Les Britanniques capotent sur Love Island depuis cinq saisons déjà. Chez les snobs comme les aficionados de culture pop, chez les jeunes comme les plus vieux, cette téléréalité sucrée et salée crée, paraît-il, une dépendance immédiate.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Imaginez Occupation double, mais à Fidji, dans une immense villa « instagrammable » et dans un maillot fluo trop serré. Sur cette île de l’amour, pas de tataouinage. Les célibataires sexy se mettent tous en couple au premier jour et dorment immédiatement sous la même couette, ainsi que sous le regard de millions de téléspectateurs. Pas le temps d’établir ses coups de cœur ou d’afficher son top 3. Le fin Renaud ne triperait pas sur ces limitations de papillonnage.

Le but du jeu ? Faire progresser sa « relation amoureuse » jusqu’à la grande finale. Ça paraît simple, sauf que de la chair fraîche – mais toujours ferme – débarque presque quotidiennement dans ce coin de paradis et de silicone, ce qui renouvelle sans cesse le bassin de concurrents. Un Tinder en direct, quoi. Fidji, vidi, vici.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’ÉMISSION

Les candidates de la version américaine de Love Island, qui a débuté mardi sur les réseaux CBS et CTV

La version américaine de Love Island a accosté sur les réseaux CBS et CTV mardi soir avec ses extensions capillaires et son bronzage du New Jersey. La téléréalité passera cinq soirs par semaine, du mardi au samedi à 20 h, jusqu’au 7 août. Une telenovela qui n’usera pas prématurément vos cellules cérébrales, ou, comme dirait mon père : Einstein n’est pas en danger.

Les premiers épisodes de Love Island n’ont pas cassé la baraque, même pour moi, un vrai fan du genre « téléréel » qui ai vu toutes les saisons d’Occupation double et de Loft Story par plaisir, et non par obligation professionnelle.

Les 10 premiers cobayes américains de Love Island ont tous moins de 30 ans et pas l’ombre d’un mini-bourrelet. Les cinq dames ne paradent qu’en bikini « all day, every day », pour paraphraser Olivier Primeau, notre stratège en comportement de plage.

Et pas de discrimination corporelle : les messieurs ne portent pas plus de tissu qu’elles, question de faire prendre l’air à leurs pectoraux. Mais contrairement à Occupation double, les participants de Love Island ne sortent jamais de leur cage dorée pour un saut en bungee (allô, Maude) ou une adoption d’éléphanteau en Afrique (salut, Jonathan).

Ils se lèvent, se brossent les dents, prennent un bain de soleil, soulèvent des poids, mémèrent contre telle ou telle personne, prennent un bain de piscine, s’embrassent et se maquillent pour retourner à la piscine en soirée. La production ne leur fournit que deux consommations d’alcool par jour.

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Les célibataires de Love Island ne sont jamais bien loin de la piscine. 

C’est la privation de stimuli extérieurs qui crée des remous encore plus gros que ceux d’un jacuzzi. Sans internet, ni télé, ni radio, ni lecture, ni rien, les naufragés de Love Island n’ont qu’eux-mêmes pour se distraire. Conséquence : la moindre action ou remarque qui sort de l’ordinaire provoque des discussions houleuses.

En Angleterre, une candidate de Love Island a été ridiculisée pour avoir affirmé ne pas du tout savoir ce qu’était le Brexit, duh. Une autre colocataire a perdu son titre de Miss Grande-Bretagne après avoir offert une fellation à son partenaire pendant la deuxième saison.

L’émission a aussi été accusée de « glamouriser » l’acte de fumer en montrant plusieurs scènes festives où des cigarettes s’allumaient à la chaîne. Des controverses raciales ont également éclaté, un peu comme Joanie et Élodie d’Occupation double Bali, qui se plaignaient de travailler comme des nègres. Leurs mots, pas les miens.

Plus tragique encore : deux anciens insulaires de Love Island se sont donné la mort après leur séjour à la luxueuse villa, ce qui a forcé les producteurs à offrir du soutien psychologique à tous les membres de la distribution.

L’adaptation américaine ne dégage pas ce parfum de scandale. Jusqu’à maintenant, du moins. Le contenu y demeure très vanillé. Par contre, ça risque de bouger. 

Les images que nous voyons le soir, dans nos téléviseurs, ont été tournées la veille. Pourquoi un délai si court entre la captation et la diffusion ? Pour permettre aux téléspectateurs de voter et d’influencer l’histoire quasiment en direct.

Cette méthode de création ultra rapide provoque souvent des débordements.

Maintenant, j’entends déjà vos râlements à distance. Pourquoi consacrez-vous autant d’espace à une téléréalité aussi superficielle et insipide ? Parlez-nous plutôt d’une série documentaire sur des fermiers franco-manitobains à Unis TV !

Love Island est un phénomène mondial, dont des éditions sont relayées dans 13 pays. Des députés s’éclipsent du Parlement britannique et ratent la tenue de votes importants pour visionner les épisodes. C’est devenu populaire à ce point-là.

Il ne s’agit pas de glorifier ce mode de vie, mais bien de l’observer, avec un deuxième degré et une bonne dose de supériorité morale. Quoi ? Que celui ou celle qui n’a jamais jugé un joueur de téléréalité me jette la première bière (surette, de préférence).