerait jamais la scène pour se consacrer uniquement à la télé.

« Ah non, vraiment pas. Déjà là, je suis chanceux parce que je fais les deux : de la musique à la télé. On m’aurait offert un show qui n’a aucun rapport avec ce que je suis, j’aurais dit non. Ma femme n’aurait pas voulu non plus parce qu’elle me connaît. »

Il a d’ailleurs difficilement encaissé l’annulation des spectacles à cause de la pandémie, lui qui avait une grosse tournée des festivals prévue l’été dernier.

« J’ai l’impression d’avoir travaillé longtemps avant d’avoir cette erre d’aller. J’en ai fait beaucoup, des shows, et j’ai souvent eu bien de la misère à gérer ça mentalement, les tournées, La voix, la famille… Des passes, je ne me rendais pas trop compte de tout ce qui arrivait et je me disais : je suis-tu en train de virer fou ? Mais à un moment donné, il n’y a pas si longtemps soit dit en passant, j’ai comme trouvé l’équilibre. »

Émotion

Si la scène lui manque, Marc Dupré comprend bien sûr la situation. « Tout le monde vit la même chose et j’ai la chance de continuer à travailler. Au début, je trouvais ça compliqué, les mesures sanitaires pendant les tournages. Mais après deux jours, c’est devenu naturel, maintenant je sais exactement quoi faire pour protéger les autres et être protégé. » En travaillant, il tourne aussi moins en rond chez lui…

« C’est ça ! J’aime mieux brailler dans mon studio que brailler dans mon sous-sol ! Mais là, ce n’est pas pareil, ce sont des larmes de joie, de beau. »

On se demande quand même comment il fait pour résister à un tel déferlement d’émotion.

Je te jure, ça fait du bien… L’émotion, c’est ce qu’il y a de plus beau dans la vie. Tu ne te trompes jamais quand tu t’écoutes au moment où ça se passe.

Marc Dupré

Il a même remarqué que certains musiciens – qui changent à chaque émission selon les besoins, même chose pour les réalisateurs – ont versé des larmes pendant qu’ils jouaient.

« Un de mes amis, jamais je ne l’avais vu pleurer de ma vie. Je me suis dit : tabarnouche, qu’est-ce qu’on vit là ? Mais les musiciens, ils sentent qu’ils font partie du cadeau. Rien n’est forcé, personne ne vient ici pour gagner. On veut juste, tout le monde ensemble, que ce soit un succès pour la personne qui est là. »

Bref, on parle ici d’une vraie émission « feel good ». « Exactement. La pandémie, c’est “rough”, je pense que ça va faire du bien aux gens. Et il y a les chansons : la musique, ça guérit, c’est essentiel et ça nous accompagne dans tellement de moments significatifs. Je ne compte plus toutes les fois où la musique m’a sauvé la vie. »

La conversation s’achève, Marc Dupré est toujours aussi enthousiaste et s’apprête à retourner au boulot pour l’après-midi. Combien d’émissions lui reste-t-il à tourner ? lui demande-t-on avant de raccrocher. « Beaucoup ! Je ne sais pas, je suis tellement dedans… C’était correct de faire l’entrevue aujourd’hui, c’était un bon temps, j’avais le goût d’en parler. Là, j’entends de la flûte traversière… ce qui s’en vient va être spécial ! »