Les fans de la sitcom américaine Brooklyn Nine-Nine n’apprécieront pas la version québécoise Escouade 99, offerte depuis jeudi sur le Club illico de Vidéotron. Pourquoi ? Parce qu’ils ont déjà tout vu ça en anglais, avec plus de rythme et de budget.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

La séquence des gags, les traits de caractère des personnages, les décors vieillots, c’est pareil, pareil. Il ne s’agit pas tant d’une adaptation que d’une nouvelle version (remake) d’une comédie qui date déjà de sept ans.

PHOTO MICHAEL PINEAULT, FOURNIE PAR CLUB ILLICO

Mylène Mackay, Fayolle Jean Jr, Mickaël Gouin, Bianca Gervais, Louis Champagne et Guy Jodoin font partie de la distribution d’Escouade 99.

J’ai visionné les cinq premiers épisodes d’Escouade 99, que j’ai comparés aux cinq premiers de Brooklyn Nine-Nine, enregistrés en 2013. Il faut ce qu’il faut dans notre métier de chroniqueur. On ne recule devant rien, même les expériences les plus périlleuses.

Voici le verdict : les deux séries sont quasi identiques, presque du copier-coller, blague pour blague. Les noms des protagonistes ont été modifiés et c’est à peu près tout.

Le premier épisode d’Escouade 99 raconte l’entrée au poste 99 du commandant Raymond Célestin (Widemir Normil), un patron psychorigide et gai, qui se cogne à la personnalité juvénile du détective vedette Max Lemieux (Mickaël Gouin), campé par Andy Samberg dans la version originale. Rajoutez ici l’imitation du robot, le badge porté au cou, le concours d’arrestations, le vol au magasin d’électronique, le jamón ibérico à 6000 $, le truand serbe, et vous avez Brooklyn Nine-Nine campé à Limoilou, un quartier de la ville de Québec.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE L’ÉMISSION

La distribution de Brooklyn Nine-Nine

Parenthèse, ici. Les multiples pointes sur les Nordiques, ça va, je pense qu’on a fait le tour, merci. Les auteurs auraient pu se forcer pour dénicher des références plus actuelles associées à la Vieille Capitale.

J’ai vu la moitié d’Escouade 99 et ça ne paraît pas énormément que les tournages ont été effectués dans les rues de Québec, si on exclut les images obligatoires du pont Pierre-Laporte de type carte postale.

De retour au poste 99, le deuxième épisode raconte l’épopée du graffiteur phallique, le troisième s’intéresse au programme de réinsertion des ados délinquants, le quatrième présente la médecin légiste (et ses cubes de glace), tandis que le cinquième porte sur le vautour des crimes majeurs (épatant Olivier Martineau).

Aux États-Unis, Brooklyn Nine-Nine n’a jamais obtenu l’influence de Seinfeld ou décroché les cotes d’écoute supersoniques de Friends, par exemple. Ça demeure une émission de niche, qu’une majorité de téléspectateurs francophones ne connaissent pas.

Et est-ce que les non-initiés embrasseront la proposition du réalisateur Patrick Huard ? Oui, sans doute. Mais il faut aimer l’absurde et le « slapstick » pour embarquer dans Escouade 99.

C’est gros et c’est très nono à la manière de La Maison-Bleue, mais avec plus de malaises et de silences. C’est assez réussi, je dirais, et fidèle à l’esprit décalé de Brooklyn Nine-Nine, qui compte sept saisons.

Chacun des personnages d’Escouade 99 est hyper stéréotypé. Il y a la sergente-détective trop dévouée (Mylène Mackay), le flic niaiseux (Louis Champagne), le policier maladroit (Guy Jodoin), l’enquêteuse fâchée (Bianca Gervais), la secrétaire aérienne (Léane Labrèche-Dor) et le lieutenant artiste (Fayolle Jean Jr). Tous des mésadaptés sociaux, on va se le dire.

IMAGE TIRÉE DE L’ÉMISSION ESCOUADE 99

Mickaël Gouin, Widemir Normil, Jean-Marc Dalphond et Bianca Gervais dans Escouade 99 sur Club illico

Le comique provient des rapports que nouent ces sympathiques collègues – et amis – dissemblables, comme dans The Office.

Maintenant, la controverse. Rosa Diaz de Brooklyn Nine-Nine a été transformée en Rosalie Boucher (Bianca Gervais), tandis qu’Amy Santiago est devenue Fanny Lizotte (Mylène Mackay). Deux actrices latines remplacées par deux actrices blanches.

Évidemment, il aurait été préférable de confier ces rôles à des femmes hispaniques, tant qu’à bricoler une version aussi proche de l’original. Heureusement, Mylène Mackay et Bianca Gervais ne font pas honte à leurs collègues américaines. Bonus : les deux plus haut placés du poste 99 se parlent en créole, ce qui n’existe pas dans Brooklyn Nine-Nine.

Mention spéciale à Léane Labrèche-Dor, qui a su insuffler sa touche bien à elle à sa secrétaire bizarre sans la dénaturer. Mylène Mackay est aussi excellente, mais je préfère le jeu plus coulant d’Andy Samberg à celui de Mickaël Gouin.

Chiffrier de la semaine

Mardi costaud pour les émissions de fiction. À Radio-Canada, Toute la vie (762 000) et 5Rang (815 000) ont gagné leur case horaire en devançant respectivement Le bon docteur de TVA (674 000) et la captation du spectacle Torture de Jean-Marc Parent à TVA (548 000). District 31 a caracolé au sommet avec ses 1 602 000 mordus et Le tricheur a frôlé le million (967 000).

Mercredi soir, le premier épisode de C’est comme ça que je t’aime a été vu par 592 000 personnes, se faufilant devant Rue King de TVA (531 000). La semaine des 4 Julie sur Noovo est montée à 316 000 curieux.

À 20 h, victoire des Enfants de la télé (717 000) sur La recrue de TVA (632 000). Eh oui, les cotes d’écoute de District 31 ont continué de grimper (1 662 000).