Vendredi, par un beau matin frisquet et ensoleillé, une petite équipe de tournage s’activait sur une terre agricole de Laval, le long de la rivière des Mille Îles. C’est là qu’est tournée l’émission Les mutants, série jeunesse phare de la rentrée de Télé-Québec.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Les comédiens Rémy Girard et Elkahna Talbi répétaient une scène dans la grange, derrière leur masque et leurs lunettes de protection. Et à l’autre bout du terrain, le réalisateur Yann Tanguay faisait un peu de repérage près d’une vieille roulotte. Il y tournera des scènes à la fin du mois de septembre. Il s’y prend d’avance, car tourner en temps de COVID-19 nécessite planification… et ajustements.

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Yann Tanguay, l’un des réalisateurs des Mutants, fait du repérage sur les lieux de tournages.

« L’an passé, on avait cinq acteurs dans la roulotte et nos deux caméras ici, explique Yann Tanguay en montrant l’intérieur de la petite roulotte. En temps de COVID, on a seulement un acteur ici. Ou peut-être deux, si on peut laisser la porte ouverte… » Le réalisateur cogite sur le tournage d’un souper romantique dans cette même roulotte… à deux mètres de distance. Lourd, tout ça ? Yann Tanguay ne s’en plaint pas. Au contraire, ça pousse à se réinventer, dit-il.

C’est tout un casse-tête, mais étrangement, j’adore ça !

Yann Tanguay, l’un des réalisateurs des Mutants

On sentait bien la bonne humeur vendredi au sein de l’équipe, heureuse de pouvoir (enfin) travailler. Comme la plupart des séries télévisuelles au Québec, on a repris les tournages des Mutants cet été tout en s’adaptant à la nouvelle réalité de la pandémie. L’équipe a d’abord terminé le tournage de la première saison, interrompu par le confinement, puis s’est lancée dans la deuxième saison, dont le scénario a été modifié pour respecter les directives de santé publique.

Pensée pour les jeunes de 8 à 10 ans, mais tout aussi captivante pour les plus vieux, Les mutants est une quotidienne qui raconte l’histoire de deux frères (Léo et Tom) parachutés chez leur grand-père Zouvi (Rémy Girard) pour l’été. Tom, garçon anxieux, se lie d’amitié avec Zoé et Marcus, qui présentent respectivement un TDAH et le syndrome d’Asperger. Le trio découvre que la famille portée disparue dans le village se cache dans une grange, parce qu’elle a amorcé, sans comprendre pourquoi, une mystérieuse transformation. Les particularités neurologiques des jeunes sont « intégrées dans l’histoire, pas soulignées à grands traits, nous explique la productrice Martine Quinty. C’est là, pis c’est de même. » L’objectif de la série : aider les jeunes à réguler leur anxiété.

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L’équipe de tournage prend bien soin de Rémy Girard, âgé de 70 ans.

Rémy Girard recommence donc à travailler après une pause forcée de six mois qu’il a passée dans les Cantons-de-l’Est avec sa femme et son fils. S’il n’était pas à plaindre en confinement, dit-il, il est « très heureux » de retrouver les plateaux de tournage. Les mutants constitue pour lui un retour aux émissions jeunesse. Il n’en avait pas fait depuis Minibus, dans les années 80. « C’est très le fun, résume le comédien, qui apprécie le ton moderne des Mutants. Un ami m’a écrit ce matin pour me dire que sa fille trouve que le grand-papa est ben cool. Ça me fait plaisir. C’est le fun de jouer un grand-père. »

Comme l’âge de Rémy Girard le rend à risque de complications liées à la COVID-19, « on en prend particulièrement soin », dit la productrice Martine Quinty. Le comédien, qui vient de fêter ses 70 ans, doit rester à deux mètres des autres. À moins qu’ils participent simultanément à un autre tournage, les comédiens plus jeunes doivent rester à un mètre les uns des autres. Ils peuvent se rapprocher davantage, mais pour un maximum de 15 minutes par jour et tout est noté à la seconde près.

« À un moment donné, on oublie. Quand on se rapproche trop, des gens qui sont engagés juste pour ça nous le rappellent avec leur petit bâton. On les appelle les majorettes ! », dit Rémy Girard en riant. Il comprend néanmoins l’importance de toutes ces mesures. « C’est sûr que je ne peux pas attraper ça », dit-il.

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Jade Brind’Amour doit se faire installer une prothèse avant chaque journée de tournage.

Mathéo Piccinin-Savard (Léo) et Jade Brind’Amour (la jeune mutante Nicky), âgés de 13 et de presque 15 ans, s’adaptent aussi aux nouvelles réalités de tournage, eux qui ont résolument pris un « coup de vieux » entre la première et la deuxième saison. « Avec le maquillage aussi, il faut qu’on s’habitue, le masque peut coller ! », confie Jade Brind’Amour, qui doit se faire installer une prothèse avant chaque journée de tournage.

Les mesures inhérentes au retour au travail permettent de ralentir le rythme, « ce qui n’est pas mauvais en soi », souligne pour sa part Elkahna Talbi. « On prend le temps de faire les choses », dit la comédienne, heureuse elle aussi que la vie reprenne tranquillement son cours. « J’écris, dans la vie, mais je n’étais pas capable d’écrire, pas capable de rien faire, dit-elle à propos du confinement. Je regardais des séries télé et je me faisais à manger. C’était pas mal ça ! »

Les mutants est diffusée du lundi au vendredi à 18 h 30 sur les ondes de Télé-Québec.