Une migration de chauves-souris mexicaines infectées au CoVA, un contact avec les furets de la grange de Gilles Renaud et une transmission aux humains qui ont caressé les bêtes malades, voilà comment l’épidémie de coronavirus a été déclenchée, puis jugulée, dans la série catastrophe de TVA, qui a fermé les livres mardi soir devant 1 112 000 personnes.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Avant de poursuivre, la question fiévreuse de la semaine : Épidémie, ça reviendra ou pas pour une deuxième saison ? TVA n’a toujours pas statué sur le retour de la Dre Anne-Marie Leclerc (Julie Le Breton) pour combattre une deuxième vague de grippe pulmonaire.

Mieux réussie que celle de Fugueuse 2, la finale d’Épidémie a attaché toutes les ficelles scénaristiques qui pendaient. Même le ministre Laurent Demers (Guillaume Cyr) a été confronté par la maman (Catherine Bérubé) du petit Marcelin, dont la dose de GS-49 a été donnée frauduleusement à la vlogueuse Françoise (Ève Landry), qui n’a toutefois pas survécu au virulent virus. Comment oublier ses yeux injectés de sang et son visage ravagé ?

C’est hallucinant à quel point cette télésérie de fiction, écrite bien avant la paranoïa mondiale d’aujourd’hui, a suivi l’actualité de la COVID-19 quasiment en direct. Comme dans les bulletins de nouvelles, les personnages d’Épidémie parlaient des masques N95, des mesures de confinement, du lavage de mains, des quarantaines à respecter ou des hôpitaux désignés pour accueillir les patients.

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Ève Landry interprète Françoise dans Épidémie

Assez clairvoyant d’habitude, Nostradumas a complètement été détrôné par les scénaristes Bernard Dansereau, Annie Piérard et Étienne Piérard-Dansereau.

Maintenant, si l’on se fie aux textes divinatoires de la famille Piérard-Dansereau, la crise devrait prendre 128 jours avant de se résorber complètement. Mais contrairement au CoVA d’Épidémie, qui se soigne avec le GS-49 développé dans un laboratoire de Boston, il n’existe pas de vaccin ou de remède pour la COVID-19. Pas pour l’instant, du moins.

J’ai beaucoup aimé le premier trio d’Épidémie, formé par Julie Le Breton, Gabriel Sabourin et Mélissa Désormeaux-Poulin, qui mérite plusieurs étoiles. Notamment parce que ces trois comédiens ont réussi à demeurer justes et convaincants avec la moitié du visage cachée par un énorme masque.

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Julie Le Breton dans Épidémie

Pensez-y. Faire passer des émotions uniquement dans le regard, c’est loin d’être évident. Ça prend du métier et de la dextérité.

Aussi, le couple formé par Robert (Jules Philip), de l’animalerie du diable, et sa conjointe infirmière (Sandrine Bisson) a été fort agréable à détester.

Dernière remarque, en terminant. Aucun journaliste d’un grand quotidien ne demanderait à une personne interviewée de relire son article avant de le publier. C’est pourtant ce qu’a proposé le reporter Samuel Raymond (Patrice Dubois) à la Dre Leclerc dans le dernier épisode.

Bien sûr, on comprend qu’il s’agissait d’une technique de drague. Reste que c’est une pratique douteuse et discutable. Comme cacher des fioles de GS-49 dans une barquette d’épinards en passant la douane canadienne.

Une belle Heure bleue

Un téléroman n’a pas nécessairement besoin d’un tueur en série en fin de vie (David Lelièvre de L’échappée) ou d’une meurtrière souffrant d’alzheimer précoce (Anémone dans Une autre histoire) pour capter notre attention.

Semaine après semaine, L’heure bleue à TVA prouve qu’une certaine lenteur est parfois nécessaire pour explorer des enjeux familiaux plus intimes, disons.

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Rémi Goulet dans L’heure bleue

Mardi soir, la longue et belle scène où Xavier (Rémi Goulet) a offert ses excuses à Bernard (Benoit Gouin) et Anne-Sophie (Céline Bonnier) pour la mort accidentelle de leur fils a été extrêmement touchante.

Ce fut un des moments forts de la saison de L’heure bleue, chargé d’émotions à fleur de peau. Vraiment, du beau boulot de la part des scénaristes Anne Boyer et Michel d’Astous.

Sans sirène de police hurlante, L’heure bleue explore avec intelligence et sensibilité des sujets difficiles comme l’adultère, la réinsertion sociale, la coparentalité, l’autisme, la religion ou la relation entre une femme plus âgée (Carole) et un homme plus jeune (Michel).

Et le téléroman prend le temps nécessaire pour installer les enjeux, sans précipiter les intrigues. C’est une bulle de douceur dans la semaine.

L’ajout du personnage instable de Véronique (Pascale Bussières), que j’adore, a donné un bel élan aux épisodes. Grâce à elle, Raphaël (Jean-Philippe Perras), un autre cas intéressant, a également pris de l’importance dans la série.

Maintenant, le Thomas (Alex Godbout) repenti et doux comme un agneau, y croyez-vous ? Pas moi. C’est louche, tout ça, la chambre aménagée pour Charlot, son père (Yves Soutière) trop motivé.

Thomas a parfois le regard fou et on sent qu’il est à un refus ou à une contradiction de péter les plombs. Pauvre Clara (Alice Morel-Michaud). C’est Anne-Sophie qui avait raison de se méfier.