La télé québécoise s’ouvre de plus en plus à la réalité des personnes trans. Dans Une autre histoire à Radio-Canada, Suzon (Stéphane Jacques), la maman de substitution des enfants de Ronald (Vincent Graton), s’abandonne lentement aux sentiments amoureux qu’elle développe pour l’enquêtrice Lucie Dumouchel (Pascale Desrochers).

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Khate Lessard, candidate d’Occupation double : Afrique du Sud sur V, a documenté sa vaginoplastie pour La semaine des 4 Julie et a même gagné deux prix d’inspiration au gala MAMMOUTH de Télé-Québec.

Mardi soir, dans District 31 de Radio-Canada, le harceleur Philippe Boudrias (Sébastien Dodge) a vomi sa haine contre son ancienne supérieure dans l’armée canadienne, une femme trans.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE L’ACTRICE

Pascale Drevillon dans Fugueuse 2

Sur le Club illico, la docuréalité L’appartement suit notamment le jeune Pierre-Alexandre Imbeault, de Lévis, qui vit son changement de sexe devant les caméras. Rendez-vous chez le doc pour ses hormones ou séance chez le psy, Pierre-Alexandre ne cache rien.

Et dans Fugueuse 2, nous avons fait la connaissance de Maria (Pascale Drevillon), la propriétaire du resto-bar où a été embauché Yohan (Robin L’Houmeau), en fugue de son Amqui natal.

Il ne s’agit pas d’une coïncidence, mais d’une tendance. Avec quelques années de retard sur les Américains, les réseaux de télé d’ici s’intéressent de plus en plus aux personnes trans. 

Aux États-Unis, la chaîne câblée FX a déjà relayé deux saisons de la télésérie Pose, dont la distribution se compose principalement de comédiennes trans. Mais revenons au Québec.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Stéphane Jacques incarne Suzon dans Une autre histoire, à Radio-Canada.

Pascale Drevillon, 31 ans, est la première actrice trans à décrocher un rôle important dans une télésérie de TVA. Il faut le souligner. La Maria que Pascale Drevillon incarne apparaît dans cinq des dix épisodes de Fugueuse 2.

« Maria est là comme source d’inspiration pour Yohan. Et pas juste pour l’aspect trans. C’est une femme forte, indépendante, c’est une femme d’affaires qui gère son propre bistro », souligne Pascale Drevillon, diplômée de l’École de théâtre de l’UQAM.

Dans le dernier épisode de Fugueuse 2, Yohan a révélé qu’il prenait des hormones. « Je suis une fille », a-t-il confié à son amie Daisie (Jemmy Echaquan Dubé), une prostituée autochtone.

Non, Fugueuse ne fait pas dans la dentelle fine, convient Pascale Drevillon. En moins d’une minute, son personnage de Maria s’est mis en sous-vêtements sexy et a parlé de son opération à Bangkok par le bon Dr Preecha Tiewtranon. Pas le temps de niaiser !

« Dans l’avenir, on aurait intérêt à plonger dans les nuances. En 2020, ce n’est plus nécessaire que tout soit dit ou nommé », note Pascale Drevillon.

PHOTO FOURNIE PAR KINO

La cinéaste Alice Bédard

La cinéaste trans Alice Bédard, aussi programmatrice chez Kino, déplore que les personnages trans se classent trop souvent dans la catégorie des quatre « P » : prostituée, parodie, psychopathe ou petite victime.

Le cas de Pretzel (Christian Bégin), prostituée toxicomane trans dans M’entends-tu ?, à Télé-Québec, a très, très mal passé.

« C’était assez horrible », se désole Alice Bédard, 24 ans. « C’était un clown ridicule, qui renforçait tous les clichés d’alcoolisme, de dépendance et de sexualité exacerbée. Des Pretzel, je n’en connais pas », tranche Pascale Drevillon.

Personnellement, Pretzel ne m’a pas choqué du tout. Même que je l’ai trouvée super attachante et touchante.

Il faut dire que la communauté trans ne constitue pas un bloc monolithique. Par exemple, des militants ont vertement reproché à Khate Lessard d’OD et à la youtubeuse trans Gabrielle Marion de ramener leur identité de genre à une série d’interventions chirurgicales. De ne parler que de leurs seins refaits ou de leurs nouveaux vagins. 

Sérieusement, peut-on les laisser vivre et ne pas les attaquer ?

Si Khate Lessard et Gabrielle Marion, qui s’expriment sans filtre, brisent des tabous en racontant leurs propres expériences, il est où, le problème ?

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Khate Lessard, candidate d’Occupation double : Afrique du Sud

Le danger, c’est la déshumanisation des femmes trans, nuance la cinéaste Alice Bédard. « Ça devient réducteur de ne parler que du physique et des opérations, sans s’intéresser à la personne », précise-t-elle.

Le meilleur exemple de représentation d’une femme trans à la télé demeure l’adolescente Jules (Hunter Schafer) dans Euphoria, une excellente série offerte sur Crave, Super Écran et HBO Canada.

Jules est drôle et adorable. C’est une ado complexe qui aime la mode et les brillants sur les yeux. Ce n’est qu’au troisième épisode qu’elle parle de son « statut ».

Oui, Jules est une ado trans, mais elle est beaucoup plus que ça. C’est un chapitre dans sa vie et non son histoire au complet.